Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Toulon, 3e ch., 30 sept. 2025, n° 2002532 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Toulon |
| Numéro : | 2002532 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 16 octobre 2025 |
Texte intégral
Vu la rocédure suivante :
ar une requête et un mémoire, enregistrés les 10 se tembre 2020 et
19 se tembre 2024, M. A… B…, re résenté ar Me Macouillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l’État à lui verser la somme de 35 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à com ter de la date de réce tion de sa demande indemnitaire et la ca italisation de ces intérêts, en ré aration des réjudices qu’il estime avoir subis du fait de son ex osition aux oussières d’amiante ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros, au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’État a commis une faute, dès lors qu’il a été ex osé à l’inhalation de oussières d’amiante ;
- ses réjudices extra atrimoniaux doivent être ré arés ;
- le lien de causalité entre la faute et ses réjudices est établi.
ar un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ar M. B… ne sont as fondés.
Vu les autres ièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- l’arrêté du 21 décembre 2001 relatif à la liste des rofessions et des établissements ou arties d’établissements ermettant l’attribution d’une allocation s écifique de cessation antici ée d’activité à certains ouvriers de l’Etat du ministère de la défense ;
- l’arrêté du 21 avril 2006 relatif à la liste des rofessions, des fonctions et des établissements ou arties d’établissements ermettant l’attribution d’une allocation s écifique de cessation antici ée d’activité à certains ouvriers de l’Etat, fonctionnaires et agents non titulaires du ministère de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les arties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience ublique :
- le ra ort de M. Hélayel, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, ra orteur ublic,
- les observations de Me Tizot, substituant Me Macouillard, re résentant M. B….
Considérant ce qui suit :
1. ar un courrier du 10 juillet 2020, le directeur du centre interarmées du soutien juridique (service du commissariat des armées) a rejeté la demande indemnitaire de
M. B…, tendant à la ré aration de réjudices qu’il im ute à son ex osition aux oussières d’amiante, durant sa carrière.
Sur la res onsabilité de l’Etat :
2. La res onsabilité de l’administration, en sa qualité d’em loyeur, eut être engagée en cas de manquement à l’obligation de sécurité à laquelle elle est tenue envers les agents, lorsqu’elle a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient ex osés ces derniers et qu’elle n’a as ris les mesures nécessaires our les en réserver.
3. Le décret du 17 août 1977 relatif aux mesures articulières d’hygiène a licables dans les établissements où le ersonnel est ex osé à l’action des oussières d’amiante com ortait des dis ositions interdisant l’ex osition à l’amiante des travailleurs au-delà d’un certain seuil et im osait aux em loyeurs de contrôler la concentration en fibres d’amiante dans l’atmos hère des lieux de travail, de nature à réduire le risque de maladie dans les établissements concernés.
4. En l’es èce, il résulte de l’instruction que les services effectués ar M. B… entre le 19 novembre 1979 et le 31 décembre 1985, en qualité d’agent s écialisé affecté à l’établissement du service d’infrastructure de la Défense (ESID) de Toulon lui ouvrent droit à une cessation antici ée d’activité. Le relevé des services roduit ar l’intéressé, d’ailleurs éligible à une telle cessation d’activité de uis le 1er décembre 2019, ermet de caractériser l’existence du risque d’avoir été ex osé à l’inhalation de oussières d’amiante, et contre lequel aucune mesure de rotection articulière n’a effectivement été mise en œuvre. Dans ces conditions, la carence de l’Etat em loyeur est de nature à engager sa res onsabilité à l’égard de M. B….
Sur les réjudices de M. B… :
En ce qui concerne le réjudice d’anxiété :
5. La ersonne qui recherche la res onsabilité d’une ersonne ublique en sa qualité d’em loyeur et qui fait état d’éléments ersonnels et circonstanciés de nature à établir une ex osition effective aux oussières d’amiante susce tible de l’ex oser à un risque élevé de dévelo er une athologie grave et de voir, ar là même, son es érance de vie diminuée, eut obtenir ré aration du réjudice moral tenant à l’anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu’elle établit que l’éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la ersonne a droit à l’indemnisation de ce réjudice, sans avoir à a orter la reuve de manifestations de troubles sychologiques engendrés ar la conscience de ce risque élevé de dévelo er une athologie grave.
6. Il résulte de l’instruction que M. B… a été ex osé au risque d’inhalation de oussières d’amiante sur une ériode suffisamment longue de cinq années, our ouvoir lui faire craindre d’être ex osé à une maladie grave. Eu égard à ce qui a été dit au oint 5 du résent jugement, l’intéressé doit être regardé comme subissant un réjudice d’anxiété.
7. Il en sera fait une juste a réciation en condamnant l’État à verser à M. B… une indemnité de 2 500 euros.
En ce qui concerne les troubles dans les conditions d’existence :
8. Si M. B… fait valoir qu’il bénéficie d’un suivi ost- rofessionnel de son état de santé, dans le cadre de l’arrêté du 28 février 1995, ris en a lication de l’article D. 461-25 du code de la sécurité sociale, il ne roduit aucun élément à l’a ui de ses dires, de sorte que le réjudice allégué n’est as établi. Dès lors, sa demande doit être rejetée sur ce oint.
Sur l’exce tion de rescri tion :
9. Aux termes du remier alinéa de l’article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la rescri tion des créances sur l’Etat, les dé artements, les communes et les établissements ublics : « Sont rescrites, au rofit de l’État, des dé artements et des communes, sans réjudice des déchéances articulières édictées ar la loi, et sous réserve des dis ositions de la résente loi, toutes créances qui n’ont as été ayées dans un délai de quatre ans à artir du remier jour de l’année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ».
10. Ainsi que l’a estimé le Conseil d’Etat dans son avis n° 457560 du 19 avril 2022, lorsque la res onsabilité d’une ersonne ublique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d’obtenir l’indemnisation des réjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dis ositions citées au oint 6, à la date à laquelle la réalité et l’étendue de ces réjudices ont été entièrement révélées, ces réjudices étant connus et ouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la ré aration d’un réjudice résentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce réjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de rescri tion de la créance relative à une année court, sous réserve des cas visés à l’article 3 de la loi du 31 décembre 1968, à com ter du 1er janvier de l’année suivante, à la condition qu’à cette date le réjudice subi au cours de cette année uisse être mesuré.
11. Le réjudice d’anxiété dont eut se révaloir un salarié éligible à l’allocation de cessation antici ée des travailleurs de l’amiante (ASCAA) naît de la conscience rise ar celui-ci qu’il court le risque élevé de dévelo er une athologie grave, et ar là même d’une es érance de vie diminuée, à la suite de son ex osition aux oussières d’amiante. La ublication de l’arrêté qui inscrit l’établissement en cause, our une ériode au cours de laquelle l’intéressé y a travaillé, sur la liste établie ar arrêté interministériel est ar elle-même de nature à orter à la connaissance de l’intéressé, s’agissant de l’établissement et de la ériode désignés dans l’arrêté, la créance qu’il eut détenir de ce chef sur l’administration au titre de son ex osition aux oussières d’amiante. Le droit à ré aration du réjudice en question doit donc être regardé comme acquis, our la détermination du oint de dé art du délai de rescri tion, à la date de ublication de cet arrêté. Lorsque l’établissement a fait l’objet de lusieurs arrêtés successifs étendant la ériode d’inscri tion ouvrant droit à l’ASCAA, la date à rendre en com te est la lus tardive des dates de ublication d’un arrêté inscrivant l’établissement our une ériode endant laquelle le salarié y a travaillé. Enfin, dès lors que l’ex osition a cessé, la créance se rattache, en a lication de ce qui a été dit au oint 4, non à chacune des années au cours desquelles l’intéressé souffre de l’anxiété dont il demande ré aration, mais à la seule année de ublication de l’arrêté, lors de laquelle la durée et l’intensité de l’ex osition sont entièrement révélées, de sorte que le réjudice eut être exactement mesuré. ar suite la totalité de ce chef de réjudice doit être rattachée à cette année, our la com utation du délai de rescri tion institué ar l’article 1er de la loi du 31 décembre 1968.
12. En l’es èce, il ne résulte as de l’instruction que l’établissement du service d’infrastructure de la Défense (ESID) serait mentionné dans l’arrêté du 21 avril 2006, visé ci-dessus. ar suite, l’exce tion de rescri tion o osée ar le ministre des armées ne eut qu’être écartée.
Sur les intérêts :
13. M. B… a droit aux intérêts au taux légal corres ondant à l’indemnité de
2 500 euros à com ter du 10 juin 2020, date de réce tion de sa demande ar l’administration.
14. La ca italisation des intérêts eut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus de uis moins d’une année. En ce cas, cette demande ne rend toutefois effet qu’à la date à laquelle, our la remière fois, les intérêts sont dus our une année entière. La ca italisation des intérêts a été demandée le 10 se tembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à com ter du 10 juin 2021, date à laquelle était due, our la remière fois, une année d’intérêts, ainsi qu’à chaque échéance annuelle à com ter de cette date.
Sur les frais du litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l’es èce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre des frais ex osés ar M. B… et non com ris dans les dé ens.
D É C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. B… une somme de 2 500 euros avec intérêts au taux légal à com ter du 10 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 10 juin 2021 uis à chaque échéance annuelle à com ter de cette date seront ca italisés à chacune de ces dates our roduire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L’Etat versera à M. B… une somme de 1 500 euros, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le résent jugement sera notifié à M. A… B… et au ministre des armées.
Délibéré a rès l’audience du 11 se tembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. hili e Harang, résident,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu ublic ar mise à dis osition au greffe le 30 se tembre 2025.
Le ra orteur,
Signé
D. HELAYEL
Le résident,
Signé
h. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La Ré ublique mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les arties rivées, de ourvoir à l’exécution de la résente décision.
our ex édition conforme,
La greffière.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Pays ·
- Territoire français ·
- Liberté fondamentale ·
- Droit d'asile ·
- Convention européenne ·
- Destination ·
- Justice administrative ·
- Sauvegarde ·
- Réfugiés ·
- Étranger
- Justice administrative ·
- Aide juridictionnelle ·
- Épouse ·
- Autorisation de travail ·
- Renonciation ·
- Sous astreinte ·
- Injonction ·
- Commissaire de justice ·
- L'etat ·
- Désistement
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Commissaire de justice ·
- Suspension ·
- Urgence ·
- Demande ·
- Sous astreinte ·
- Annulation ·
- Retard ·
- Exécution
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Trop perçu ·
- Tribunaux administratifs ·
- Dérogation ·
- Lettre ·
- Excès de pouvoir ·
- Juridiction administrative ·
- Statuer ·
- Ordonnance
- Mayotte ·
- Justice administrative ·
- Titre ·
- Demande ·
- Courriel ·
- Immigration ·
- Décision implicite ·
- Étranger ·
- Garde ·
- Liste
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Commune ·
- Piscine ·
- Désistement d'instance ·
- Acte ·
- Tribunaux administratifs ·
- Ordonnance ·
- Maire ·
- Droit commun
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Université ·
- Jury ·
- Management ·
- Examen ·
- Justice administrative ·
- Grande école ·
- Enseignement supérieur ·
- Ajournement ·
- Fraudes ·
- Règlement
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Territoire français ·
- Pays ·
- Titre ·
- Refus ·
- Destination ·
- Police ·
- Admission exceptionnelle ·
- Régularisation
- Développement durable ·
- Emplacement réservé ·
- Plan ·
- Logement social ·
- Objectif ·
- Ville ·
- Sursis ·
- Permis de construire ·
- Certificat d'urbanisme ·
- Maire
Sur les mêmes thèmes • 3
- Territoire français ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Interdiction ·
- Départ volontaire ·
- Ordre public ·
- Menaces ·
- Obligation ·
- Pays ·
- Ordre
- Passeport ·
- Cartes ·
- Identité ·
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Annulation ·
- Traitement de données ·
- Statuer ·
- Conclusion ·
- Décret
- Garde des sceaux ·
- École nationale ·
- Stagiaire ·
- Liberté d'expression ·
- Exclusion ·
- Propos ·
- Délégation de signature ·
- Commissaire de justice ·
- Réhabilitation ·
- Service
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.