Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | CE, formation spécialisée, 5 juin 2026, n° 508242 |
|---|---|
| Juridiction : | Conseil d'État |
| Numéro : | 508242 |
| Identifiant européen : | ECLI:FR:CEFSP:2026:508242.20260605 |
Texte intégral
Conseil d’État
N° 508242
ECLI:FR:CEFSP:2026:508242.20260605
Inédit au recueil Lebon
Formation spécialisée
Mme Nathalie Escaut, présidente
M. B. Delsol, rapporteur
M. F. Puigserver, rapporteur public
Lecture du vendredi 5 juin 2026REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un nouveau mémoire et un mémoire en réplique, enregistrés les 14 septembre, 24 octobre et 24 novembre 2025, au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, Mme A… B… demande au Conseil d’Etat de vérifier les techniques de renseignement mises en œuvre à son égard et d’y mettre fin.
Elle soutient que :
— elle a été suivie, harcelée et humiliée par la police secrète française qui, en particulier, a placé des micros notamment dans ses affaires et dans ses différents lieux d’hébergement ;
– la réponse de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) selon laquelle aucune technique de renseignement n’avait été illégalement mise en œuvre à son égard n’est pas probante dès lors que, d’une part, la CNCTR est dans la dépendance des informations que les services lui donnent et que ces services ne vont pas reconnaitre des agissements illégaux et que, d’autre part, les faits prouvent que des techniques de renseignement ont été mises en œuvre de manière irrégulière en ce qu’elle n’a pas été simplement observée, mais persécutée et humiliée, alors qu’elle ne représente aucun danger.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2025 et communiqué selon les modalités prévues par l’article R. 773-20 du code de justice administrative, le Premier ministre conclut à ce que le Conseil d’Etat constate l’absence d’illégalité commise à l’encontre de Mme B….
Des observations, enregistrées le 15 octobre 2025, ont été produites par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement et communiquées selon les modalités prévues à l’article R. 773-20 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
– le code de la sécurité intérieure ;
– le code de justice administrative ;
Après avoir convoqué à une séance à huis-clos, d’une part, Mme B… et, d’autre part, le Premier ministre et la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, qui ont été mis à même de prendre la parole avant les conclusions ;
Et après avoir entendu en séance :
– le rapport de M. Bruno Delsol, conseiller d’Etat,
– et, hors la présence des parties, les conclusions de M. Frédéric Puigserver, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. Le premier alinéa de l’article L. 821-1 du code de la sécurité intérieure dispose que : « La mise en œuvre sur le territoire national des techniques de recueil de renseignement mentionnées aux chapitres Ier à IV du titre V du présent livre est soumise à autorisation préalable du Premier ministre, délivrée après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement. ». Aux termes de l’article L. 833-1 du même code : « La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement veille à ce que les techniques de recueil de renseignement soient mises en œuvre sur le territoire national conformément au présent livre. ». Son article L. 833-4 précise que : « De sa propre initiative ou lorsqu’elle est saisie d’une réclamation de toute personne souhaitant vérifier qu’aucune technique de renseignement n’est irrégulièrement mise en œuvre à son égard, la commission procède au contrôle de la ou des techniques invoquées en vue de vérifier qu’elles ont été ou sont mises en œuvre dans le respect du présent livre. Elle notifie à l’auteur de la réclamation qu’il a été procédé aux vérifications nécessaires, sans confirmer ni infirmer leur mise en œuvre. ».
2. L’article L. 841-1 du code de la sécurité intérieure dispose que : « Sous réserve des dispositions particulières prévues à l’article L. 854-9 du présent code, le Conseil d’Etat est compétent pour connaître, dans les conditions prévues au chapitre III bis du titre VII du livre VII du code de justice administrative, des requêtes concernant la mise en œuvre des techniques de renseignement mentionnées au titre V du présent livre. / Il peut être saisi par : / 1° Toute personne souhaitant vérifier qu’aucune technique de renseignement n’est irrégulièrement mise en œuvre à son égard et justifiant de la mise en œuvre préalable de la procédure prévue à l’article L. 833-4 ; /2° La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, dans les conditions prévues à l’article L. 833-8. / Lorsqu’une juridiction administrative ou une autorité judiciaire est saisie d’une procédure ou d’un litige dont la solution dépend de l’examen de la régularité d’une ou de plusieurs techniques de recueil de renseignement, elle peut, d’office ou sur demande de l’une des parties, saisir le Conseil d’Etat à titre préjudiciel. Il statue dans le délai d’un mois à compter de sa saisine. ». Ces dispositions s’appliquent aux techniques de renseignement mises en œuvre à compter de la date de leur entrée en vigueur, y compris celles qui, initiées avant cette date, ont continué à être mises en œuvre après.
3. L’article L. 773-1 du code de justice administrative dispose que : « Le Conseil d’Etat examine les requêtes présentées sur le fondement des articles L. 841-1 et L. 841-2 du code de la sécurité intérieure conformément aux règles générales du présent code, sous réserve des dispositions particulières du présent chapitre. ». Aux termes de l’article L. 773-2 du même code : « Sous réserve de l’inscription à un rôle de l’assemblée du contentieux ou de la section du contentieux qui siègent alors dans une formation restreinte, les affaires relevant du présent chapitre sont portées devant une formation spécialisée (…). Dans le cadre de l’instruction de la requête, les membres de la formation de jugement et le rapporteur public sont autorisés à connaître de l’ensemble des pièces en possession de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement ou des services mentionnés à l’article L. 811-2 du code de la sécurité intérieure et ceux désignés par le décret en Conseil d’Etat mentionné à l’article L. 811-4 du même code et utiles à l’exercice de leur office, y compris celles protégées au titre de l’article 413-9 du code pénal. ». Son article L. 773-3 précise que : « Les exigences de la contradiction mentionnées à l’article L. 5 du présent code sont adaptées à celles du secret de la défense nationale (…) /. La formation chargée de l’instruction entend les parties séparément lorsqu’est en cause le secret de la défense nationale. ». Aux termes de l’article L. 773-4 du même code : « Le président de la formation de jugement ordonne le huis-clos lorsque est en cause le secret de la défense nationale. ». Aux termes de son article L. 773-6 : « Lorsque la formation de jugement constate l’absence d’illégalité dans la mise en œuvre d’une technique de recueil de renseignement, la décision indique au requérant ou à la juridiction de renvoi qu’aucune illégalité n’a été commise, sans confirmer ni infirmer la mise en œuvre d’une technique. ». Aux termes de l’article L. 773-7 : « Lorsque la formation de jugement constate qu’une technique de recueil de renseignement est ou a été mise en œuvre illégalement ou qu’un renseignement a été conservé illégalement, elle peut annuler l’autorisation et ordonner la destruction des renseignements irrégulièrement collectés. / Sans faire état d’aucun élément protégé par le secret de la défense nationale, elle informe la personne concernée ou la juridiction de renvoi qu’une illégalité a été commise. Saisie de conclusions en ce sens lors d’une requête concernant la mise en œuvre d’une technique de renseignement ou ultérieurement, elle peut condamner l’Etat à indemniser le préjudice subi (…) ». L’article R. 773-20 du même code précise que : « Le défendeur indique au Conseil d’Etat, au moment du dépôt de ses mémoires et pièces, les passages de ses productions et, le cas échéant, de celles de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, qui sont protégés par le secret de la défense nationale. / Les mémoires et les pièces jointes produits par le défendeur et, le cas échéant, par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement sont communiqués au requérant, à l’exception des passages des mémoires et des pièces qui, soit comportent des informations protégées par le secret de la défense nationale, soit confirment ou infirment la mise en œuvre d’une technique de renseignement à l’égard du requérant, soit divulguent des éléments contenus dans le traitement de données, soit révèlent que le requérant figure ou ne figure pas dans le traitement. / Lorsqu’une intervention est formée, le président de la formation spécialisée ordonne, s’il y a lieu, que le mémoire soit communiqué aux parties, et à la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, dans les mêmes conditions et sous les mêmes réserves que celles mentionnées à l’alinéa précédent. ».
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B… a saisi la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement les 16 juin et 16 juillet 2025 afin de vérifier qu’aucune technique de renseignement n’était irrégulièrement mise en œuvre à son égard. Par une lettre du 28 juillet 2025, le président de la Commission a informé la requérante qu’il avait été procédé à l’ensemble des vérifications requises et qu’aucune illégalité n’avait été constatée, sans lui apporter d’autres informations. Mme B… demande au Conseil d’Etat de vérifier les techniques de renseignement mises en œuvre à son égard et d’y mettre fin.
5. Il appartient à la formation spécialisée, créée par l’article L. 773-2 du code de justice administrative, saisie de conclusions tendant à ce qu’elle s’assure qu’aucune technique de renseignement n’est irrégulièrement mise en œuvre à l’égard du requérant, de vérifier, au vu des éléments qui lui ont été communiqués hors la procédure contradictoire, si le requérant fait ou non l’objet d’une telle technique. Lorsqu’il apparaît soit qu’aucune technique de renseignement n’est mise en œuvre à l’égard du requérant, soit que cette mise en œuvre n’est entachée d’aucune illégalité, la formation de jugement informe le requérant de l’accomplissement de ces vérifications, sans indiquer si une technique de recueil de renseignement a été mise en œuvre à son égard. Dans le cas où une technique de renseignement est mise en œuvre dans des conditions entachées d’illégalité, elle en informe le requérant, sans faire état d’aucun élément protégé par le secret de la défense nationale. Elle peut, par ailleurs, annuler l’autorisation et ordonner la destruction des renseignements irrégulièrement collectés.
6. La formation spécialisée a examiné, selon les modalités décrites au point 5, les éléments fournis par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, qui a précisé l’ensemble des vérifications auxquelles elle avait procédé, et par le Premier ministre. A l’issue de cet examen, il y a lieu de répondre à Mme B… que la vérification qu’elle a sollicitée a été effectuée et n’appelle aucune mesure de la part du Conseil d’Etat.
D E C I D E :
--------------
Article 1er : Il a été procédé à la vérification demandée par Mme B….
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A… B…, au Premier ministre et à la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement.
Délibéré à l’issue de la séance du 11 mai 2026 où siégeaient : Mme Nathalie Escaut, présidente de la formation spécialisée, présidant ; M. Jean-Luc Nevache, conseiller d’Etat ; M. Bruno Delsol, conseiller d’Etat-rapporteur.
La présidente :
Signé : Mme Nathalie Escaut
Le rapporteur :
Signé : M. Bruno Delsol
Le secrétaire :
Signé : M. Valéry Cérandon-Merlot
La République mande et ordonne au Premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la secrétaire du contentieux, par délégation :
RBX49L5S
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Questions particulières a certains personnels militaires ·
- Officiers d'active et officiers généraux ·
- Personnels des armées ·
- Officiers généraux ·
- Propriété du grade ·
- Excès de pouvoirs ·
- Radiation ·
- Armée ·
- Annuaire ·
- Liste ·
- Militaire ·
- Décret ·
- Guerre ·
- Famille ·
- Constitution ·
- Excès de pouvoir ·
- Ampliatif
- Detournement de pouvoir et de procédure ·
- Contrôle du juge de l'excès de pouvoir ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Validité des actes administratifs ·
- Intérêt de salubrité non engagé ·
- Pouvoirs et devoirs du juge ·
- Detournement de pouvoir ·
- Ateliers insalubres ·
- Excès de pouvoirs ·
- Pouvoir de police ·
- Fermeture ·
- Procédure ·
- Excès de pouvoir ·
- Règlement ·
- Établissement ·
- Services financiers ·
- Police ·
- Décret ·
- Ampliatif ·
- Conseil d'etat ·
- Finances ·
- Contentieux
- Diffamation dans une délibération ·
- Conseillers municipaux ·
- Organes de la commune ·
- Dommages et intérêts ·
- Compétence ·
- Ville ·
- Conseil d'etat ·
- Voirie ·
- Conseil municipal ·
- Ingénieur ·
- Incompétence ·
- Délibération ·
- Emploi ·
- Suppression ·
- Allégation
De référence sur les mêmes thèmes • 3
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.