Rejet 22 juillet 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Montreuil, 1re ch. (j.u), 22 juil. 2025, n° 2310266 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Montreuil |
| Numéro : | 2310266 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 16 avril 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 août 2023, 2 juillet 2024 et 10 juillet 2025, Mme C… A…, représentée par Me Jamil, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’elle n’a pas reçu de proposition de logement adapté à sa situation alors qu’elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis le 29 septembre 2021 et que la décision du tribunal administratif de Montreuil en date du 30 août 2022, qui enjoignait au préfet de la reloger, n’a pas été exécutée ;
- son logement actuel est inadapté eu égard à sa superficie de 30 m² seulement et aux problèmes d’humidité de l’appartement en cause ;
- en raison de la carence de l’Etat, elle a subi des troubles dans ses conditions d’existence.
La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Mme A… a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Aymard pour statuer sur les litiges prévus à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique a été entendu le rapport de M. Aymard.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 29 septembre 2021, désigné Mme A… comme prioritaire et devant être logée en urgence. N’ayant pas reçu de proposition de logement répondant à ses besoins et capacités, Mme A… a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 30 mars 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A… demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du
31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles
L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».
3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article
L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.
4. En l’espèce, la commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A… le 29 septembre 2021, cette décision valant pour quatre personnes. Cette décision a été prise au motif que l’intéressée occupe un logement suroccupé et avec une personne handicapée à charge ou avec un enfant mineur à charge ou qu’il est lui-même handicapé. Il résulte de l’instruction que la situation de Mme A… en matière de logement, qui occupe l’appartement en cause depuis le 1er février 2017, n’a pas évolué, étant précisé que Mme A… s’est vu délivrer des titres de séjour pluriannuels valables du 6 septembre 2022 au 5 septembre 2024 puis du 5 novembre 2024 au 4 novembre 2026 et que son foyer se compose d’elle-même et de ses trois enfants nés en 2017, 2019 et 2020. Dans ces conditions, la persistance de la situation de Mme A… à compter du 29 mars 2022, date à laquelle la carence de l’Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à l’intéressée des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 3 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement, étant souligné que la requérante ne justifie pas, par les pièces versées aux débats, que le loyer acquitté pour son logement serait manifestement disproportionné à ses ressources composées de salaires et de prestations sociales.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à Mme A… la somme de 3 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme A… la somme de 3 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C… A…, à Me Jamil, et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2025.
Le magistrat désigné,
F. Aymard
La greffière,
M. B…
La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Asile ·
- Territoire français ·
- Pays ·
- Interdiction ·
- Liberté ·
- Convention européenne ·
- Sauvegarde ·
- Aide ·
- Stipulation ·
- Iran
- Police municipale ·
- Révocation ·
- Maire ·
- Fait ·
- Jeune ·
- Sanction disciplinaire ·
- Contrôle judiciaire ·
- Justice administrative ·
- Liberté ·
- Fonction publique
- Territoire français ·
- Interdiction ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Aide juridictionnelle ·
- Règlement (ue) ·
- Durée ·
- Justice administrative ·
- Éloignement ·
- Parlement européen
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Commune ·
- Juge des référés ·
- Gens du voyage ·
- Parcelle ·
- Désistement ·
- Justice administrative ·
- Domaine public ·
- Ordonnance ·
- Voyage ·
- Force publique
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Commissaire de justice ·
- Décision administrative préalable ·
- Condition ·
- Demande ·
- Exécution ·
- Titre ·
- Tribunaux administratifs
- Logement opposable ·
- Droit au logement ·
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Statuer ·
- Médiation ·
- Ville ·
- Structure ·
- Réinsertion sociale ·
- Centre d'hébergement
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Tribunal judiciaire ·
- Action sociale ·
- Justice administrative ·
- Adulte ·
- Sécurité sociale ·
- Handicapé ·
- Juridiction ·
- Allocation ·
- Famille ·
- Commissaire de justice
- Justice administrative ·
- Permis de conduire ·
- Juge des référés ·
- Commissaire de justice ·
- Suspension ·
- Tribunaux administratifs ·
- Légalité ·
- Statuer ·
- Injonction ·
- État
- Infraction ·
- Retrait ·
- Permis de conduire ·
- Route ·
- Amende ·
- Information ·
- Titre exécutoire ·
- Annulation ·
- Justice administrative ·
- Administration
Sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Associations ·
- Licence de pêche ·
- Défense ·
- Commissaire de justice ·
- Statuer ·
- Injonction ·
- Publicité ·
- Information ·
- Poisson
- Justice administrative ·
- Professeur ·
- Juge des référés ·
- Urgence ·
- Mathématiques ·
- Absence ·
- Education ·
- Commissaire de justice ·
- Décision administrative préalable ·
- Juge
- Justice administrative ·
- Sanction ·
- Traitement ·
- Formation ·
- Stage ·
- Centre hospitalier ·
- Exclusion ·
- Erreur ·
- Soins infirmiers ·
- Recours gracieux
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.