Tribunal administratif de Paris, 3e section - 2e chambre - r.222-13, 21 mars 2024, n° 2313282

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Chronologie de l’affaire

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Sur la décision

Référence :
TA Paris, 3e sect. - 2e ch. - r.222-13, 21 mars 2024, n° 2313282
Juridiction : Tribunal administratif de Paris
Numéro : 2313282
Dispositif : Satisfaction partielle
Date de dernière mise à jour : 2 avril 2024

Sur les parties

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le7 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Ouattara, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices subis résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

— la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’elle n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

—  elle subit des troubles dans ses conditions d’existence du fait de la carence fautive de l’État à la reloger.

Le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, à qui la procédure a été communiquée, n’a pas produit d’observations.

Mme B a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

— le code de la construction et de l’habitation ;

— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

— l’arrêté n° 2009-224-1 du 10 août 2009 du préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris ;

— le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique, en présence de Mme Latour, greffière d’audience le rapport de Mme Salzmann.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l’Etat à toute personne qui () n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. () ».

2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à compter de l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.

3. Mme B qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 21 octobre 2021 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu’elle était en attente d’un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Cette décision valait pour une personne. Il résulte de l’instruction que ni cette décision de la commission de médiation ni le jugement du 31 octobre 2022 enjoignant au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris d’assurer le relogement de Mme B n’ont été exécutés, l’intéressée n’ayant reçu aucune offre de relogement dans le parc social. Cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 21 avril 2022 à l’égard de Mme B.

Sur le préjudice :

4. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins. Si Mme B fait valoir que son logement actuel est inadapté à ses capacités financières, il résulte de l’instruction que la requérante s’acquitte d’un loyer de 486 euros pour son logement loué dans le parc privé et qu’elle bénéfice de 290 euros d’aide personnalisée au logement. Ainsi, compte tenu de ses ressources, qui s’élèvent à 1 038 euros, son taux d’effort s’élève à 20 % et son logement ne peut être considéré comme inadapté à ses capacités financières. Toutefois, il résulte également de l’instruction que le logement occupé par Mme B est excessivement humide si bien qu’il est inadapté à son état de santé, la requérante justifiant être atteinte d’une maladie respiratoire chronique par la production d’un certificat médical. Ainsi, compte tenu de son état de santé, les troubles de toute nature subis dans ses conditions d’existence, y compris son préjudice moral, doivent donner lieu à la condamnation de l’Etat à lui verser une indemnité 480 euros tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme B a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L’État est condamné à verser à Mme B une somme de 480 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Ouattara.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La magistrate désignée,

M. SALZMANN

La greffière,

C. LATOUR

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision./3-2

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