Annulation 4 décembre 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Paris, 8e sect. - mesd, 4 déc. 2025, n° 2534659 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Paris |
| Numéro : | 2534659 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Satisfaction totale |
| Date de dernière mise à jour : | 8 janvier 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2025, M. C… D…, retenu en zone d’attente de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, mineur représenté par M. B…, administrateur ad hoc, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 26 novembre 2025 par lequel le ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile ;
2°) d’enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué fait une inexacte application de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que l’examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2025, le ministre de l’intérieur, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D… ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marik-Descoings,
- les observations orales de Me Sarkissian, avocat commis d’office représentant M. D…, assisté de Mme A…, interprète en langue arabe,
- et les observations orales de Me Ill, avocat du ministre de l’intérieur.
Considérant ce qui suit :
M. D…, ressortissant égyptien né le 1er janvier 2008, demande l’annulation de l’arrêté du 26 novembre 2025 par lequel le ministre de l’intérieur a rejeté sa demande d’entrée en France au titre de l’asile.
Sur les conclusions à fin d’annulation et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
Aux termes de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l’entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d’asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / (…) / 3° La demande d’asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d’asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l’étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d’octroi de l’asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d’atteintes graves. ». L’article L. 352-2 de ce même code prévoit que : « Sauf dans le cas où l’examen de la demande d’asile relève de la compétence d’un autre Etat, la décision de refus d’entrée ne peut être prise qu’après consultation de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L’office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d’asile. L’avocat ou le représentant d’une des associations mentionnées au huitième alinéa de l’article L. 531-15, désigné par l’étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d’attente pour l’accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l’accès de l’étranger au territoire français constitue une menace grave pour l’ordre public, l’avis de l’office, s’il est favorable à l’entrée en France de l’intéressé au titre de l’asile, lie le ministre chargé de l’immigration ».
Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.
Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. D… telles qu’elles ont été consignées dans le compte-rendu d’entretien avec le représentant de l’OFPRA que le requérant fait valoir qu’originaire de Fayoum, le fils d’un cousin de son père tue un autre jeune homme ce qui occasionne une vengeance de sang de la part de la famille de la victime contre sa propre famille, provoquant la fuite de son père et de son frère, puis la sienne. Si l’intéressé peine à donner des explications précises sur les circonstances évoquées dans son récit, il reste néanmoins constant à mentionner que son cousin a été impliqué dans un meurtre, dû à une dette non réglée, et que cela a entraîné une vengeance de sang de la part de la famille de la victime. Il indique également de manière constante que son cousin ayant fui en Turquie, la famille de la victime s’en est prise à son père, car son oncle est décédé, et à son frère aîné qui résidaient encore à Fayoum alors que lui vivait au Caire. Le départ de sa famille en Turquie fait également l’objet de propos cohérents. Ainsi, et compte tenu de sa proximité avec l’auteur de ce meurtre, les craintes dont il fait état peuvent apparaître plausibles, d’autant que le requérant, mineur, explique qu’il n’a plus aucune famille en Egypte où son jeune âge le rend particulièrement vulnérable. Par suite, le ministre de l’intérieur, en considérant que la demande d’asile présentée par M. D… est manifestement infondée, a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 352-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
5. Il résulte de ce qui précède que M. D… est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du ministre de l’intérieur du 26 novembre 2025.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
6. Aux termes de l’article L. 352-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Si le refus d’entrée au titre de l’asile et, le cas échéant, la décision de transfert sont annulés, il est immédiatement mis fin au maintien en zone d’attente de l’étranger, qui est autorisé à entrer en France muni d’un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l’autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, l’attestation de demande d’asile lui permettant d’introduire sa demande d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (…) ».
7. En vertu des dispositions qui précèdent, il y a lieu de faire droit à la demande de M. D… tendant à enjoindre à l’administration de l’admettre au séjour et de lui délivrer l’attestation de demande d’asile lui permettant d’introduire sa demande d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce d’assortir cette injonction d’une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du ministre de l’intérieur du 26 novembre 2025 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur d’admettre M. D… au séjour et de lui délivrer l’attestation de demande d’asile lui permettant d’introduire sa demande d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C… D…, représenté par M. B…, administrateur ad hoc et au ministre de l’intérieur.
Décision rendue le 4 décembre 2025.
La magistrate désignée,
Signé
N. MARIK-DESCOINGS
La greffière,
Signé
A. LANCIEN
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Logement ·
- Médiation ·
- Urgence ·
- Commission ·
- Capacité ·
- Astreinte ·
- Justice administrative ·
- Injonction ·
- Commissaire de justice ·
- Habitation
- Justice administrative ·
- Liberté fondamentale ·
- Résidence ·
- Certificat ·
- Convention européenne ·
- Sauvegarde ·
- Territoire français ·
- Pays ·
- Vie privée ·
- Ingérence
- Jury ·
- Offre ·
- Justice administrative ·
- Candidat ·
- Architecte ·
- Concours ·
- Commune ·
- Conseil municipal ·
- Critère ·
- Halles
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Territoire français ·
- Justice administrative ·
- Illégalité ·
- Aide juridictionnelle ·
- Incompétence ·
- Pays ·
- Destination ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Commissaire de justice
- Justice administrative ·
- Stage ·
- Suspension ·
- Étudiant ·
- Juge des référés ·
- Formation ·
- Exclusion ·
- Erreur ·
- Sécurité ·
- Exécution
- Territoire français ·
- Interdiction ·
- Illégalité ·
- Séjour des étrangers ·
- Refus ·
- Vie privée ·
- Droit d'asile ·
- Éloignement ·
- Justice administrative ·
- Carte de séjour
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Autorisation de travail ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Suspension ·
- Renouvellement ·
- Demande ·
- Carte de séjour ·
- Changement ·
- Statut
- Demande ·
- Police ·
- Domicile ·
- Refus ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Admission exceptionnelle ·
- Titre ·
- Délivrance ·
- Justice administrative
- Naturalisation ·
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Commissaire de justice ·
- Plateforme ·
- Décision administrative préalable ·
- Communauté française ·
- Demande ·
- Exécution ·
- Enfant à charge
Sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Délai ·
- Commissaire de justice ·
- Maintien ·
- Désistement ·
- Prime ·
- Habitat ·
- Biodiversité ·
- Consultation ·
- Électronique
- Justice administrative ·
- Travailleur handicapé ·
- Recours administratif ·
- Autonomie ·
- Commissaire de justice ·
- Reconnaissance ·
- Commission ·
- Intérêt pour agir ·
- Tribunal des conflits ·
- Qualités
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Logement ·
- Allocations familiales ·
- Droit commun ·
- Ville ·
- Pourvoir ·
- Donner acte ·
- Expédition
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.