À l'ère de l'IA, le cabinet Bruzzo Dubucq replace la stratégie au cœur du métier d'avocat avec Doctrine
Droit commercial, des affaires et de la concurrence · Bruzzo Dubucq · Conseil & contentieux

« Doctrine nous a rendu ce que le métier n'aurait jamais dû perdre : le temps de penser par soi-même. »
Associé fondateur du cabinet Bruzzo Dubucq à Aix-en-Provence, Cédric Dubucq intervient en droit commercial, des affaires et de la concurrence, aussi bien en conseil qu'en contentieux.
À l'heure où l'intelligence artificielle transforme les pratiques juridiques, il a fait le choix de s'appuyer sur Doctrine pour recentrer son activité sur ce qui compte : la stratégie, la réflexion et la création de valeur pour ses clients.
Dans cet entretien, Cédric Dubucq revient sur la manière dont Doctrine a changé son quotidien et sa vision du métier d'avocat.
Vous êtes cofondateur du cabinet Bruzzo Dubucq. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs l'ADN de votre cabinet et votre expertise ?
C'est d'abord une histoire d'association, au sens fort du terme. Philippe Bruzzo et moi, ce n'est pas simplement deux noms sur une plaque. C'est une conception commune du métier : exigeante, engagée, jamais confortable. À l'origine, on aimait dire que c'était l'expérience d'un côté, l'audace de l'autre. Aujourd'hui, les rôles se sont un peu mélangés, dans le bon sens.
« Chacun a été choisi selon les mêmes critères : excellence académique, culture générale, qualités humaines. »
En dix ans, le cabinet a changé d'échelle sans changer de nature. Nous sommes une trentaine d'avocats, huit associés, bientôt davantage. Chacun a été choisi selon les mêmes critères : excellence académique, culture générale, qualités humaines. Ce n'est pas un discours de façade. Certains de nos collaborateurs sont passés par la Clinique du Droit des Affaires, que j'ai fondée pour mettre les meilleurs étudiants aixois au service des jeunes entrepreneurs. Le recrutement, chez nous, commence parfois sur les bancs de la faculté.
Ce qui nous distingue, c'est la complémentarité réelle entre les associés. Chaque client accède à l'expertise exactement calibrée pour son problème : fiscal, corporate, restructuring, contentieux, pénal des affaires, droit de la distribution. Pour ma part, je co-dirige le département restructuring et contentieux, avec ses différentes branches : contentieux de haut de bilan, actions collectives, défaillance d'entreprise, guerre économique. J'ai aussi la charge de la stratégie du cabinet au sens large : croissance, recrutement, innovation, formation. Mais mon quotidien, c'est d'abord mes clients et mes dossiers.
Et puis il y a l'enseignement : une activité à part entière, pas un accessoire. J'interviens à la faculté d'Aix-en-Provence, à l'ENM pour la formation continue des magistrats, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ce sont des espaces où je pense le droit différemment. Où je le challenge. Et où je reviens toujours avec quelque chose.
Qui sont les utilisateurs de Doctrine chez Bruzzo Dubucq ?
Tout le monde, sans exception. Du stagiaire à l'associé, en passant par les clercs et les collaborateurs. Ce n'est pas un outil réservé à une élite interne ou aux dossiers complexes.
« Depuis dix ans, on a testé beaucoup de choses. On n'a pas tout gardé. Mais Doctrine fait partie du noyau dur. »
Notre philosophie sur ce sujet est simple, et elle vaut pour tous les outils que nous adoptons : si ça améliore la qualité de ce qu'on délivre à nos clients, on y va. Si ça ne change rien, ou si ça crée de la friction, on passe à autre chose. Depuis dix ans, on a testé beaucoup de choses. On n'a pas tout gardé. Mais Doctrine fait partie du noyau dur.
Ce qui m'importe, ce n'est pas que chaque avocat du cabinet utilise exactement les mêmes outils de la même façon. C'est le résultat. Chacun est libre de trouver sa propre méthode de travail, à condition qu'elle soit à la hauteur. L'innovation n'est pas une posture qu'on affiche : c'est une contrainte qu'on s'impose, parce que nos clients méritent mieux que des pratiques figées.
Faut-il être un « geek de l'IA » pour prendre Doctrine en main ?
Franchement ? Non. J'ai parfois envie de dire qu'un enfant de huit ans s'en sortirait sans problème.
« Quant à ma grand-mère - que j'embrasse au passage - je parie qu'elle maîtriserait l'outil avant d'avoir fini son thé. »
La meilleure preuve ? Philippe Bruzzo - dont je me garderai bien de dire qu'il est technophobe - même si lui s'en revendique volontiers, s'y est mis. Et je vous rassure : on retrouve intacte sa patte dans chacun de ses écrits. C'est d'ailleurs tout l'enjeu.
Quelle est la plus-value, pour un cabinet d'avocat, de disposer d'une IA juridique telle que Doctrine ?
Posons la question que personne n'ose formuler : l'IA ne remplace pas les avocats, elle remplace déjà ce que produit une partie d'entre eux. C'est précisément là que réside l'opportunité. Doctrine couvre la recherche, l'analyse documentaire, la rédaction : des tâches que la machine exécute souvent mieux, plus vite, sans ego.
« Mise dans les mains d'un avocat moyen, l'IA produit de la médiocrité industrielle. Mise dans les mains d'un avocat aguerri, elle produit quelque chose d'inédit. »
Mais voilà le secret que l'industrie refuse d'admettre : la technologie ne crée pas de l'intelligence, elle la révèle. Mise dans les mains d'un avocat moyen, l'IA produit de la médiocrité industrielle. Mise dans les mains d'un avocat aguerri, elle produit quelque chose d'inédit, au croisement parfois d'autres disciplines comme la finance par exemple. Il n'y a plus de limite à ce sujet. Ce qui restera irréductiblement humain, c'est le jugement sous incertitude, sentir qu'une négociation bascule, plaider avec la conviction de celui qui a tout construit. L'IA ne joue pas sa peau à chaque mandat. L'avocat, si.
Disposer de Doctrine dans Word change-t-il la donne pour les professionnels du droit ?
L'intégration de Doctrine dans Word, c'est la fin de la friction : vous restez dans le cockpit sans jamais quitter l'avion.
Mais la vraie question n'est pas technique, elle est existentielle : qu'est-ce qu'un avocat qui écrit exactement comme l'IA vaut sur le marché ?
La réponse est simple, pas grand-chose. Le style n'est pas un luxe littéraire, c'est une barrière à l'entrée. Ce qui rend un avocat irremplaçable, c'est précisément ce que l'IA ne peut pas imiter : une voix, un raisonnement singulier, une façon d'habiller une argumentation.
L'IA transforme la manière dont les cabinets s'organisent. Est-ce que cela a un impact sur votre façon de piloter Bruzzo Dubucq ?
Ce que l'IA nous a rendu, c'est du temps : cette ressource que certains cabinets dilapidaient depuis des décennies sur des tâches nécessaires mais sans valeur ajoutée réelle. Il faut en revanche que ce temps libéré ne crée pas d'oisiveté et aille dans ce qui est, selon moi, un des seuls avantages concurrentiels durables d'un cabinet : avoir un coup d'avance sur les enjeux économiques de ses clients.
La plupart des cabinets mesurent leur performance en heures facturées. C'est le mauvais étalon. Ce qui compte, c'est la valeur produite par heure de réflexion stratégique. Et là, l'IA change tout.
Le gain de productivité apporté par l'IA interroge notamment le modèle de facturation. Comment abordez-vous ce sujet au sein de votre cabinet ?
Le modèle horaire ne valorise pas les avocats qui travaillent vite et bien. Et comme toutes les conventions confortables, il a survécu bien au-delà du raisonnable parfois. L'IA vient simplement rendre visible ce que nos clients pressentaient déjà : ce qu'ils paient, ce n'est pas du temps : c'est un résultat, un risque écarté, une bataille gagnée. De notre côté, nous accélérons notre transition vers des honoraires fondés sur la valeur produite et le résultat obtenu, plutôt que sur le temps consommé.
« L'IA vient simplement rendre visible ce que nos clients pressentaient déjà : ce qu'ils paient, ce n'est pas du temps : c'est un résultat, un risque écarté, une bataille gagnée. »
L'IA change-t-elle la nature même de la valeur apportée par l'avocat ?
Pendant des décennies, la profession a vendu de l'information qui était, en soi, une expertise, et ça fonctionnait, parce que l'information était rare. Elle ne l'est plus, et c'est une blessure narcissique pour certains. Ce que l'IA détruit, ce n'est pas la valeur de l'avocat : c'est l'illusion que produire et chercher constituait une valeur en soi.
La vraie valeur a toujours été ailleurs : dans le jugement, dans la décision sous incertitude, dans la capacité à choisir et à l'assumer devant un client, un juge, un adversaire.
Les vieux maîtres (qui étaient en avance sur leur temps !) vivaient ce métier comme une obsession, pas comme une profession, c'est l'idéal auquel il faut tendre à défaut d'y prétendre, (re)devenir des spécialistes pointus, des stratèges des contentieux à forts enjeux, conquérir des territoires nouveaux plutôt que de défendre des rentes. Le meilleur est devant nous.
Gardons l'essentiel : le reste, donnons-le à la machine.
S'équiper d'outils comme Doctrine joue-t-il un rôle dans l'attractivité d'un cabinet auprès des avocats sur le marché ?
Il y a une idée reçue tenace : l'IA attirerait les avocats paresseux, ceux qui cherchent à déléguer sans se salir les mains. C'est exactement l'inverse à mon sens, il n'y a pas de places pour les feignasses. La technologie peut devenir un marqueur et un outil opérationnel : elle peut révéler l'ambition d'une structure, sa vision.
Un mot sur la formation de l'avocat de demain ?
L'université forme d'excellents juristes pour un monde qui est déjà en train de disparaître. Les enseignements théoriques sont solides, mais la culture générale est sous-valorisée, l'oral négligé, la réalité du métier à peine effleurée, et le débat d'idées traité comme un luxe. C'est un paradoxe : on prépare des esprits au droit d'hier avec les outils d'avant-hier.
Il faut transmettre les deux piliers qui résistent à l'IA : l'excellence académique et la puissance commerciale. Aux jeunes juristes, il faut sans doute trouver des maîtres, cultivez un idéal, ne pas se compromettre dans des carrières sans saveur.
Si vous deviez résumer en une phrase ce que vous apporte Doctrine aujourd'hui, que diriez-vous ?
Doctrine nous a rendu ce que le métier n'aurait jamais dû perdre : le temps de penser par soi-même.
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