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Sur la décision
| Référence : | TA Grenoble, 4e ch., 27 mai 2025, n° 2409946 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Grenoble |
| Numéro : | 2409946 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 3 juin 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, Mme E épouse B, représentée par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 14 novembre 2024 par lequel le préfet de l’Isère a retiré son visa de long séjour mention « vie privée et familiale – regroupement familial », a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d’enjoindre au préfet de l’Isère, après délivrance d’une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
— l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
— le refus de titre de séjour n’est pas suffisamment motivé ;
— le préfet de l’Isère n’a pas examiné sa situation avant de prendre cette décision ;
— le retrait de son visa de long séjour est « dépourvu de toute pertinence » ;
— ce retrait est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
— elle n’a commis aucun fait de nature à justifier qu’il lui soit fait obligation de quitter le territoire français ;
— cette obligation de quitter le territoire français, abusive, est, pour ce motif, entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
— la décision portant fixation du pays de destination est « abusive et dépourvue de toute pertinence » ;
— la durée de l’interdiction de retour en France est disproportionnée.
Le préfet de l’Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
— le code des relations entre le public et l’administration ;
— la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
— le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l’organisation et à l’action des services de l’Etat dans les régions et départements ;
— le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique, ont été entendus :
— le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
— les observations de Me Samba-Sambeligue, représentant Mme B et celles de M. C, représentant la préfète de l’Isère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née en avril 1996, est entrée en France en septembre 2023 sous couvert d’un visa de long séjour délivré suite à l’acceptation de la demande de regroupement familial formulée par son époux présent en France et titulaire, depuis 2021, d’un certificat de résidence valable 10 ans. Dans la présente instance, elle demande l’annulation pour excès de pouvoir de l’arrêté du 14 novembre 2024 par lequel le préfet de l’Isère lui a retiré ce titre de séjour après découverte du caractère frauduleux des démarches ayant permis à son époux d’obtenir son propre titre de séjour, a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, (), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Compte tenu de l’urgence qui s’attache au règlement du présent litige, il y a lieu, par application des dispositions précitées, d’accorder provisoirement à Mme B le bénéfice de l’aide juridictionnelle.
3. Aux termes de l’article 45 du décret n°2004-374 du 29 avril 2004 : « En cas d’absence ou d’empêchement du préfet, sans que ce dernier ait désigné par arrêté un des sous-préfets en fonction dans le département pour assurer sa suppléance, celle-ci est exercée de droit par le secrétaire général de la préfecture ». L’arrêté en litige est signé par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l’Isère qui, par application des dispositions précitées, assurait l’intérim du préfet de l’Isère. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.
4. La décision portant refus de la demande de titre de séjour présentée par Mme B comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait ainsi à l’exigence de motivation qu’impose l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration.
5. Il résulte des termes de l’arrêté en litige que le préfet de l’Isère a procédé à l’examen de la situation de la requérante avant de prendre cette décision quand bien même l’intéressée ne partage pas l’appréciation qui en a été faite.
6. Le retrait du visa de long séjour de Mme B obtenu selon la procédure du regroupement familial est fondé sur le caractère frauduleux du certificat de résidence de son époux. Par suite, le seul fait qu’elle aurait souhaité faire des études supérieures en France ne peut caractériser une erreur manifeste d’appréciation entachant cette décision de retrait.
7. En se bornant à soutenir, d’une part, que cette décision de retrait est « arbitraire et dépourvue de toute pertinence », d’autre part, qu'« elle n’a commis aucun fait de nature à justifier » la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et que cette obligation est « abusive » et enfin que la décision portant fixation du pays de destination « est abusive et dépourvue de toute pertinence », Mme B n’invoque aucun moyen de droit.
8. L’arrêté en litige ne porte pas interdiction de retour en France. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation entachant cette prétendue interdiction doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les moyens invoqués par la requérante doivent être écartés. Dès lors, ses conclusions à fin d’annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d’injonction doivent être rejetées.
10. Il en va de même, eu égard à sa qualité de partie perdante dans l’instance, des conclusions qu’elle présente au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse B, à Me Samba Sambeligue et à la préfète de l’Isère.
Délibéré après l’audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller,
Mme Coutarel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
N°2409946
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