Annulation 9 avril 1993
Résumé de la juridiction
Lorsqu’un acte médical nécessaire au diagnostic ou au traitement du malade présente un risque dont l’existence est connue mais dont la réalisation est exceptionnelle et dont aucune raison ne permet de penser que le patient y soit particulièrement exposé, la responsabilité du service public hospitalier est engagée si l’exécution de cet acte est la cause directe de dommages sans rapport avec l’état initial du patient comme avec l’évolution prévisible de cet état, et présentant un caractère d’extrême gravité. Le risque inhérent aux artériographies vertébrales et les conséquences de cet acte pratiqué sur M. B., atteint d’une tétraplégie prédominante aux membres inférieurs, se traduisant par une impotence motrice tant dans la marche qu’au niveau des membres supérieurs et souffrant de douleurs importantes et résistant à la thérapeutique et de troubles sphinctériens, répondent à ces conditions.
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Sur la décision
| Référence : | CE, ass., 9 avr. 1993, n° 69336, Lebon |
|---|---|
| Juridiction : | Conseil d'État |
| Numéro : | 69336 |
| Importance : | Publié au recueil Lebon |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Décision précédente : | Conseil d'État, 23 septembre 1988 |
| Dispositif : | Annulation indemnité |
| Identifiant Légifrance : | CETATEXT000007834775 |
Sur les parties
| Président : | M. Long |
|---|---|
| Rapporteur : | M. Damien |
| Rapporteur public : | M. Daël |
Texte intégral
Vu la décision du 23 septembre 1988 par laquelle le Conseil d’Etat statuant au contentieux a, avant de statuer sur la requête de M. X…, ordonné une expertise à l’effet de déterminer les conditions dans lesquelles a été injecté le 3 octobre 1978, un produit de contraste au patient, préalablement à l’artériographie ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel ;
Vu l’ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu en audience publique :
– le rapport de M. Damien, Conseiller d’Etat,
– les observations de la S.C.P. Waquet, Farge, Hazan, avocat de M. Philippe X… et de Me Le Prado, avocat de l’assistance publique à Marseille,
– les conclusions de M. Daël, Commissaire du gouvernement ;
Sur la responsabilité :
Considérant que, par décision du 23 septembre 1988, le Conseil d’Etat statuant au contentieux a rejeté les moyens tirés par M. X… de ce que l’artériographie vertébrale qu’il a subie le 3 octobre 1978 à l’hôpital de la Timone à Marseille n’avait pas été pratiquée par une équipe médicale qualifiée, de ce que le consentement du patient n’avait pas été recueilli et de ce que les soins post-opératoires qu’il a reçus étaient insuffisants ; que ces points ont été définitivement jugés et ne peuvent être remis en cause ;
Considérant qu’il ressort du rapport établi à la suite de la nouvelle expertise ordonnée par la décision précitée du Conseil d’Etat sur les conditions dans lesquelles le produit de contraste nécessaire à l’artériographie a été injecté à M. X…, que ce produit n’a joué aucun rôle dans la survenance des troubles apparus après l’examen, qu’il n’existait aucun indice susceptible de faire soupçonner un risque de réaction ou d’hypersensibilité à l’iode et que, si le compte rendu de l’artériographie n’a pu être retrouvé, les constatations faites aussitôt après l’examen permettent de conclure que la dose totale d’iode injectée n’a pas été excessive par rapport aux normes couramment admises à l’époque ; que l’expert retient comme cause vraisemblable de l’accident une occlusion secondaire à l’artériographie, au niveau de l’artère vascularisant la moelle cervicale, provoquée par une petite bulle ou un petit caillot libérés au cours de l’exploration ou de l’évacuation du produit de contraste, constituant un risque inhérent à ce genre d’examen ; qu’il résulte de ces constatations et appréciations de l’expert, qui ne sont pas démenties par les autres pièces du dossier, qu’aucune faute ne peut être relevée dans l’exécution de l’artériographie subie par M. X… ;
Considérant, toutefois, que lorsqu’un acte médical nécessaire au diagnostic ou au traitement du malade présente un risque dont l’existence est connue mais dont la réalisation est exceptionnelle et dont aucune raison ne permet de penser que le patient y soit particulièrement exposé, la responsabilité du service public hospitalier est engagée si l’exécution de cet acte est la cause directe de dommages sans rapport avec l’état initial du patient comme avec l’évolution prévisible de cet état, et présentant un caractère d’extrême gravité ;
Considérant que le risque inhérent aux artériographies vertébrales et les conséquences de cet acte pratiqué sur M. X… répondent à ces conditions ; que, dès lors, M. X… est fondé à demander l’annulation du jugement attaqué, par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la condamnation de l’assistance publique à Marseille ;
Sur le préjudice :
Considérant qu’il résulte de l’instruction et notamment des rapports d’expertise de première instance, qu’à la suite de l’artériographie qu’il a subie le 3 octobre 1978, M. X…, né le 22 juin 1936, est atteint d’une tétraplégie prédominante aux membres inférieurs, avec syndrome pyramidal et troubles sensitifs, se traduisant par une impotence motrice tant dans la marche qu’au niveau des membres supérieurs, avec accentuation des réflexes ostéo-tendineux ; qu’il souffre de douleurs importantes et résistant à la thérapeutique et de troubles sphinctériens ; qu’il a besoin de l’aide constante d’une tierce personne ; que, toutefois, dans l’évaluation du préjudice indemnisable, il convient de tenir compte de l’état du patient antérieurement à son hospitalisation ; que M. X… présentait, lors de son admission à l’hôpital, des vertiges avec nausées et douleurs cervico-occipitales, une paralysie faciale dont il conserve des séquelles ; que son état de santé l’avait obligé à cesser son travail depuis le début de l’année 1977 ; qu’il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant de l’artériographie, en fixant l’indemnité due à M. X… à la somme de 1 500 000 F ;
Sur les intérêts :
Considérant que M. X… a droit aux intérêts de cette somme à compter du 1er octobre 1982, date de présentation de sa demande ;
Considérant que la capitalisation des intérêts a été demandée les 7 juin 1985, 11 septembre 1987, 22 novembre 1991 et 23 novembre 1992 ; qu’à chacune de ces dates, il était dû au moins une année d’intérêts ; que, dès lors, conformément aux dispositions de l’article 1154 du code civil, il y a lieu de faire droit à ces demandes ;
Sur les frais d’expertise :
Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre les frais d’expertise de première instance et d’appel à la charge de l’assistance publique à Marseille ;
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Marseille du 8 novembre 1984 est annulé.
Article 2 : L’assistance publique à Marseille est condamnée à verser à M. X… la somme de 1 500 000 F. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 1er octobre 1982. Les intérêts échus les 7 juin 1985, 11 septembre 1987, 22 novembre 1991 et 23 novembre 1992 seront capitalisés à ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Les frais d’expertise exposés en première instance et en appel sont mis à la charge de l’assistance publique à Marseille.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. X…, à l’assistance publique à Marseille et au ministre d’Etat, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville.
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Textes cités dans la décision
- Décret n°53-934 du 30 septembre 1953
- Loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987
- Code civil
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