Annulation 17 février 1995
Résumé de la juridiction
(1), 54-01-01-01, 54-01-01-02-03 Eu égard à la nature et à la gravité de la punition de cellule, qui entraîne, en vertu de l’article D.169 du code de procédure pénale, la privation de cantine et de visites et des restrictions à la correspondance, et peut limiter les réductions de peine accordées aux détenus en vertu de l’article 721 du même code, cette sanction constitue une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir. (2) Si en l’espèce la lettre adressée par le détenu au chef du service de l’inspection générale des affaires sociales, pour se plaindre du fonctionnement du service médical de l’établissement, énonce des critiques dans des termes peu mesurés, elle ne contient ni outrage, ni menace, ni imputation pouvant être qualifiés de calomnieux. En prenant la décision de mise en cellule de punition, le directeur de la maison d’arrêt s’est fondé sur des faits qui ne sont pas de nature à justifier une sanction.
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Sur la décision
| Référence : | CE, ass., 17 févr. 1995, n° 97754, Lebon |
|---|---|
| Juridiction : | Conseil d'État |
| Numéro : | 97754 |
| Importance : | Publié au recueil Lebon |
| Type de recours : | Recours pour excès de pouvoir |
| Dispositif : | Annulation |
| Identifiant Légifrance : | CETATEXT000007840249 |
| Identifiant européen : | ECLI:FR:CEASS:1995:97754.19950217 |
Sur les parties
| Président : | M. Long |
|---|---|
| Rapporteur : | M. Ph. Boucher |
| Rapporteur public : | M. Frydman |
Texte intégral
Vu la requête et le mémoire complémentaire, enregistrés les 6 mai 1988 et 10 juin 1988 au secrétariat du Contentieux du Conseil d’Etat, présentés par M. Pascal X…, demeurant … prolongée à Tulle (19000) ; M. X… demande au Conseil d’Etat :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Versailles qui, le 29 février 1988, a rejeté comme irrecevable sa demande tendant à l’annulation pour excès de pouvoir de la décision du 29 juin 1987 par laquelle le directeur de la maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis lui a infligé la sanction de la mise en cellule de punition pour une durée de huit jours, avec sursis, ensemble la décision implicite du directeur régional des services penitentiaires rejetant son recours contre ladite sanction ;
2°) d’annuler ces deux décisions pour excès de pouvoir ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de procédure pénale ;
Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel ;
Vu l’ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu en audience publique :
– le rapport de M. Philippe Boucher, Conseiller d’Etat,
– les conclusions de M. Frydman, Commissaire du gouvernement ;
Considérant qu’aux termes de l’article D. 167 du code de procédure pénale : "La punition de cellule consiste dans le placement du détenu dans une cellule aménagée à cet effet et qu’il doit occuper seul ; sa durée ne peut excéder quarante cinq jours …" ; que l’article D. 169 du même code prévoit que « La mise en cellule de punition entraîne pendant toute sa durée, la privation de cantine et des visites. Elle comporte aussi des restrictions à la correspondance autre que familiale … » ; qu’en vertu de l’article 721 du même code, des réductions de peine peuvent être accordées aux condamnés détenus en exécution de peines privatives de liberté « s’ils ont donné des preuves suffisantes de bonne conduite » et que les réductions ainsi octroyées peuvent être rapportées « en cas de mauvaise conduite du condamné en détention » ; que, eu égard à la nature et à la gravité de cette mesure, la punition de cellule constitue une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir ; que M. X… est, dès lors, fondé à demander l’annulation du jugement attaqué, par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté comme non recevable sa demande tendant à l’annulation de la décision du 29 juin 1987 par laquelle le directeur de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis lui a infligé la sanction de mise en cellule de punition pour une durée de huit jours, avec sursis, ainsi que de la décision implicite du directeur régional des services pénitentiaires rejetant son recours hiérarchique contre cette décision ;
Considérant qu’il y a lieu d’évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par M. X… devant le tribunal administratif de Versailles ;
Considérant qu’aux termes de l’article D. 262 du code de procédure pénale, « Les détenus peuvent, à tout moment, adresser des lettres aux autorités administratives et judiciaires françaises ( …) Les détenus qui mettraient à profit la faculté qui leur est ainsi accordée soit pour formuler des outrages, des menaces ou des imputations calomnieuses, soit pour multiplier des réclamations injustifiées ayant déjà fait l’objet d’une décision de rejet, encourent une sanction disciplinaire, sans préjudice de sanctions pénales éventuelles » ;
Considérant que, pour infliger à M. X… la sanction de huit jours, avec sursis, de cellule de punition, le directeur de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis s’est fondé sur ce que la lettre du 4 juin 1987 adressée par ce détenu au chef du service de l’inspection générale des affaires sociales, pour se plaindre du fonctionnement du service médical de l’établissement, avait le caractère d’une réclamation injustifiée ;
Considérant qu’il ne ressort pas des pièces du dossier et qu’il n’est du reste pas allégué, que cette réclamation, à la supposer injustifiée, ait fait suite à de précédentes plaintes ayant fait l’objet de décisions de rejet ; que si le Garde des sceaux, ministre de la justice soutient que cette réclamation comportait des imputations calomnieuses, un tel grief ne figure pas dans les motifs de la décision attaquée et qu’au surplus, si la lettre de M. X… énonce des critiques dans des termes peu mesurés, elle ne contient ni outrage, ni menace, ni imputation pouvant être qualifiés de calomnieux ; que, dès lors, en prenant la décision attaquée, le directeur de la maison d’arrêt dont la décision a été implicitement confirmée par le directeur régional des services pénitentiaires, s’est fondé sur des faits qui ne sont pas de nature à justifier une sanction ; que, par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, M. X… est fondé à demander l’annulation de ces décisions ;
Article 1er : Le jugement du 29 février 1988 du tribunal administratif de Versailles est annulé.
Article 2 : La décision susvisée du 29 juin 1987 du directeur de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, ensemble la décision implicite du directeur régional des services pénitentiaires, sont annulées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. Pascal X… et au ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice.
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Textes cités dans la décision
- Décret n°53-934 du 30 septembre 1953
- Loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987
- Code de procédure pénale
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