Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Rennes, juge cx protection, 23 mai 2025, n° 24/09032 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/09032 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) |
| Date de dernière mise à jour : | 24 septembre 2025 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : |
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 9]
Service des contentieux de la protection
[Adresse 6]
[Localité 4]
JUGEMENT DU 23 Mai 2025
N° RG 24/09032 – N° Portalis DBYC-W-B7I-LKR4
Jugement du 23 Mai 2025
N°: 25/484
S.A.S. ACTION LOGEMENT SERVICES
C/
[D] ([E]) [P]
EXÉCUTOIRE DÉLIVRÉ
LE
à Me LEMONNIER
COPIE à la PREFECTURE
Au nom du Peuple Français ;
Rendu par mise à disposition le 23 Mai 2025 ;
Par Caroline ABIVEN, Vice-Présidente au Tribunal judiciaire de RENNES statuant en qualité de juge des contentieux de la protection, assistée de Géraldine LE GARNEC, Greffier ;
Audience des débats : 14 Mars 2025.
Le juge à l’issue des débats a avisé les parties présentes ou représentées, que la décision serait rendue le 23 Mai 2025, conformément aux dispositions de l’article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
DEMANDEUR :
S.A.S. ACTION LOGEMENT SERVICES
[Adresse 3]
[Localité 7]
représentée par Me Roger LEMONNIER, avocat au barreau de PARIS substitué par Me Claire STREHAIANO, avocat au barreau de RENNES
ET :
DEFENDEUR :
M. [D] ([E]) [P]
[Adresse 1]
[Localité 5]
non comparant, ni représenté
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Par acte sous seing privé du 8 septembre 2023, la SCI du Manoir a consenti un bail d’habitation à M. [E] [P] sur des locaux situés au [Adresse 2] à La Chapelle-des-Fougeretz (35520), moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 530 euros et d’une provision pour charges de 30 euros.
La société ACTION LOGEMENT SERVICES s’est portée caution du locataire.
Des loyers étant restés impayés, la garantie de la société ACTION LOGEMENT SERVICES a été activée.
Par acte de commissaire de justice du 16 juillet 2024, la société ACTION LOGEMENT SERVICES a fait délivrer au locataire un commandement de payer la somme principale de 2240 euros au titre de l’arriéré locatif dans un délai de deux mois, en visant une clause résolutoire.
La commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de M. [E] [P] le 17 juillet 2024.
Par assignation du 26 novembre 2024, la société ACTION LOGEMENT SERVICES a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Rennes aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
• Constater l’acquisition de la clause résolutoire,
• A titre subsidiaire, prononcer la résiliation du bail,
• Ordonner l’expulsion de M. [E] [P] ainsi que celle de tous occupants de son chef avec, au besoin, le concours de la force publique,
• Condamner le locataire au paiement des sommes suivantes :
* 4179,54 euros au titre de l’arriéré locatif, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer du 16 juillet 2024 sur la somme de 2240 €, et à compter de l’assignation pour le surplus,
* une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à libération des lieux, ces indemnités étant versées à la SAS ACTION LOGEMENT SERVICES s’il est justifié d’une quittance subrogative,
* 800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens comprenant le coût du commandement de payer.
L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 27 novembre 2024, mais aucun diagnostic social et financier n’est parvenu au greffe avant l’audience.
Prétentions et moyens des parties
À l’audience du 14 mars 2025, la société ACTION LOGEMENT SERVICES, représentée par son avocat, maintient l’intégralité de ses demandes, et précise que la dette locative, actualisée au 5 mars 2025, s’élève désormais à 5169,35 euros. La société ACTION LOGEMENT SERVICES considère qu’il n’y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l’audience, au sens de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, seuls des règlements partiels du loyer courant étant intervenus.
Bien que régulièrement assigné par acte de commissaire de justice délivré à étude, M. [E] [P] n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter
La société ACTION LOGEMENT SERVICES ne forme aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire.
En application de l’article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, les parties ont été invitées à produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
La société ACTION LOGEMENT SERVICES a précisé ne pas avoir connaissance de l’existence d’une telle procédure concernant M. [E] [P].
À l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu’à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.
MOTIVATION
En application de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
1. Sur la demande de constat de la résiliation du bail
1.1. Sur la recevabilité de la demande
La société ACTION LOGEMENT SERVICES justifie avoir notifié l’assignation au représentant de l’État dans le département plus de six semaines avant l’audience.
Elle justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation.
Son action est donc recevable au regard des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
1.2. Sur la résiliation du bail
Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Cependant, ce délai légal d’acquisition de la clause résolutoire et d’apurement de la dette locative relève des effets légaux du contrat de bail uniquement lorsque celui-ci ne comporte pas de prévision contractuelle sur ce point. À l’inverse, lorsque le délai d’acquisition de la clause a été contractualisé, celui-ci ne peut plus être considéré comme un effet légal du contrat. Il y a lieu alors d’appliquer le délai contractuel, ce délai ne revêtant pas un impérieux motif d’intérêt général interdisant aux parties d’y déroger dans un sens favorable au locataire.
En l’espèce, un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail a été signifié au locataire le 16 juillet 2024. Or, d’après l’historique des versements, la somme de 2240 euros n’a pas été réglée par ce dernier dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et aucun plan d’apurement n’a été conclu dans ce délai entre les parties.
La société ACTION LOGEMENT SERIVICE, subrogée dans les droits du bailleur, est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 17 septembre 2024.
Il convient, en conséquence, d’ordonner au locataire ainsi qu’à tous les occupants de son chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d’autoriser la société ACTION LOGEMENT SERVICES à faire procéder à l’expulsion de toute personne y subsistant.
Cependant, dès lors qu’aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution, il convient de rappeler que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance au locataire d’un commandement de quitter les lieux.
2. Sur la dette locative
Aux termes de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver tandis que celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement.
L’article 1103 du même code prévoit, par ailleurs, que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
En l’espèce, la société ACTION LOGEMENT SERVICES, subrogée dans les droits du bailleur, verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 5 mars 2025, M. [E] [P] lui devait la somme de 5169,35 euros, soustraction faite des frais de procédure.
M. [E] [P], non comparant, n’apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, il sera condamné à payer cette somme à la société ACTION LOGEMENT SERVICES, avec intérêts au taux légal à compter du 16 juillet 2024 sur la somme de 2240 euros, à compter de l’assignation sur la somme de 1939,54 euros et à compter de la signification de la présente décision pour le surplus, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1344-1 du code civil.
3. Sur l’indemnité d’occupation
En cas de maintien dans les lieux du locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d’occupation sera due. Au regard du montant actuel du loyer et des charges.
L’indemnité d’occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, à partir du 17 septembre 2024, et ne cessera d’être due qu’à la libération effective des locaux avec remise des clés au bailleur ou à son mandataire.
Cette indemnité d’occupation sera due à la société bailleresse ou, à défaut, à la société ACTION LOGEMENT SERVICES si cette dernière justifie d’une quittance subrogative.
4. Sur les frais du procès et l’exécution provisoire
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité et de la situation économique de la partie condamnée.
M. [E] [P], qui succombe à la cause, sera condamné aux dépens de la présente instance, conformément à l’article 696 du code de procédure civile.
En revanche, compte tenu de sa situation économique, il n’y a pas lieu de le condamner à une quelconque indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
Selon l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
Toutefois, selon l’article 514-1 du même code, le juge peut écarter l’exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s’il estime qu’elle est incompatible avec la nature de l’affaire. Il statue, d’office ou à la demande d’une partie, par décision spécialement motivée.
En l’espèce, compte tenu du montant et de l’ancienneté de la dette et de l’absence de reprise du paiement intégral des loyers depuis l’assignation, il n’y a pas lieu d’écarter l’exécution provisoire de la présente décision.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que la dette locative visée dans le commandement de payer du 16 juillet 2024 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois,
CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 8 septembre 2023 entre la SCI du Manoir, d’une part, et M. [E] [P], d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 2] à La Chapelle-des-Fougeretz (35520) est résilié depuis le 17 septembre 2024,
DIT n’y avoir lieu d’octroyer des délais de paiement à M. [E] [P], sans préjudice des délais qui pourraient lui être accordés dans le cadre d’une procédure de surendettement,
ORDONNE à M. [E] [P] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au [Adresse 2] à [Localité 8] ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement,
DIT qu’à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec l’assistance de la force publique,
DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d’exécution,
RAPPELLE que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’hors période hivernale et à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux,
CONDAMNE M. [E] [P] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail,
DIT que cette indemnité d’occupation, qui se substitue au loyer dès le 17 septembre 2024, est payable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, jusqu’à libération effective des lieux et remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire,
DIT que cette indemnité d’occupation pourra être versée par M. [P] à la société ACTION LOGEMENT SERVICES, en lieu et place de la société bailleresse, sous réserve que cette dernière justifie d’une quittance subrogative visant les sommes dont elle sollicitera le paiement,
CONDAMNE M. [E] [P] à payer à la société ACTION LOGEMENT SERVICES subrogée dans les droits du bailleur, la somme de 5169,35 euros (cinq mille cent soixante-neuf euros et trente-cinq centimes) au titre de l’arriéré locatif arrêté au 5 mars 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 16 juillet 2024 sur la somme de 2240 euros, à compter de l’assignation sur la somme de 1939,54 euros et à compter de la signification de la présente décision pour le surplus,
DIT n’y avoir lieu d’écarter l’exécution provisoire de droit de la présente décision,
DÉBOUTE la société ACTION LOGEMENT SERVICES de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE M. [E] [P] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 16 juillet 2024 et celui de l’assignation du 26 novembre 2024.
Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025, et signé par le juge et la greffière susnommées.
La Greffière Le Juge
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Consolidation ·
- Victime ·
- Adolescent ·
- Expertise ·
- Déficit ·
- Autonomie ·
- Enfant ·
- Degré ·
- Évaluation ·
- Tribunal judiciaire
- Tribunal judiciaire ·
- Adresses ·
- Courriel ·
- Contentieux ·
- Protection ·
- Épouse ·
- Fins ·
- Désistement d'instance ·
- Avocat ·
- Caution
- Commissaire de justice ·
- Production ·
- Imposition ·
- Tribunal judiciaire ·
- Justification ·
- Associé ·
- Jugement ·
- Salaire ·
- Adresses ·
- Hôpitaux
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Habitat ·
- Locataire ·
- Dégradations ·
- Bailleur ·
- État ·
- Désistement ·
- Demande ·
- Commandement de payer ·
- Loyers, charges ·
- Logement
- Bail ·
- Résiliation ·
- Clause resolutoire ·
- Loyer ·
- Contrat de location ·
- Adresses ·
- Commandement de payer ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Clause ·
- Expulsion
- Cabinet ·
- Tribunal judiciaire ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Adresses ·
- Commissaire de justice ·
- Sociétés ·
- Liquidateur ·
- Siège ·
- Immeuble ·
- Qualités
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Tribunal judiciaire ·
- Construction ·
- Abandon de chantier ·
- Expertise judiciaire ·
- Réception ·
- Responsabilité civile ·
- Partie ·
- Référé ·
- Motif légitime ·
- Adresses
- Enfant ·
- Maroc ·
- Divorce ·
- Tribunal judiciaire ·
- Aide juridictionnelle ·
- Autorité parentale ·
- Vacances ·
- Mariage ·
- Date ·
- Aide
- Expertise ·
- Audit ·
- Tribunal judiciaire ·
- Ordonnance ·
- Référé ·
- Extensions ·
- Qualités ·
- Sociétés ·
- Siège social ·
- Provision
Sur les mêmes thèmes • 3
- Prêt d'argent, crédit-bail , cautionnement ·
- Prêt - demande en remboursement du prêt ·
- Contrats ·
- Logement ·
- Risque ·
- Assurance vie ·
- Prêt ·
- Clause ·
- Action ·
- Hors de cause ·
- Déchéance du terme ·
- Sociétés ·
- Déchéance
- Logement ·
- Locataire ·
- Loyer ·
- Performance énergétique ·
- Isolant ·
- Handicap ·
- Réalisation ·
- Réhabilitation ·
- Contentieux ·
- Réception
- Tribunal judiciaire ·
- Commissaire de justice ·
- Obligation ·
- Carte accréditive ·
- Référé ·
- Contestation sérieuse ·
- Débiteur ·
- Taux légal ·
- Titre ·
- Créance
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.