Annulation 7 juillet 1978
Résumé de la juridiction
Le syndicat des avocats de France a intérêt à demander l’annulation d’une circulaire qui prévoit les modalités suivant lesquelles les étrangers sous le coup d’un arrêté d’expulsion pourront être détenus à titre provisoire dans l’attente de leur départ de France, dès lors qu’une telle détention, quelles que soient les facilités reconnues aux avocats pour communiquer avec leurs clients étrangers qui en font l’objet, est de nature à affecter les conditions dans lesquelles pourront s’exercer les droits de la défense des intéressés. Un étranger résidant en France justifie également d’un intérêt pour demander l’annulation de cette circulaire. [1] Il résulte des dispositions de l’article 120 du code pénal qu’un étranger sous le coup d’une mesure d’expulsion peut être retenu sur "ordre provisoire du Gouvernement". [2] L’article 28 de l’ordonnance du 2 novembre 1945 qui donne au Gouvernement le pouvoir d’assigner à résidence les étrangers qui font l’objet d’un arrêté d’expulsion et qui justifient être dans l’impossibilité de quitter le territoire français n’exclut pas le droit pour le Gouvernement, lorsqu’il l’estime nécessaire, d’ordonner à titre provisoire leur détention en vertu de l’article 120 du code pénal. [3] Les ministres de la Justice et de l’Intérieur, n’étant pas investis du pouvoir règlementaire, n’avaient pas compétence pour édicter, par circulaire, des mesures réglementaires dans le cadre de l’article 120 du code pénal.
Commentaires • 3
pendant 7 jours
Sur la décision
| Référence : | CE, ass., 7 juil. 1978, n° 10830 10569, Lebon |
|---|---|
| Juridiction : | Conseil d'État |
| Numéro : | 10830 10569 |
| Importance : | Publié au recueil Lebon |
| Type de recours : | Recours pour excès de pouvoir sursis à exécution |
| Dispositif : | Annulation totale |
| Identifiant Légifrance : | CETATEXT000007660915 |
Sur les parties
| Président : | M. Chenot |
|---|---|
| Rapporteur : | M. Pinault |
| Rapporteur public : | M. J.F. Théry |
| Parties : | Syndicat des avocats de France et autres |
Texte intégral
Vu 1. sous le n. 10 830, la requête sommaire et le mémoire ampliatif présentés pour le Syndicat des Avocats de France dont le siège est … 16e , représentée par son Président en exercice domicilié audit siège, ladite requête et ledit mémoire enregistrés au secrétariat du Contentieux du Conseil d’Etat le 23 janvier 1978 et le 12 mai 1978 et tendant à ce qu’il plaise au Conseil annuler une circulaire conjointe du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Ministre de l’Intérieur en date du 21 novembre 1977 relative à la situation des étrangers expulsés en instance de départ de France. Vu 2. sous le n. 10 569, la requête présentée par le sieur X… Gustave demeurant 115, rue Notre-Dame-des-Champs à Paris 6e , ladite requête enregistrée au secrétariat du Contentieux du Conseil d’Etat le 30 décembre 1977 et tendant à ce qu’il plaise au Conseil, d’une part, annuler une circulaire conjointe du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Ministre de l’Intérieur en date du 21 novembre 1977 relative à la situation des étrangers en instance de départ de France et, d’autre part, décider qu’il sera sursis à l’exécution de ladite circulaire jusqu’à ce qu’il soit statué sur cette demande d’annulation. Vu le code Pénal et notamment son article 120 ; Vu le code de Procédure Pénale ; Vu l’ordonnance du 2 novembre 1945 relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France ; Vu l’ordonnance du 31 juillet 1945 et le décret du 30 septembre 1953 ; Vu la loi du 30 décembre 1977 ;
Considérant que les requêtes du Syndicat des avocats de France et du sieur Gustave X… sont dirigées contre la même circulaire conjointe du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Ministre de l’Intérieur ; qu’elles posent à juger des questions semblables ; qu’il y a lieu de les joindre pour y être statué par une seule décision ;
Sur l’intérêt pour agir du Syndicat des Avocats de France : Considérant que la circulaire en cause prévoit les modalités suivant lesquelles les étrangers sous le coup d’un arrêté d’expulsion pourront être détenus à titre provisoire dans l’attente de leur départ de France ; qu’une telle détention, quelles que soient les facilités reconnues aux avocats pour communiquer avec leurs clients étrangers ayant fait l’objet de cette mesure, est de nature à affecter les conditions dans lesquelles pourront s’exercer les droits de la défense des intéressés ; qu’ainsi le syndicat requérant a un intérêt suffisant pour agir contre la circulaire en question ;
Sur l’intérêt pour agir du sieur X… : Considérant que le sieur X…, en qualité d’étranger résidant en France, justifie d’un intérêt pour demander l’annulation de la circulaire attaquée ;
Sur la légalité de la circulaire attaquée : Sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens des requêtes : Considérant, d’une part, qu’il résulte des dispositions de l’article 120 du Code pénal, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 7 février 1933 dont cet article est issu qu’un étranger sous le coup d’une mesure d’expulsion peut être retenu sur « ordre provisoire du Gouvernement » ;
Considérant, d’autre part, qu’aux termes de l’article 28 de l’ordonnance du 2 novembre 1945 « l’étranger qui fait l’objet d’un arrêté d’expulsion et qui justifie être dans l’impossibilité de quitter le territoire français peut, jusqu’à ce qu’il soit en mesure d’y déférer, être astreint, par arrêté du Ministre de l’Intérieur, à résider dans les lieux qui lui sont fixés … » ; que cette disposition qui donne au Gouvernement le pouvoir d’assigner à résidence les étrangers se trouvant dans la situation prévue à l’article précité, n’exclut pas le droit, pour ledit Gouvernement lorsqu’il l’estime nécessaire, d’ordonner à titre provisoire leur détention en vertu de l’article 120 du Code pénal ci-dessus analysé ;
Considérant toutefois que la circulaire attaquée, prise par le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et par le Ministre de l’Intérieur, édicte dans le cadre de l’article 120 du Code pénal des mesures réglementaires ; que lesdits ministres n’étant pas investis du pouvoir réglementaire, le syndicat des avocats de France et le sieur X… sont fondés à demander l’annulation de l’ensemble des dispositions de ladite circulation comme entachées d’incompétence ;
DECIDE : Article 1er – La circulaire du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Ministre de l’Intérieur en date du 21 novembre 1977 est annulée.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Choix du statut du personnel d'un établissement public ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Soumission à un régime contractuel ·
- Validité des actes administratifs ·
- Fonctionnaires et agents publics ·
- Detachement et mise hors cadre ·
- Rj1 établissements publics ·
- Conditions du detachement ·
- Régime juridique ·
- Décret simple ·
- Detachement ·
- Compétence ·
- Personnels ·
- Positions ·
- Éducation physique ·
- Sport ·
- Professeur ·
- Décret ·
- Fonctionnaire ·
- Détachement ·
- Personnel enseignant ·
- Gouvernement ·
- Premier ministre ·
- Avancement
- Absence d'atteinte au principe du libre choix du défenseur ·
- Mesure ne portant pas atteinte aux droits de la défense ·
- Assistance en personne à la tentative de conciliation ·
- Comparution des parties devant le tribunal d'instance ·
- Amende civile pour recours dilatoire ou abusif ·
- Monopole prévu par la loi du 31 décembre 1971 ·
- Juridictions administratives et judiciaires ·
- Caractère contradictoire de la procédure ·
- Mesures relevant du domaine du règlement ·
- Magistrats et auxiliaires de la justice ·
- Rj2 actes législatifs et administratifs ·
- ,rj3 règles de compétence territoriale ·
- Violation directe de la règle de droit ·
- ,rj4 fixation des délais de procédure ·
- Articles 34 et 37 de la constitution ·
- Principe du libre choix du défenseur ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Communication de pièces à des tiers ·
- Validité des actes administratifs ·
- Règles générales de procédure ·
- Principes généraux du droit ·
- Introduction de l'instance ·
- Règles de procédure civile ·
- Procédure de contestation ·
- Libre choix du défenseur ·
- ,rj4 délais de procédure ·
- Reouverture des délais ·
- Domaine réglementaire ·
- Absence de violation ·
- Droits de la défense ·
- Juridictions civiles ·
- Monopole des avocats ·
- Secret professionnel ·
- Champ d'application ·
- ,rj2 méconnaissance ·
- Absence d'atteinte ·
- Loi et règlement ·
- Rj1 procédure ·
- Compétence ·
- Honoraires ·
- Tardiveté ·
- Ordre des avocats ·
- Décret ·
- Procédure civile ·
- Annulation ·
- Principe ·
- Gouvernement ·
- Pouvoir réglementaire ·
- Intervention ·
- Matière gracieuse ·
- Juridiction
- Actes concernant les relations internationales ·
- Recours pour excès de pouvoir non recevable ·
- Rj1 responsabilité de la puissance publique ·
- Conduite des négociations internationales ·
- ,rj1 responsabilité de l'État français ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Différentes catégories d'actes ·
- Fondement de la responsabilité ·
- Mise en demeure non détachable ·
- Négociations internationales ·
- Responsabilité sans faute ·
- Actes de gouvernement ·
- Compétence ·
- Développement industriel ·
- Tribunaux administratifs ·
- Scientifique ·
- Annulation ·
- Sociétés ·
- Algérie ·
- L'etat ·
- Compagnie pétrolière ·
- Accord ·
- Trésor
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Conseil national de la chasse et de la faune sauvage ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Validité des actes administratifs ·
- Définition des espèces protégées ·
- Procédure d'établissement ·
- Consultation obligatoire ·
- Nature et environnement ·
- Procédure consultative ·
- Cas du gibier ·
- Gibier ·
- Faune ·
- Chasse ·
- Pelleterie ·
- Décret ·
- Liste ·
- Agriculture ·
- Mesure de protection ·
- Siège social ·
- Chambre syndicale
- Cours d'eau non navigables ni flottables ·
- Régime juridique des cours d'eau ·
- Régime juridique des eaux ·
- Absence de faute ·
- Communauté urbaine ·
- L'etat ·
- Conseil d'etat ·
- Tribunaux administratifs ·
- Eaux ·
- Condamnation ·
- Garantie ·
- Délibération ·
- Contentieux ·
- Matériel
- Notion de travail public et d'ouvrage public ·
- Travaux publics ·
- Ouvrage public ·
- Ville ·
- Tribunaux administratifs ·
- Conseil d'etat ·
- Eau usée ·
- Administration communale ·
- Décentralisation ·
- Maire ·
- Hôtel ·
- Dommage
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Autres opérations preliminaires à l'élection ·
- Incompétence du Conseil d'État ·
- Élections législatives ·
- Contentieux ·
- Élections ·
- Député ·
- Collège électoral ·
- Assemblée nationale ·
- Election ·
- Décret ·
- Excès de pouvoir ·
- Nouvelle-calédonie ·
- Conseil d'etat ·
- Annulation ·
- Légalité
- Indemnité due aux entreprises lésées ·
- Marchés et contrats administratifs ·
- Exécution financière du contrat ·
- Rémunération du co-contractant ·
- Architectes et entrepreneurs ·
- Loyer modéré ·
- Ville ·
- Société générale ·
- Habitation ·
- Bâtiment ·
- Public ·
- Intérêt ·
- Entreprise ·
- Conseil d'etat ·
- Sociétés
- Droit des étrangers de mener une vie familiale normale ·
- Droit de mener une vie familiale normale ·
- Violation directe de la règle de droit ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Validité des actes administratifs ·
- Étrangers, réfugiés, apatrides ·
- Droits civils et individuels ·
- Étrangers résidant en France ·
- Principes généraux du droit ·
- Police administrative ·
- Police des étrangers ·
- Libertés publiques ·
- Polices spéciales ·
- Illégalité ·
- Étrangers ·
- Décret ·
- Ressortissant étranger ·
- Excès de pouvoir ·
- Travailleur immigré ·
- Famille ·
- Conseil d'etat ·
- Travailleur ·
- Contentieux ·
- Accès ·
- Gouvernement
Sur les mêmes thèmes • 3
- Suspension d'un fonctionnaire en l'absence de faute grave ·
- Consultation de la commission administrative paritaire ·
- Suspension illégalité en l'absence de faute grave ·
- Statuts, droits, obligations et garanties ·
- Responsabilité de la puissance publique ·
- Commissions administratives paritaires ·
- Suspension illégale d'un fonctionnaire ·
- Obligations de l'autorité supérieure ·
- Rj1 fonctionnaires et agents publics ·
- Rj2 fonctionnaires et agents publics ·
- Contentieux de la fonction publique ·
- Fonctionnaires et agents publics ·
- Protection contre les attaques ·
- Garanties et avantages divers ·
- Suspension d'un fonctionnaire ·
- Responsabilité et illégalité ·
- Contentieux de l'indemnité ·
- Affectation et mutation ·
- Évaluation du préjudice ·
- Préjudice moral ·
- Responsabilité ·
- Discipline ·
- Réparation ·
- Positions ·
- Procédure ·
- Mutation ·
- Enseignement technique ·
- Éducation nationale ·
- Annulation ·
- Fonctionnaire ·
- Tribunaux administratifs ·
- Enseignement général ·
- L'etat ·
- Commission ·
- Établissement ·
- Ordonnance
- Fonctionnement de la caisse nationale des barreaux français ·
- Institution d'amendes pour recours dilatoires ou abusifs ·
- Institution d'amendes pour recours dilatoire ou abusif ·
- Amendes pour recours dilatoire et abusif [art ·
- Autorités disposant du pouvoir réglementaire ·
- Juridictions administratives et judiciaires ·
- 14, 28 et 29 du décret du 20 janvier 1978] ·
- Garde des sceaux, ministre de la justice ·
- Mesures relevant du domaine du règlement ·
- Article 12 du décret du 20 janvier 1978 ·
- Magistrats et auxiliaires de la justice ·
- Ne constituent pas des frais de justice ·
- Rj1 actes législatifs et administratifs ·
- Caisse nationale des barreaux français ·
- Violation directe de la règle de droit ·
- Articles 34 et 37 de la constitution ·
- Actes législatifs et administratifs ·
- Organisation de la sécurité sociale ·
- Amendes pour recours abusif nature ·
- Validité des actes administratifs ·
- Respect des droits de la défense ·
- 12 du décret du 20 janvier 1978 ·
- Règles générales de procédure ·
- Principes généraux du droit ·
- Auxiliaires de la justice ·
- Loi et règlement ·
- Pouvoirs publics ·
- Sécurité sociale ·
- Frais et dépens ·
- Fonctionnement ·
- Méconnaissance ·
- Gouvernement ·
- Compétence ·
- Jugements ·
- Ministres ·
- Procédure ·
- Légalité ·
- Décret ·
- Conseil d'etat ·
- Garde des sceaux ·
- Instituteur ·
- Syndicat ·
- Enseignement général ·
- Éducation nationale ·
- Premier ministre ·
- Amende ·
- Excès de pouvoir
- Exercice du commerce ambulant sur la voie publique ·
- Interdiction partielle légalement justifiée ·
- R211 du code des tribunaux administratifs] ·
- Police des voies ouvertes au public ·
- Réglementation de la circulation ·
- Composition de la juridiction ·
- Circulation et stationnement ·
- Objet des mesures de police ·
- Composition régulière ·
- Police administrative ·
- Police municipale ·
- Jugements ·
- Procédure ·
- Communes ·
- Lorraine ·
- Tribunaux administratifs ·
- Maire ·
- Conseil d'etat ·
- Commerce ambulant ·
- Voie publique ·
- Contentieux ·
- Ville ·
- Colportage ·
- Mandataire ·
- Légalité
Textes cités dans la décision
- Décret n°77-1478 du 30 décembre 1977
- CODE PENAL
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.