Arrêt Blanco, Tribunal des conflits, du 8 février 1873, 00012, publié au recueil Lebon
TCONFL 8 février 1873

Arguments

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  • Rejeté
    Responsabilité civile de l'Etat

    La cour a estimé que la responsabilité de l'Etat pour les dommages causés par ses employés ne peut pas être régie par les principes du Code civil, mais doit suivre des règles spéciales qui varient selon les besoins du service public.

Résumé par Doctrine IA

Jean Y… a intenté une action en justice contre l'État français, représenté par le préfet de la Gironde, et contre trois employés de la manufacture des tabacs, suite à un accident où sa fille a été renversée par un wagon et a dû subir l'amputation de la cuisse. Il réclame 40,000 francs d'indemnité en invoquant les articles 1382, 1383 et 1384 du Code civil relatifs à la responsabilité civile. Le préfet a soulevé un déclinatoire de compétence, arguant que l'autorité administrative est seule compétente pour juger de la responsabilité de l'État en vertu des lois des 22 décembre 1789, 18 juillet, 8 août 1790, du décret du 26 septembre 1793 et de l’arrêté du Directoire du 2 germinal an 5. Le tribunal civil de Bordeaux a rejeté ce déclinatoire, mais suite à un arrêté de conflit pris par le préfet, la juridiction a sursoit à statuer. Finalement, la décision confirme l'arrêté de conflit, déclarant que l'autorité administrative est seule compétente pour connaître de l'action en responsabilité contre l'État, annulant ainsi l'exploit introductif d'instance et le jugement antérieur du tribunal civil de Bordeaux, et ordonne la transmission de la décision au garde des sceaux pour exécution.

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Résumé de la juridiction

Un enfant, qui passait sur la voie publique devant l’entrepôt des tabacs de Bordeaux, a été renversé par un wagon que les employés de l’Etat ont poussé de l’intérieur de l’établissement ; il a dû subir l’amputation. – Le père de l’enfant intente une action en dommages-intérêts contre lesdits employés et contre l’Etat solidairement comme civilement responsable du fait de ses agents par application des articles 1382, 1383, 1384 du Code civil. L’autorité administrative est-elle seule compétente pour statuer sur la demande d’indemnité en tant que dirigée contre l’Etat, alors même que cette demande est fondée non pas sur l’exécution ou l’omission de certaines mesures administratives, – mais bien sur une faute ou une négligence qui serait personnelle aux agents de l’Etat dans l’emploi auquel ils sont préposés ? – Rés. aff.. – La responsabilité, qui peut incomber à l’Etat pour dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu’il emploie dans le service public, n’est pas régie par les principes établis dans le Code civil pour les rapports entre particuliers : elle n’est ni générale, ni absolue : elle a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier les droits de l’Etat avec les droits privés.

Commentaires49

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Fallait pas faire du droit · 8 septembre 2025

blog.landot-avocats.net · 22 avril 2024
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Sur la décision

Référence :
T. confl., 7 févr. 1873, n° 00012, Lebon
Numéro : 00012
Importance : Publié au recueil Lebon
Type de recours : Conflit positif
Textes appliqués :
Code civil 1382

Code civil 1383

Code civil 1384

Dispositif : CONFIRMATION ARRETE DE CONFLIT
Identifiant Légifrance : CETATEXT000007605886

Sur les parties

Texte intégral

Vu l’exploit introductif d’instance, du 24 janvier 1872, par lequel Jean Y… a fait assigner, devant le tribunal civil de Bordeaux, l’Etat, en la personne du préfet de la Gironde, Adolphe Z…, Henri X…, Pierre Monet et Jean A…, employés à la manufacture des tabacs, à Bordeaux, pour, attendu que, le 3 novembre 1871, sa fille Agnès Y…, âgée de cinq ans et demi, passait sur la voie publique devant l’entrepôt des tabacs, lorsqu’un wagon poussé de l’intérieur par les employés susnommés, la renversa et lui passa sur la cuisse, dont elle a dû subir l’amputation ; que cet accident est imputable à la faute desdits employés, s’ouïr condamner, solidairement, lesdits employés comme co-auteurs de l’accident et l’Etat comme civilement responsable du fait de ses employés, à lui payer la somme de 40,000 francs à titre d’indemnité ;
Vu le déclinatoire proposé par le préfet de la Gironde, le 29 avril 1872 ; Vu le jugement rendu, le 17 juillet 1872, par le tribunal civil de Bordeaux, qui rejette le déclinatoire et retient la connaissance de la cause, tant à l’encontre de l’Etat qu’à l’encontre des employés susnommés ; Vu l’arrêté de conflit pris par le préfet de la Gironde, le 22 du même mois, revendiquant pour l’autorité administrative la connaissance de l’action en responsabilité intentée par Y… contre l’Etat, et motivé : 1° sur la nécessité d’apprécier la part de responsabilité incombant aux agents de l’Etat selon les règles variables dans chaque branche des services publics ; 2° sur l’interdiction pour les tribunaux ordinaires de connaître des demandes tendant à constituer l’Etat débiteur, ainsi qu’il résulte des lois des 22 décembre 1789, 18 juillet, 8 août 1790, du décret du 26 septembre 1793 et de l’arrêté du Directoire du 2 germinal an 5 ; Vu le jugement du tribunal civil de Bordeaux, en date du 24 juillet 1872, qui surseoit à statuer sur la demande ; Vu les lois des 16-24 août 1790 et du 16 fructidor an 3 ; Vu l’ordonnance du 1er juin 1828 et la loi du 24 mai 1872 ;
Considérant que l’action intentée par le sieur Y… contre le préfet du département de la Gironde, représentant l’Etat, a pour objet de faire déclarer l’Etat civilement responsable, par application des articles 1382, 1383 et 1384 du Code civil, du dommage résultant de la blessure que sa fille aurait éprouvée par le fait d’ouvriers employés par l’administration des tabacs ;
Considérant que la responsabilité, qui peut incomber à l’Etat, pour les dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu’il emploie dans le service public, ne peut être régie par les principes qui sont établis dans le Code civil, pour les rapports de particulier à particulier ;
Que cette responsabilité n’est ni générale, ni absolue ; qu’elle a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier les droits de l’Etat avec les droits privés ;
Que, dès lors, aux termes des lois ci-dessus visées, l’autorité administrative est seule compétente pour en connaître ;
DECIDE : Article 1er : L’arrêté de conflit en date du 22 juillet 1872 est confirmé. Article 2 : Sont considérés comme non avenus, en ce qui concerne l’Etat, l’exploit introductif d’instance du 24 janvier 1872 et le jugement du tribunal civil de Bordeaux du 17 juillet de la même année. Article 3 : Transmission de la décision au garde des sceaux pour l’exécution.

Textes cités dans la décision

  1. Code civil
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