Rejet 11 avril 2026
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Mayotte, 11 avr. 2026, n° 2601434 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Mayotte |
| Numéro : | 2601434 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mai 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 avril 2026, Mme B… A…, ayant pour avocat Me Belliard, demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 8 avril 2026, portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pendant un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie ;
- de nationalité comorienne, née en 2005, elle vit à Mayotte depuis 2017 ; elle a été scolarisée à partir de 2020, jusqu’en 2025, a obtenu le baccalauréat professionnel en 2024 ; elle a entamé une prépa sup tertiaire au titre de l’année 2024/2025 ; elle vit chez sa mère en situation régulière, avec ses frères et sœurs ; elle est bénévole pour le secours catholique depuis septembre 2025 ; l’arrêté litigieux porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de Mayotte n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin, magistrat honoraire, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 10 avril 2026 à 14 heures (heure de Mayotte),
Après avoir entendu, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Martin, juge des référés ;
- les observations de Mme A… qui indique être arrivée en 2017, avoir été scolarisée à partir de la 3ème, avoir entamé une préparation BTS, être bénévole pour Caritas, vivre chez sa mère en situation régulière, avoir une sœur et deux frères.
- le préfet de Mayotte n’étant pas représenté.
La clôture de l’instruction a été fixée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A…, ressortissante comorienne née en 2005, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte en date du 8 avril 2026, portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pendant une durée d’un an.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. » ;
3. Dès lors que la requérant fait l’objet d’une mesure d’éloignement présentant un caractère exécutoire, elle justifie de l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l’obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». art. 3-1
5. Il résulte de l’instruction que la requérante, majeure de 21 ans, qui s’exprime en excellent français à l’audience, réside à Mayotte depuis 2017. Elle a été scolarisée à partir de l’année 2020, en classe de 3ème, a obtenu le baccalauréat professionnel en 2024 et s’est inscrite à la suite dans une classe préparant au BTS. Elle manifeste une volonté certaine d’intégration, étant notamment bénévole pour le Secours catholique depuis septembre 2025. Enfin, vivant chez sa mère en situation régulière, avec ses frères et sœurs, elle peut se prévaloir de liens de famille à Mayotte. Dans ces conditions, l’arrêté en cause porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A… protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, il y a lieu de constater l’atteinte grave et manifestement illégale portée à cette liberté fondamentale et, en conséquence de suspendre l’arrêté du préfet de Mayotte en date du 8 avril 2026, dont au surplus il y a lieu de relever qu’il ne comporte aucun examen particulier de la situation personnelle de Mme A….
Sur les autres conclusions :
6. D’une part, il y a lieu, du fait de la suspension de la mesure d’éloignement, d’enjoindre au préfet de délivrer à Mme A… une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et d’examiner sa situation au regard de son droit au séjour dans le délai de deux mois.
7. D’autre part, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme A… au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 8 avril 2026 du préfet de Mayotte pris à l’encontre de Mme A… portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A…, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler et de procéder dans le délai de deux mois au réexamen de sa situation.
Article 3 : L’Etat versera à Mme A… la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B… A… et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la ministre des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 11 avril 2026.
Le juge des référés,
L. MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Territoire français ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Départ volontaire ·
- Enfant ·
- Interdiction ·
- Liberté fondamentale ·
- Convention internationale ·
- Vol ·
- Menaces
- Justice administrative ·
- Exécution du jugement ·
- Délai ·
- Admission exceptionnelle ·
- Astreinte ·
- Tribunaux administratifs ·
- Notification ·
- Commissaire de justice ·
- Éloignement ·
- Territoire français
- Logement ·
- Astreinte ·
- Médiation ·
- Urgence ·
- Capacité ·
- Commission ·
- Décentralisation ·
- Habitation ·
- Construction ·
- Aménagement du territoire
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Territoire français ·
- Étranger ·
- Tribunaux administratifs ·
- Justice administrative ·
- Réfugiés ·
- Pays ·
- Commissaire de justice ·
- Tiré ·
- Destination ·
- Départ volontaire
- Justice administrative ·
- Délai ·
- Commissaire de justice ·
- Maintien ·
- Déclaration préalable ·
- Commune ·
- Désistement ·
- Notification ·
- Réception ·
- Communication
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Injonction ·
- Parcelle ·
- Commune ·
- Contrôle ·
- Tribunaux administratifs ·
- Droit commun ·
- Pourvoir ·
- Auteur
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Assistance ·
- Ressources humaines ·
- Congé ·
- Recours gracieux ·
- Maladie ·
- Commissaire de justice ·
- Statuer ·
- Annulation ·
- Rejet
- Assainissement ·
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Biodiversité ·
- Tribunaux administratifs ·
- Juridiction ·
- Acte ·
- Forêt ·
- Pêche
- Fichier ·
- Données ·
- Sûretés ·
- Accès indirect ·
- Responsable du traitement ·
- Justice administrative ·
- Décret ·
- Sécurité publique ·
- Communication ·
- Finalité
Sur les mêmes thèmes • 3
- Logement ·
- Astreinte ·
- Urgence ·
- Habitation ·
- Construction ·
- Médiation ·
- Île-de-france ·
- Capacité ·
- Commission ·
- Injonction
- Territoire français ·
- Justice administrative ·
- Vie privée ·
- Étranger ·
- Menaces ·
- Ordre public ·
- Autorisation provisoire ·
- Carte de séjour ·
- Refus ·
- Titre
- Justice administrative ·
- Suspension ·
- Renouvellement ·
- Urgence ·
- Décision implicite ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Injonction ·
- Commissaire de justice ·
- Rejet
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.