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Sur la décision
| Référence : | TJ Le Mans, ch. 9, 19 sept. 2025, n° 25/00304 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00304 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Désigne un expert ou un autre technicien |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Texte intégral
Minute n°25/
ORDONNANCE DU : 19 septembre 2025
DOSSIER N° : N° RG 25/00304 – N° Portalis DB2N-W-B7J-IQXD
AFFAIRE : [D] [X]
c/ [Y] [U], S.A.S. [Adresse 7] [Localité 8]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DU MANS
Chambre 9 CIVILE
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 19 septembre 2025
DEMANDEUR
Monsieur [D] [X], demeurant [Adresse 3]
représenté par Maître Jean-philippe PELTIER de la SCP PELTIER & CALDERERO, avocats au barreau du MANS
DEFENDEURS
Monsieur [Y] [U], demeurant [Adresse 2]
représenté par Me Pierre-emmanuel MEMIN, avocat au barreau du MANS
S.A.S. CENTRE DE CONTROLE EN AUTOMOBILE SAINT [Localité 8] – CCEA SAINT [Localité 8], dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par Maître Alain DUPUY de la SCP HAUTEMAINE AVOCATS, avocats au barreau du MANS
COMPOSITION DU TRIBUNAL
PRÉSIDENT : Marie-Pierre ROLLAND
GREFFIER : Judith MABIRE
DÉBATS
À l’audience publique du 05 septembre 2025,
À l’issue de celle-ci le Président a fait savoir aux parties que l’ordonnance serait rendue le 19 septembre 2025 par sa mise à disposition au greffe de la juridiction.
FAITS, PROCÉDURE ET MOYENS DES PARTIES
Le 7 février 2024, monsieur [Y] [U] a vendu à monsieur [D] [X] un véhicule Renault Clio, avec 137.000 km au compteur, moyennant le prix de 2.600 €.
Un contrôle technique avait été effectué par la société CTA LAIGNE SAINT-GERVAIS (CCEA SAINT [Localité 8]) et mentionnait plusieurs défaillances mineures :
— Mauvaise orientation horizontale du feu de brouillard avant droit ;
— Usure anormale ou présence d’un corps étranger des pneus avant ;
— Mauvaise attache des amortisseurs avant au châssis ou à l’essieu ;
— Protection défectueuse des amortisseurs avant ;
— Détérioration d’un silentbloc de liaison au châssis ou à l’essieu à l’arrière droit et à l’arrière gauche.
Après quelques jours, monsieur [X] a constaté : une condensation importante sur les vitres ; des imbibitions d’eau sur les tapis : des voyants allumés concernant l’airbag et le préchauffage ; la nécessité de remettre régulièrement du liquide de refroidissement et un bruit évoluant avec la vitesse.
Monsieur [X] a donc sollicité un contrôle technique de son véhicule, auprès de la société CT DES HUNAUDIERES, le 20 février 2024, contrôle qui a mis en évidence :
— Quatre défaillances majeures à savoir : pneumatiques avant gravement endommagés, entaillés ou montages inadaptés ; amortisseurs avant mal fixés ; panneau ou élément mal fixé ou endommagé susceptible de provoquer des blessures à l’arrière ; défaillance de l’airbag ;
— Huit défaillances mineures : déséquilibre avant du frein de service ; ripage excessif ; mauvaise fixation de la batterie de service ; mauvaise orientation horizontale d’un feu de brouillard avant droit ; usure anormale ou présence d’un corps étranger s’agissant du pneu arrière droit ; mauvaise attache des amortisseurs au châssis ou à l’essieu avant gauche ; protection défectueuse des amortisseurs avant ; panneau ou élément endommagé de la carrosserie à l’arrière droit.
Les travaux de reprise ont été estimés à la somme de 1.141,72 €, suivant devis du 11 mars 2024.
Par courrier du 13 mars 2024, monsieur [X] a demandé à monsieur [U] de prendre en charge les frais de réparation.
Dans ses rapports des 24 juin et 14 octobre 2024, l’expert mandaté par l’assureur de monsieur [X] a conclu que :
— Les désordres qui affectent le véhicule le rendent impropre à la circulation, en raison du jeu excessif sur les trains roulants ;
— Le bruit présent émane de la boîte de vitesse et seul un démontage permettrait de déterminer avec précision son origine ;
— Le voyant d’airbag, allumé par intermittence, est lié à un défaut de contact du connecteur du prétensionneur situé sous le siège conducteur ;
— Ces vices étaient présents avant la transaction, au vu du faible kilométrage parcouru depuis l’acquisition du véhicule ;
— Le devis de remise en état n’est qu’un minimum des opérations à réaliser.
Par courrier du 14 novembre 2024, monsieur [X] a mis en demeure monsieur [U] d’annuler la vente. Une conciliation a été tentée sans succès.
Le 24 mars 2025, un procès-verbal de constat d’échec a été dressé par le conciliateur.
Aussi, par actes des 4 et 11 juin 2025, monsieur [X] a fait citer monsieur [U] et la SAS [Adresse 6] devant le juge des référés du tribunal judiciaire du Mans auquel il demande d’ordonner une expertise et de réserver les dépens.
À l’audience du 5 septembre 2025, monsieur [U] et la SAS CENTRE DE CONTROLE EN AUTOMOBILE SAINT [Localité 8] ne s’opposent pas à la demande d’expertise et sollicitent la condamnation de monsieur [X] aux dépens. Ce dernier maintient ses demandes.
MOTIFS
Sur la demande d’expertise :
La demande d’expertise est fondée sur les dispositions de l’article 145 du code de procédure civile qui énonce que « s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé sur requête ou en référé ».
Ce texte exige seulement que le demandeur justifie d’un motif légitime à voir ordonner une expertise.
L’existence d’une contestation sérieuse, notamment tirée de stipulations contractuelles, ne constitue pas un obstacle à la mise en oeuvre des dispositions susvisées.
L’article 145 du code de procédure civile n’implique en effet aucun préjugé sur la responsabilité des personnes appelées comme parties à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d’être ultérieurement engagé.
La légitimité du motif du demandeur résulte de la démonstration du caractère plausible et crédible du litige, bien qu’éventuel et futur, et le juge doit seulement constater qu’un tel procès est possible et qu’il a un objet et un fondement suffisamment déterminés.
Le juge ne peut rejeter la demande d’expertise que si elle est destinée à soutenir une prétention dont le mal fondé est d’ores et déjà évident et qui est manifestement vouée à l’échec.
Enfin, la mesure sollicitée est pertinente, adaptée, d’une utilité incontestable et proportionnée à l’éventuel futur litige, dans la mesure où elle permettra de vérifier la réalité des vices cachés, désordres, dénoncés par l’acquéreur, les travaux à réaliser pour y remédier et d’évaluer les éventuels préjudices subis par celui-ci.
De plus, la demande n’est pas contestée par les défendeurs.
Monsieur [X] a donc un intérêt légitime à voir ordonner l’expertise sollicitée et il y a lieu de faire droit à sa demande.
Sur les autres demandes :
La demande d’expertise est fondée sur l’article 145 du code de procédure civile et les responsabilités ne sont pas déterminées, de sorte que le défendeur ne peut être considéré comme la partie qui succombe au sens des articles 696 et 700 du code de procédure civile.
Les dépens resteront donc à charge du demandeur.
PAR CES MOTIFS
Le Juge des référés, statuant publiquement, par ordonnance contradictoire, et en premier ressort ;
ORDONNE une expertise ;
DÉSIGNE pour y procéder monsieur [W] [Z], expert inscrit sur la liste de la cour d’appel de [Localité 4], demeurant [Adresse 5] ([Courriel 9]) avec mission de :
— Convoquer les parties en cause ainsi que leurs avocats par lettre recommandée avec accusé de réception ;
— Se rendre sur les lieux où se trouve le véhicule ;
— Prendre connaissance de tous documents utiles ;
— Recueillir les déclarations des parties et éventuellement celles de toute personne informée ;
— Procéder à l’examen du véhicule en cause et décrire son état actuel ;
— Vérifier si les désordres allégués existent,
* dans ce cas les décrire en précisant s’ils affectent les organes essentiels, en indiquer la nature et la date d’apparition,
* en rechercher les causes, dire s’ils sont de nature à rendre le véhicule impropre à l’usage auquel il était destiné, ou s’ils en diminuent l’usage, et s’ils étaient décelables au moment de la vente par un acheteur non professionnel,
* donner son avis sur l’attitude qu’aurait pu avoir l’acheteur s’il avait eu connaissance des vices au moment de la vente et sur le prix qu’aurait eu la chose,
* déterminer si le véhicule est apte à la circulation ;
— Établir une chronologie des interventions effectuées sur le véhicule antérieurement et postérieurement à la vente, vérifier si le véhicule a été accidenté (en faisant au besoin toutes recherches auprès des organismes d’assurance qui ont pu en avoir connaissance), réparé, modifié, ou transformé, et donner son avis sur les opérations réalisées ;
— Dire si le véhicule a ou non été correctement entretenu selon les préconisations du constructeur ;
— Dire si le véhicule a ou non été utilisé de façon normale et conforme à sa destination ;
— Déterminer la valeur du véhicule et le kilométrage réel de celui-ci au moment de la vente ;
— Indiquer, le cas échéant, les travaux de réparation propres à remédier aux désordres, en évaluer le coût, l’importance et la durée, ou bien indiquer la valeur résiduelle du véhicule en cas d’impossibilité de réparation ;
— Fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues et d’évaluer tous les préjudices subis et indiquer, de façon plus générale, toutes suites dommageables ;
— Répondre aux dires des parties dans la limite de la présente mission ;
— Procéder à toutes diligences et faire toutes observations utiles au règlement du litige ;
ORDONNE aux parties et à tout tiers détenteur de remettre sans délai à l’expert tout document qu’il estimera utile à l’accomplissement de sa mission ;
DIT QUE :
— l’expert devra faire connaître sans délai son acceptation au juge chargé du contrôle de l’expertise, et devra commencer ses opérations dès sa saisine ;
— en cas d’empêchement ou de refus de l’expert, il sera procédé à son remplacement par ordonnance du juge chargé du contrôle de l’expertise ;
— l’expert devra accomplir sa mission conformément aux articles 232 et suivants du code de procédure civile, notamment en ce qui concerne le caractère contradictoire des opérations et précise à cet égard que l’expert ne devra en aucune façon s’entretenir seul ou de façon non contradictoire de la situation avec un autre expert mandaté par l’une des parties ou par une compagnie d’assurances ;
— l’expert devra tenir le juge chargé du contrôle de l’expertise, informé du déroulement de ses opérations et des difficultés rencontrées dans l’accomplissement de sa mission ;
— l’expert est autorisé à s’adjoindre tout spécialiste de son choix, sous réserve d’en informer le juge chargé du contrôle de l’expertise et les parties étant précisé qu’il pourra dans ce cas solliciter une provision complémentaire destinée à couvrir les frais du recours au sapiteur ;
— l’expert devra remettre un pré-rapport aux parties, leur impartir un délai pour déposer leurs éventuels dires, et y répondre ;
— l’expert devra déposer son rapport définitif et sa demande de rémunération au greffe du tribunal, dans le délai de rigueur de SIX MOIS à compter de l’information qui lui sera donnée de la consignation de la provision à valoir sur sa rémunération (sauf prorogation dûment autorisée), et communiquer ces deux documents aux parties ;
DIT QUE les frais d’expertise seront avancés par le demandeur à la mesure qui devra consigner la somme de DEUX MILLE CINQ CENTS EUROS (2.500 €) à valoir sur la rémunération de l’expert auprès du régisseur d’avances et de recettes du tribunal judiciaire du MANS dans les deux mois de la présente décision étant précisé qu’à défaut de consignation dans le délai imparti, la désignation de l’expert sera caduque de plein droit, (sauf décision contraire en cas de motif légitime) et il sera tiré toutes conséquences de l’abstention ou du refus de consigner ;
DIT que le demandeur à l’expertise sera dispensé du versement d’une provision à valoir sur la rémunération de l’expert s’il justifie qu’il bénéficie de l’aide juridictionnelle ;
COMMET le président du tribunal judiciaire, et à défaut tout autre juge du siège du tribunal judiciaire du MANS, pour surveiller l’exécution de la mesure ;
DIT QUE les dépens resteront à la charge de monsieur [X] sauf transaction ou éventuel recours ultérieur au fond.
LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT,
Judith MABIRE Marie-Pierre ROLLAND
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