Rejet 30 mai 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Paris, 8e sect. - mesd, 30 mai 2025, n° 2514343 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Paris |
| Numéro : | 2514343 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 14 juin 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mai 2025, M. A C B, retenu en zone d’attente de l’aéroport de Roissy, représenté par son administrateur ad hoc, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 23 mai 2025 par laquelle le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire français au titre de l’asile ;
2°) d’enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
Il soutient que :
— la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
— sa vulnérabilité n’a pas été prise en compte ;
— la décision est entachée d’une violation des article 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés ;
— la décision est entachée d’une violation du principe de non-refoulement ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Vu :
— les autres pièces du dossier ;
Vu :
— la convention de Genève du 28 juillet 1951,
— la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
— la convention internationale des droits de l’enfant ;
— le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,
— le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
— le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
— la convention d’application de l’accord de Schengen signée le 19 juin 1990,
— le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
— l’ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020,
— le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné D en application de l’article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
— le rapport de M. D,
— les observations de Me Moskvina, avocate commise d’office représentant M. C B, en présence de l’administrateur ad hoc et assisté d’une interprète en langue vietnamienne
— et les observations de Me Phalippou, représentant le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, ressortissant vietnamien né le 3 novembre 2007, demande au tribunal d’annuler la décision du 23 mai 2025 par laquelle le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur lui a refusé l’admission sur le territoire au titre de l’asile.
2. L’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « La décision de refuser l’entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d’asile ne peut être prise par le ministre chargé de l’immigration que si : () / 3° Ou la demande d’asile est manifestement infondée. Constitue une demande d’asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l’étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d’octroi de l’asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d’atteintes graves. / (), la décision de refus d’entrée ne peut être prise qu’après consultation de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au chapitre III du titre II du livre VII. L’office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d’asile. L’avocat ou le représentant d’une des associations mentionnées au huitième alinéa de l’article L. 723-6, désigné par l’étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d’attente pour l’accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article L. 723-6. () ». Aux termes de l’article R. 213-2 du même code : « Lorsque l’étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d’asile, il est informé sans délai, dans une langue qu’il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu’il la comprend, de la procédure de demande d’asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l’aider à présenter sa demande. () ».
3. Si le requérant invoque la méconnaissance du principe de confidentialité des éléments de sa demande d’asile, au motif que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides transmet par télécopie ou courrier électronique ses avis qui comprennent le compte-rendu de l’audition à des agents du ministère de l’intérieur, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme il le soutient, ces agents ne seraient pas « personnellement habilités ». Si celui-ci soutient, en outre, que ces agents reprennent les déclarations des demandeurs d’asile dans leurs décisions avant de les transmettre en zone d’attente par télécopie à l’officier de quart qui notifie la décision, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les décisions prises par le ministre en la matière soient mises à la portée de l’ensemble des agents de la police aux frontières, par ailleurs astreints au secret professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.
4.Le requérant n’apporte aucun élément permettant d’établir que les conditions matérielles de l’entretien qui s’est déroulé en vietnamien l’auraient empêché de développer son récit. En outre, il n’apporte à l’audience, aucun élément nouveau qu’il aurait été empêché d’exposer lors dudit entretien ou qu’un tiers n’aurait pas pu assister à l’entretien. La double circonstance que l’entretien se serait déroulé par visioconférence et que « les notes » de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui auraient pas été communiquées alors que, d’une part, cette allégation n’est pas établie et, d’autre part, que le compte-rendu de l’entretien de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides est produit dans le cadre de la présente instance, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré du manquement relatif aux conditions matérielles de l’entretien et à la procédure doit être écarté.
5. Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l’étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu’à ce qu’il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l’immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d’asile d’un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.
6. M. A C B, ressortissant vietnamien né le 3 novembre 2007, soutient qu’après le départ de son père du foyer familial, sa mère le confie à un autre homme qui se révèle violent à son égard et le force à travailler. Il craint pour sa sécurité et il fait la rencontre d’un ressortissant chinois qui finance son voyage vers la France par le Maroc afin qu’il améliore sa situation. Toutefois, le récit de l’intéressé est dénué de toute crédibilité. Il reste taiseux sur la plupart des questions posées à l’audience, n’apporte aucune précision sur le ressortissant chinois qui a financé son voyage. A la question posée selon laquelle il pourrait être victime de traite d’être humain ou d’exploitation en France, il répond par la négative, de même à la question de savoir si le ressortissant chinois lui aurait demandé une contrepartie en compensation du financement de son voyage. Il fait valoir que ce ressortissant a disparu à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle une fois qu’il eût débarqué de l’avion. L’arrivée en France par un réseau d’un passeur chinois démontre en réalité une filière destinée à envoyer des mineurs en France pour des raisons économiques, ce qui ne constitue pas un motif d’asile. Par ailleurs, au regard d’un récit des plus vagues et l’absence de réponse aux questions posées, le requérant ne fait part d’aucune crainte qui pourrait accréditer l’idée d’une vulnérabilité malgré sa minorité sachant que l’administrateur ad hoc présent à l’audience fait valoir qu’il n’a d’information que le récit lacunaire de M. C B et qu’il n’a aucune certitude sur la façon dont il pourrait vivre en France même s’il était pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. Ainsi, les craintes exprimées en cas de retour dans son pays d’origine sont dépourvues de crédibilité. Dans ces conditions, conformément aux dispositions précitées de l’article L. 213-8-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, qui a refusé l’entrée sur le territoire au titre de l’asile, n’a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d’appréciation.
7. Compte tenu du motif retenu au point précédent, le moyen tiré de la vulnérabilité alléguée du requérant et de la méconnaissance de l’article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Décision rendue le 26 mai 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
P. DLa greffière,
Signé
A.DEPOUSIER
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
2/8
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Pharmacien ·
- Santé publique ·
- Interdiction ·
- Sanction ·
- Erreur de droit ·
- Durée ·
- Justice administrative ·
- Agence régionale ·
- Accès aux soins ·
- Médicaments
- Territoire français ·
- Justice administrative ·
- Aide juridictionnelle ·
- Autorisation provisoire ·
- Étranger ·
- Pays ·
- Système d'information ·
- Enfant ·
- Vie privée ·
- Ressortissant
- Justice administrative ·
- Expulsion du territoire ·
- Urgence ·
- Légalité ·
- Sérieux ·
- Juge des référés ·
- Convention internationale ·
- Territoire français ·
- Pays ·
- Commissaire de justice
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Guadeloupe ·
- Justice administrative ·
- Transporteur ·
- Suspension ·
- Légalité ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Profession ·
- Capacité ·
- Véhicule
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Suspension ·
- Permis de conduire ·
- Recours gracieux ·
- Juridiction ·
- Juge ·
- Administration ·
- Saisie ·
- Terme
- Justice administrative ·
- Référé précontractuel ·
- Région ·
- Offre ·
- Contrats ·
- Marches ·
- Juge des référés ·
- Pouvoir adjudicateur ·
- Commande publique ·
- Sociétés
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Vaccination ·
- Santé publique ·
- Justice administrative ·
- Respect ·
- Suspension ·
- Décret ·
- Agent public ·
- Liberté fondamentale ·
- Vaccin ·
- Certificat
- Justice administrative ·
- Immigration ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Juge des référés ·
- Ordonnance ·
- Asile ·
- Droit commun ·
- Directeur général ·
- Pourvoir
- Justice administrative ·
- Handicap ·
- Atteinte ·
- Examen ·
- Scolarité ·
- Juge des référés ·
- Liberté fondamentale ·
- Politique ·
- Étudiant ·
- Évaluation
Sur les mêmes thèmes • 3
- Mayotte ·
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Territoire français ·
- Urgence ·
- Autorisation provisoire ·
- Liberté fondamentale ·
- Délai ·
- Sauvegarde ·
- Droit d'asile
- Urbanisme ·
- Permis de construire ·
- Commune ·
- Maire ·
- Collectivités territoriales ·
- Justice administrative ·
- Changement de destination ·
- Logement ·
- Suspension ·
- Légalité
- Université ·
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Harcèlement ·
- Formation universitaire ·
- Étudiant ·
- Enquête ·
- Jury ·
- Neutralité
Textes cités dans la décision
- Dublin III - Règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte)
- Règlement (CE) 1560/2003 du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers
- Eurodac - Règlement (UE) 603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n ° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des États membres et Europol à des fins répressives
- Loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- Code de justice administrative
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.