Rejet 8 juillet 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Versailles, 9e ch., 8 juil. 2025, n° 2207534 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Versailles |
| Numéro : | 2207534 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 11 juillet 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 octobre 2022, 14 octobre 2023, 18 décembre 2023 et 10 janvier 2024, ce dernier mémoire n’ayant pas été communiqué, M. A B demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 août 2022 par lequel la maire de la commune de Bièvres l’a mis en demeure d’évacuer les déchets entreposés sur son terrain en filières adaptées dans un délai de quarante-cinq jours ;
2°) de condamner la commune de Bièvres ainsi que sa maire à une sanction laissée au choix du tribunal.
Il soutient que :
— l’arrêté attaqué repose sur des informations obtenues illégalement ;
— les matériaux présents sur son terrain ne sont pas des déchets ; en outre, certains des objets cités par l’arrêté ne sont pas situés sur son terrain mais sur la voie ouverte à la circulation du public, dont il est propriétaire, et d’autres sont inexistants ;
— il n’existe aucun risque d’atteinte à l’environnement ;
— l’arrêté attaqué est entaché d’un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre et 16 novembre 2023, la commune de Bièvres, représentée par Me Lazennec, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l’instruction a été fixée au 22 janvier 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’environnement ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de Mme Caron, première conseillère,
— les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,
— les observations de M. B, et celles de Me Lazennec, représentant la commune de Bièvres.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 10 août 2020, la maire de la commune de Bièvres a mis M. B en demeure d’évacuer les déchets entreposés sur son terrain en filières adaptées, dans un délai de quarante-cinq jours. M. B demande l’annulation de cet arrêté ainsi que le prononcé de sanctions à l’encontre de la commune de Bièvres et de sa maire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement : " Au sens du présent chapitre, on entend par : / Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire ; / () Gestion des déchets : le tri à la source, la collecte, le transport, la valorisation, y compris le tri, et, l’élimination des déchets et, plus largement, toute activité participant de l’organisation de la prise en charge des déchets depuis leur production jusqu’à leur traitement final, y compris la surveillance des installations de stockage de déchets après leur fermeture, conformément aux dispositions relatives aux installations classées pour la protection de l’environnement, ainsi que les activités de négoce ou de courtage et la supervision de l’ensemble de ces opérations ; () « . Aux termes de l’article L. 541-2 de ce code : » Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d’en assurer ou d’en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. / Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu’à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. / Tout producteur ou détenteur de déchets s’assure que la personne à qui il les remet est autorisée à les prendre en charge « . Aux termes de l’article L. 541-3 du même code : » I.- Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l’exception des prescriptions prévues au I de l’article L. 541-21-2-3, l’autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu’il encourt et, après l’avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d’une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d’effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. () ".
3. Un déchet au sens de l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement cité au point précédent est un bien dont son détenteur se défait ou dont il a l’intention de se défaire, sans qu’il soit besoin de déterminer si ce bien a été recherché comme tel dans le processus de production dont il est issu. Aux fins d’apprécier si un bien constitue ou non un déchet au sens de ces dispositions, il y a notamment lieu de prendre en compte le caractère suffisamment certain d’une réutilisation du bien sans opération de transformation préalable. Lorsque des biens se trouvent, compte tenu en particulier de leur état matériel, de leur perte d’usage et de la durée et des conditions de leur dépôt, en état d’abandon sur un terrain, ils peuvent alors être regardés, comme des biens dont leur détenteur s’est effectivement défait et présenter dès lors le caractère de déchets au regard des dispositions de l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement, alors même qu’ils y ont été déposés par le propriétaire du terrain. Au regard de ces critères, lorsque les circonstances révèlent que la réutilisation de ces biens sans transformation n’est pas suffisamment certaine, les seules affirmations du propriétaire indiquant qu’il n’avait pas l’intention de se défaire de ces biens, ne sont pas susceptibles de remettre en cause leur qualification comme déchet.
4. En premier lieu, le rapport de constat du 8 juillet 2022, sur lequel se fonde l’arrêté attaqué, indique que les photographies qui y sont annexées ont été prises depuis l’allée des Marronniers. Or il est constant que cette voie privée, bien que faisant partie de la propriété du requérant, est ouverte à la circulation publique. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que des constatations auraient été effectuées en violation du droit de propriété du requérant, ni que les agents de la commune auraient, par le passé, pénétré à l’intérieur de son terrain sans son autorisation. Dès lors, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué reposerait sur des informations obtenues illégalement doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport de constat établi par la maire de la commune de Bièvres le 8 juillet 2022, qu’un nombre important d’objets en mauvais état a été constaté sur le terrain appartenant à M. B, notamment des palettes de bois, des plaques en verre ou en plexiglass, des tuyaux en PVC, des grillages, des seaux en plastique, des bidons rouillés, des tas de sable et de gravas entassés sous des bâches déchirées, des bobines de câbles, des pneus, des barrières de circulation routière, des sacs en plastique éventrés, des bâches déchiquetées, ou encore un véhicule utilitaire laissé à l’abandon. Si M. B fait valoir que ces objets et matériaux ont vocation à être utilisés pour la poursuite des travaux de construction réalisés en vertu du permis de construire qui lui a été délivré en 2015, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté contesté, la caducité de ce permis avait été confirmée par un jugement du présent tribunal du 8 octobre 2021, qui revêtait un caractère exécutoire alors même que l’intéressé en avait interjeté appel. En outre, il ressort des photographies versées au dossier que les divers objets et matériaux présents sur son terrain sont dans un état dégradé, entreposés sur le sol de façon désordonnée et sans souci d’en préserver l’intégrité, et il n’est pas établi qu’ils puissent faire l’objet, sans transformation préalable, d’une utilisation ultérieure. Si le requérant fait valoir que le matériel litigieux est bien en état de fonctionnement, il ne l’établit pas. Par ailleurs, s’il soutient que le procès-verbal de constat qu’il a fait réaliser démontre que la pelleteuse hydraulique fonctionne, cet engin ne figure pas dans la liste des déchets dressée dans l’arrêté contesté. Enfin, pour contester la présence sur son terrain de certains des objets listés dans le rapport du 8 juillet 2022, le requérant ne saurait se borner à faire valoir qu’ils n’apparaissent pas sur les photographies annexées à ce rapport, alors qu’il n’a, pour sa part, pas fait procéder à un inventaire des objets présents sur son terrain, et que les procès-verbaux de constat qu’il fournit portent uniquement sur l’état d’avancement de son projet de construction. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les objets et matériaux présents sur son terrain ne seraient pas des déchets, doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne peut être sérieusement contesté que les objets et matériaux entreposés sur le terrain de M. B sont, compte tenu de leur quantité, de leur nature et de leur état, susceptibles de présenter un risque pour l’environnement, au sens du II du 3° de l’article L. 541-1 du code de l’environnement. Le moyen tiré de l’absence d’un tel risque doit par suite être écarté
7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’arrêté attaqué serait intervenu dans le but de nuire au requérant, de faire obstacle à son projet de construction ou de l’évincer de sa propriété. Le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué serait entaché d’un détournement de pouvoir doit par suite être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, et en tout état de cause, les conclusions tendant au prononcé de sanctions doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande la commune de Bièvres au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bièvres au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bièvres.
Délibéré après l’audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Maljevic, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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