Rejet 14 avril 2026
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Mayotte, 14 avr. 2026, n° 2601467 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Mayotte |
| Numéro : | 2601467 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mai 2026 |
Sur les parties
| Avocat(s) : |
|---|
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 avril 2026, heure de Mayotte, M. B… F…, ayant pour avocat Me Belliard, demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 12 avril 2026, portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pendant un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie ;
- de nationalité comorienne, né en 1989, il vit à Mayotte depuis 2019 ; il y a développé des liens privés et familiaux intenses, vivant avec Mme E… C…, ressortissante comorienne en situation régulière, avec laquelle il est uni par un Pacs enregistré le 15 février 2023, mère de leurs deux enfants A… et D… nés respectivement 2021 et 2024, l’aîné étant scolarisé ; la vie familiale est établie à une adresse commune, 40 rue Boutsi à Mtsapéré, commune de Mamoudzou ; Mme C… dispose d’un emploi ; il a déposé une demande de titre de séjour le 4 août 2025 ; le 27 septembre 2025, il a bénéficié d’une ordonnance suspendant une précédente OQTF ; l’arrêté litigieux porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; l’arrêté viole l’intérêt supérieur de ses enfants.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2026, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens invoqués ne peut prospérer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin, magistrat honoraire, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 14 avril 2026 à 13 heures 15 mn (heure de Mayotte),
Après avoir entendu, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Martin, juge des référés ;
- le requérant et le préfet de Mayotte n’étant ni présents ni représentés.
La clôture de l’instruction a été fixée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F…, ressortissant comorien né en 1989, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte en date du 12 avril 2026, portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pendant une durée d’un an.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. » ;
3. Dès lors que le requérant fait l’objet d’une mesure d’éloignement présentant un caractère exécutoire, il justifie de l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l’obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». En outre, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ».
5. Il résulte de l’instruction que M. F…, réside sur le territoire depuis 2019. Il vit avec Mme E… C…, ressortissante comorienne en situation régulière, avec laquelle il est uni par un pacte civil de solidarité enregistré le 15 février 2023. Le couple a deux enfants A… et D… nés respectivement 2021 et 2024, l’aîné étant scolarisé. Alors que Mme C… dispose d’un emploi, la vie familiale est établie à une adresse commune, 40 rue Boutsi à Mtsapéré, commune de Mamoudzou. Il doit également être relevé que M. F… a déposé une demande de titre de séjour le 4 août 2025 et que le 27 septembre 2025, il a bénéficié d’une ordonnance suspendant une précédente OQTF. Dans ces conditions, l’arrêté en cause porte une atteinte manifestement disproportionnée tant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. F… protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales qu’à l’intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, il y a lieu de constater l’atteinte grave et manifestement illégale portée à ces libertés fondamentales et, en conséquence de suspendre l’arrêté du préfet de Mayotte en date du 12 avril 2026, dont au surplus il y a lieu de relever qu’il ne comporte aucun examen particulier de la situation personnelle du requérant.
Sur les autres conclusions :
6. D’une part, il y a lieu, du fait de la suspension de la mesure d’éloignement, d’enjoindre au préfet de délivrer à M. F… une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et d’examiner sa situation au regard de son droit au séjour dans le délai de deux mois.
7. D’autre part, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. F… au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 12 avril 2026 du préfet de Mayotte pris à l’encontre de M. F… portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. F…, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler et de procéder dans le délai de deux mois au réexamen de sa situation.
Article 3 : L’Etat versera à M. F… la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B… F… et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la ministre des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 14 avril 2026.
Le juge des référés,
L. MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Commune ·
- Justice administrative ·
- Lave-vaisselle ·
- Intérêt ·
- Tiers ·
- Préjudice ·
- Sécurité sociale ·
- Responsabilité ·
- Déficit ·
- Indemnité
- Conseil municipal ·
- Commune ·
- Justice administrative ·
- Cimetière ·
- Délibération ·
- Collectivités territoriales ·
- Commissaire de justice ·
- Conclusion ·
- Légalité ·
- Annulation
- Immigration ·
- Espagne ·
- Justice administrative ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Commissaire de justice ·
- Transfert ·
- Demande ·
- Annulation ·
- Fins
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Astreinte ·
- Juge des référés ·
- Ordonnance ·
- Injonction ·
- Liquidation ·
- Inexecution ·
- Aide juridictionnelle ·
- Demande ·
- Urgence
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Carte de séjour ·
- Visa ·
- Accord de schengen ·
- Ressortissant ·
- Vie privée ·
- Accord ·
- Stipulation ·
- Titre
- Construction ·
- Urbanisme ·
- Déclaration préalable ·
- Justice administrative ·
- Maire ·
- Utilisation du sol ·
- Plan ·
- Activité agricole ·
- Bâtiment ·
- Usage
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Application ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Délai ·
- Citoyen ·
- Courrier ·
- Conclusion ·
- Maintien ·
- Consultation
- Caraïbes ·
- Métal ·
- Justice administrative ·
- Collectivités territoriales ·
- Outre-mer ·
- Délibération ·
- Juge des référés ·
- Autorisation de travail ·
- Urgence ·
- Exécutif
- Justice administrative ·
- Impôt foncier ·
- Commissaire de justice ·
- Taxes foncières ·
- Lot ·
- Réclamation ·
- Logement ·
- Juridiction ·
- Service ·
- Droit commun
Sur les mêmes thèmes • 3
- Médecin ·
- Immigration ·
- Pays ·
- Traitement ·
- État de santé, ·
- Avis ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Étranger malade ·
- Certificat
- Logement ·
- Île-de-france ·
- Astreinte ·
- Justice administrative ·
- Décentralisation ·
- Refus ·
- Habitation ·
- Construction ·
- Aménagement du territoire ·
- Injonction
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Déclaration préalable ·
- Commune ·
- Acte ·
- Ordonnance ·
- Maire ·
- Droit commun ·
- Pourvoir
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.