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Sur la décision
| Référence : | TJ Troyes, hsc, 11 févr. 2026, n° 26/00080 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00080 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Maintien de la mesure de soins psychiatriques |
| Date de dernière mise à jour : | 21 février 2026 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : |
|---|
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TROYES
ORDONNANCE
en matière d’Hospitalisation sans consentement
DU 11 FEVRIER 2026
Ordonnance du :
11 FEVRIER 2026
N° RG 26/00080 – N° Portalis DBWV-W-B7K-FOEX
EPSMA Monsieur le directeur Établissement public de santé mentale de l'[Localité 1]
c/
Madame [C] [N]
DEMANDEUR
Monsieur le directeur
Établissement public de santé mentale de l'[Localité 1] – EPSMA
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 2]
non comparant, ni représenté,
DÉFENDERESSE
Madame [C] [N]
[Adresse 3]
[Localité 3]
comparante, assistée de Maître Anne-Solène BOUVIER, avocate au barreau de l’Aube, commise d’office,
TIERS DEMANDEUR À L’ORIGINE DE LA MESURE
Madame [X] [F]
[Adresse 3]
[Localité 3]
non comparante
* * * * * * * * * *
L’affaire a été appelée à l’audience du 11 Février 2026 tenue par :
Monsieur Luc CHAPOUTOT, vice-président, magistrat du siège du tribunal judiciaire chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de liberté prévues par le Code de la santé publique,
assisté de Monsieur Tom SÉGUR, greffier,
À l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré. Il a été indiqué que la décision serait rendue le même jour, dans le courant de l’après-midi, par mise à disposition au greffe.
Vu la demande manuscrite d’admission en soins psychiatriques de [C] [N] formée le 02 février 2026 par sa fille, [X] [F],
Vu le certificat médical d’admission de [C] [N] en soins psychiatriques à la demande d’un tiers rédigé le 02 février 2026 par le docteur [T] [H], médecin au Centre Hospitalier de [Localité 4], qui mentionne la présence chez l’intéressé de troubles se manifestant par une mise en danger par alcoolisation, un déni des troubles et un refus de soins ; et qui conclut à l’existence d’un état imposant des soins psychiatriques en hospitalisation complète,
Vu la décision d’admission de [C] [N] en soins psychiatriques sans consentement sous la forme d’une hospitalisation complète prise par le directeur de l’EPSMA le 2 février 2026 à la demande d’un tiers selon la procédure d’urgence, et sa notification,
Vu le certificat médical des 24 heures rédigé le 03 février 2026 par le docteur [M] [B], médecin psychiatre à l’EPSMA, qui confirme la persistance chez [C] [N] des mêmes troubles : « affectivité labile, une thymie morose », « ambivalence aux soins » « une impulsivité sous-jacente » dont « les alcoolisations sont à l’origine de troubles du comportement fréquents, avec mises en danger indirectes de la patiente » et conclut à l’existence d’un état nécessitant la poursuite de soins psychiatriques en hospitalisation complète,
Vu le certificat médical des 72 heures rédigé le 04 février 2026 par le docteur [Q] [I], médecin psychiatre à l’EPSMA, qui confirme la persistance des mêmes troubles : la patiente « admet le caractère pathologique de son fonctionnement mais l’adhésion aux soins reste fragile » ; et conclut à la nécessité de poursuivre les soins psychiatriques en hospitalisation complète,
Vu la décision maintenant [C] [N] en soins psychiatriques sans consentement sous la forme d’une hospitalisation complète pour une durée d’un mois prise par le directeur de l’EPSMA le 04 février 2026, et sa notification,
Vu la requête présentée par le directeur de l’EPSMA le 06 février 2026 tendant à l’examen de la situation de [C] [N],
Vu les convocations et avis d’audience délivrés le au directeur de l’EPSMA, à [C] [N], à [X] [F], conformément aux dispositions de l’article R 3211-13 du code de la santé publique,
Vu l’avis médical rédigé le 09 février 2026 pour l’audience par le docteur [Z] [R] mentionne «des conduites d’alcoolisation massives avec mises en danger importantes», certes critiquées mais « la motivation au changement et à l’arrêt de la consommation restent ambivalente», ambivalence ayant conduit à l’échec des précédentes tentatives de soins, avec un « risque de récidive immédiate » puis de conclure à l’existence d’un état nécessitant la poursuite des soins psychiatriques en hospitalisation complète,
Vu les réquisitions écrites du ministère public qui indique s’en rapporter sur le maintien de l’hospitalisation complète,
Vu les dispositions du code de la santé publique, notamment les articles L 3211-1 et suivants et R 3211-1 et suivants sur les droits des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques, les articles L 3212-1 et suivants et R 3212-1 et suivants sur l’admission en soins psychiatriques à la demande d’un tiers ou en cas de péril imminent, l’article L 3216-1 sur le contentieux.
Motifs de la décision
Selon l’article L3212-1 du code de la santé publique, une personne atteinte de troubles mentaux ne peut être admise en soins psychiatriques sans son consentement sur la décision du directeur d’un établissement psychiatrique que si :
1° ses troubles rendent impossible son consentement ;
2° son état impose des soins immédiats assortis soit d’une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d’une surveillance médicale régulière justifiant une prise en charge sous une autre forme.
Le magistrat du siège doit contrôler en application de l’article L 3216-1 du code de la santé publique la régularité des décisions administratives prises en matière d’hospitalisation complète et ordonner la mainlevée de la mesure lorsque qu’il existe une irrégularité ayant porté atteinte aux droits de la personne qui en fait l’objet.
En application de l’article L 3211-3 du code de la santé publique, il doit également veiller à ce que les restrictions à l’exercice des libertés individuelles du patient soient adaptées, nécessaires et proportionnées à son état mental et à la mise en œuvre du traitement requis.
*
À l’audience du 11 février 2026, le directeur de l’EPSMA est resté non comparant, de même que [X] [F].
[C] [N], comparante assistée de son avocate, s’est exprimée avec beaucoup de clarté sur sa situation personnelle en reconnaissant l’existence de troubles liés à une consommation pathologique d’alcool. Interrogée sur l’origine de ce trouble, elle a donné quelques indications en évoquant une dépression sous-jacente et un conjoint ayant pu avoir des comportements violents. Pour l’avenir, elle a exprimé sa volonté de sortir de cette dépendance tout en reconnaissant qu’une sollicitation pouvait de nouveau la faire basculer. Ce faisant, elle n’a pas remis en cause la mesure d’hospitalisation complète dont elle fait l’objet, reconnaissant que celle-ci était actuellement protectrice.
L’avocate de [C] [N] n’a formulé aucune observation sur la régularité de la procédure. Concernant le fond de la mesure, elle a évoqué la très grande lucidité de sa cliente mais également sa grande fragilité en raison notamment d’un sevrage qui n’est peut-être pas totalement acquis.
*
Concernant la régularité des décisions administratives d’hospitalisation et de saisine du juge
La demande écrite d’admission en soins psychiatriques de [C] [N] rédigée de façon manuscrite par sa tutrice, dont la qualité au regard des dispositions de l’article L 3212-1 II 1° du code de la santé publique ne fait l’objet d’aucune contestation, est conforme aux dispositions de l’article R 3212-1.
Conformément à la procédure dite d’urgence qui peut être mise en œuvre lorsqu’il existe un risque grave d’atteinte à l’intégrité du patient, cette demande d’admission est régulièrement accompagnée d’un certificat médical – celui-ci pouvant ou non émaner d’un médecin exerçant dans l’établissement d’accueil – évoquant des troubles psychiques pouvant confirmer cette situation par l’évocation d’un comportement hétéro-agressif, la décision d’admission régulièrement notifiée étant elle-même motivée par référence à ce certificat médical.
En application des dispositions de l’article L 3212-3, les certificats médicaux des 24 heures et 72 heures relatifs à l’état mental du patent, prévus par l’article L 3211-2-2, ont été rédigés par deux psychiatres distincts. Ces certificats confirment par ailleurs le respect des dispositions de l’article L 3211-3 alinéa 2 concernant l’information donnée au patient et la possibilité qui lui a été donnée de faire valoir ses observations.
La saisine du juge par une requête présentée dans les conditions prévues à l’article R 3211-10 est intervenue dans les délais prescrits, soit dans les huit jours de la décision d’admission, le délai de douze jours à compter de la date du prononcé de celle-ci pour le contrôle obligatoire de sa régularité n’étant pas expiré. Conformément aux dispositions de l’article L 3211-12-1 II, cette saisine est accompagnée de l’avis motivé d’un psychiatre de l’établissement d’accueil se prononçant sur la nécessité de poursuivre l’hospitalisation.
En l’absence de toute contestation, les décisions administratives d’admission et de maintien des soins psychiatriques concernant [C] [N] doivent être jugées régulières, de même que la saisine du juge chargé du contrôle de la mesure.
Concernant le bien-fondé de la mesure
Conformément à une jurisprudence constante de la cour de cassation, le magistrat du siège du tribunal judiciaire chargé du contrôle de la mesure doit apprécier le bien-fondé de la mesure au regard des certificats médicaux communiqués et ne peut substituer son avis à l’évaluation médicale des troubles psychiatriques du patient.
Sur le fond, les pièces médicales du dossier – le certificat médical d’admission, le certificat médical des 24 heures, le certificat médical des 72 heures l’avis médical rédigé pour l’audience – confirment l’existence de troubles psychiques en lien avec une consommation pathologique d’alcool.
Compte tenu de cette situation et des informations données à l’audience par l’intéressée qui témoignent de la persistance de difficultés liées à une difficulté de gérer l’abstinence, il y a lieu de conclure à l’existence chez [C] [N] d’un état nécessitant actuellement la poursuite des soins psychiatriques sous la forme d’une hospitalisation complète.
Par ces motifs
Nous, magistrat du siège, statuant par ordonnance réputée contradictoire par mise à disposition au greffe et en premier ressort,
Autorisons la poursuite des soins psychiatriques de [C] [N] sous la forme d’une hospitalisation complète ;
Informons les parties que la présente ordonnance est susceptible d’appel devant le premier président de la cour d’appel de Reims dans un délai de 10 jours à compter de sa notification et que cet appel doit être formé par déclaration motivée transmise par tout moyen au greffe de la cour d’appel de Reims ;
Laissons les dépens à la charge du Trésor Public.
La présente ordonnance a été signée par Luc CHAPOUTOT, magistrat du siège du tribunal judiciaire de Troyes chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de liberté prévues par le code de la santé publique, et par Tom SÉGUR, greffier, le 11 février 2026.
Le greffier Le magistrat
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