Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Orléans, retention administrative, 29 sept. 2025, n° 25/05346 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/05346 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Mainlevée de la mesure de rétention administrative |
| Date de dernière mise à jour : | 12 février 2026 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
COUR D’APPEL
D'[Localité 3]
TRIBUNAL JUDICIAIRE
D'[Localité 3]
Rétention administrative
N° RG 25/05346 – N° Portalis DBYV-W-B7J-HKAV
Minute N°
ORDONNANCE
statuant sur une troisième demande de prolongation de la mesure de rétention administrative
rendue le 29 Septembre 2025
Le 29 Septembre 2025
Devant Nous, Cécile DUGENET, Juge au Tribunal judiciaire d’ORLEANS,
Assistée de Lucie FOUET, Greffier,
Etant en audience publique, au Palais de Justice,
Vu la requête motivée du représentant de 44 – PREFECTURE DE LA LOIRE-ATLANTIQUE en date du 28 Septembre 2025, reçue le 27 Septembre 2025 à 17h12 au greffe du Tribunal,
Vu la décision du magistrat du siège du Tribunal judiciaire d’ORLEANS en date du 29 août 2025 ordonnant le maintien en rétention, décision confirmée par la Cour d’appel le 31 août 2025.
Vu les avis donnés à Monsieur [P] [U], né le 08/02/2002 à [Localité 4] (ALGERIE), alias [U] [P], né le 08/02/2006, alias [M] [P], né le 08/02/2006, alias [P] [M], né le 08/02/2006, alias [U] [Y], né le 08/02/2006, à 44 – PREFECTURE DE LA [Localité 2]-ATLANTIQUE, au Procureur de la République, à Me Julie HELD-SUTTER, avocat choisi ou de permanence,
Vu notre note d’audience de ce jour,
COMPARAIT CE JOUR :
Monsieur [P] [U], né le 08/02/2002 à [Localité 4] (ALGERIE), alias [U] [P], né le 08/02/2006, alias [M] [P], né le 08/02/2006, alias [P] [M], né le 08/02/2006, alias [U] [Y], né le 08/02/2006
né le 08 Février 2002 à [Localité 4] (ALGERIE)
de nationalité Algérienne
Assisté de Me Julie HELD-SUTTER, avocat commis d’office, qui a pu consulter la procédure, ainsi que l’intéressé.
En l’absence du représentant de 44 – PREFECTURE DE LA [Localité 2]-ATLANTIQUE, dûment convoqué.
En présence de M. [X], interprète en langue arabe, inscrit sur la liste de la Cour d’appel d'[Localité 3].
En l’absence du Procureur de la République, avisé ;
Mentionnons que 44 – PREFECTURE DE LA [Localité 2]-ATLANTIQUE, le Procureur de la République dudit tribunal, l’intéressé et son conseil ont été avisés, dès réception de la requête, de la date et l’heure de la présente audience par le greffier.
Mentionnons que les pièces de la procédure ont été mises à la disposition de l’intéressé et du conseil.
Vu les dispositions des articles L.741-1 et suivants du Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d’Asile
Après avoir entendu :
Me Julie HELD-SUTTER en ses observations.
M. [P] [U], en ses explications.
MOTIFS DE LA DECISION
Selon l’article L. 741-3 du CESEDA, un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L’administration exerce toute diligence à cet effet.
Ces dispositions trouvent leur traduction en droit de l’Union au sein de l’article 15 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008, dites directive retour : Selon l’article 15.1, quatrième alinéa : « Toute rétention est aussi brève que possible et n’est maintenue qu’aussi longtemps que le dispositif d’éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise. »
Selon l’article 15.1, quatrième alinéa : « Toute rétention est aussi brève que possible et n’est maintenue qu’aussi longtemps que le dispositif d’éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise ».
Aux termes de l’article 15.4 : « Lorsqu’il apparait qu’il n’existe plus de perspective raisonnable d’éloignement pour des considérations d’ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté. »
Ainsi, dans le cadre des règles fixées par le CESEDA et le droit de l’Union, l’objectif manifeste du législateur est d’empêcher le maintien d’un étranger en rétention si celui-ci n’est plus justifié par la mise en œuvre de son éloignement.
Le juge est tenu, même d’office (CJUE, 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid), de vérifier qu’il existe une réelle perspective que l’éloignement puisse être mené à bien, eu égard aux délais légaux de la rétention administrative.
La perspective raisonnable d’éloignement n’existe pas lorsqu’il paraît peu probable que l’intéressé soit accueilli dans un pays tiers avant l’expiration de ce délai (CJUE, grande chambre, 30 novembre 2009, affaire n° C-357/09), lequel peut, selon le droit français, être porté à quatre-vingt-dix jours sous réserve des dispositions spécifiques des articles L.742-6 et L.742-7 du CESEDA.
L’article 66 de la Constitution, qui confère au juge judiciaire le rôle de gardien de la liberté individuelle, implique que ce magistrat est seul compétent pour mettre fin à la rétention lorsqu’elle ne se justifie plus pour quelque motif que ce soit (Tribunal des conflits, 12 janvier 2015, n° 3986).
De même, le Conseil constitutionnel a récemment censuré la proposition de loi visant à rallonger la durée de rétention en rappelant que « sans que la gravité de son comportement ne justifie une telle durée ni que cette dernière soit de nature à favoriser son éloignement, ces dispositions méconnaîtraient la liberté individuelle ainsi que, selon les députés auteurs de la seconde saisine, le « principe de sûreté » garanti par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 » (Décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025).
La perspective raisonnable d’éloignement ne doit pas être confondue avec la preuve de délivrance à brève échéance d’un document de voyage, qui ne concerne que la situation prévue à l’article L.742-5 3° du CESEDA.
En réalité, cette perspective doit être vérifiée à chaque instant de la rétention administrative et son caractère raisonnable devient, par définition, de plus en plus difficile à caractériser au fur et à mesure que les diligences de l’administration perdurent sans succès et que la forclusion approche.
En l’espèce, la préfecture de la [Localité 2]-Atlantique a saisi les autorités consulaires algériennes d’une demande de laissez-passer le 30 juillet 2025, sur la base d’une reconnaissance par ces dernières, de l’intéressé comme ressortissant algérien, en août 2024. Ainsi, la préfecture reste dans l’attente d’une réponse des autorités algériennes depuis sa saisine du 30 juillet 2025.
Si la préfecture de la [Localité 2]-Atlantique effectué toutes les diligences qui s’imposent à elle, force est de constater que celles-ci sont restées sans réponse des autorités consulaires algériennes.
Dès lors, la préfecture de la [Localité 2]-Atlantique est dans l’attente d’une réponse à sa demande de laissez-passer consulaire.
En parallèle, il est de source publique que les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie sont actuellement gelées, notamment depuis l’expulsion réciproque d’agents diplomatiques français et algériens par ces deux pays le 14 avril 2025. Ces tensions ont été exposées dans un communiqué du 15 avril 2025, publié sur le site de l’Élysée.
D’après le compte-rendu abrégé de la séance du 14 mai 2025 au sénat (p. 7 « Relations franco-algériennes »), et le communiqué de presse du ministère des affaires étrangères algériens du 19 mai 2025, ces relations ne sont manifestement pas en phase d’amélioration.
D’après un communiqué du 24 juillet 2025, émis par le ministère des affaires étrangères algérien, ces relations ne sont manifestement pas en voie d’amélioration et, au contraire, se sont encore dégradées à la suite des mesures prises par les autorités françaises, consistant à limiter l’accès des agents accrédités de l’ambassade d’Algérie en France aux zones réservées des aéroports parisiens aux fins de prise en charge des valises diplomatiques.
Depuis cette date, aucune communication n’a été faite afin d’entrevoir une amélioration, à court ou moyen terme, des relations franco-algériennes.
Ainsi indépendamment des démarches entreprises par l’administration la situation auprès des autorités algériennes est manifestement bloquée depuis plusieurs mois désormais.
Dès lors, l’administration n’apporte aucun élément qui puisse permettre d’établir que Monsieur [P] [U] soit accepté par l’Algérie avant l’expiration de la période totale de rétention administrative.
Eu égard à la persistance des difficultés entre les autorités françaises et algériennes, et à l’expiration du délai légal de 90 jours qui interviendra le 30 octobre 2025 pour Monsieur [P] [U], le caractère fluctuant des relations diplomatiques ne peut, dans ce cas d’espèce, être utilement invoqué pour établir l’existence de perspectives raisonnables d’éloignement.
En conséquence, il sera mis fin à la mesure de rétention administrative de l’intéressé, celle-ci étant désormais dépourvue de perspectives d’éloignement au sens des dispositions susvisées.
Par ailleurs, l’absence de perspectives raisonnables d’éloignement est un motif justifiant, à lui seul, de prononcer la mainlevée de la mesure dans qu’il ne soit nécessaire d’examiner les conditions de prolongation de la mesure de rétention visées à l’article L.742-5 du CESEDA.
PAR CES MOTIFS
Déclarons la requête de la préfecture de [Localité 2]-Atlantique recevable ;
Mettons fin à la rétention administrative de M. [P] [U] ;
Ordonnons la remise en liberté immédiate de M. [P] [U] ;
Disons que le Procureur de la République a la possibilité de s’y opposer et d’en suspendre les effets, dans un délai de 6 heures à compter de la notification de la présente ordonnance à ce magistrat.
Notifions que la présente décision est susceptible d’être contestée par la voie de l’appel interjeté dans les 24 heures du prononcé de la présente ordonnance, devant le Premier Président de la Cour d’Appel d’ORLEANS ([Courriel 1]).
Rappelons à l’intéressé son obligation de quitter le territoire national.
Décision rendue en audience publique le 29 Septembre 2025 à
Le Greffier Le Juge
Reçu notification et copie de la présente ordonnance le 29 Septembre 2025 à ‘[Localité 3]
L’INTERESSE L’AVOCAT L’INTERPRETE
Copie de la présente décision est transmise par courriel au procureur de la République, au Tribunal Administratif d’Orléans, à la Préfecture de44 – PREFECTURE DE LA LOIRE-ATLANTIQUE et au CRA d’Olivet.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Délais ·
- Tribunal judiciaire ·
- Exécution ·
- Logement ·
- Dette ·
- Commissaire de justice ·
- Eaux ·
- Demande ·
- Juge ·
- Procédure civile
- Contrainte ·
- Opposition ·
- Tribunal judiciaire ·
- Tribunal compétent ·
- Cotisations ·
- Débiteur ·
- Créanciers ·
- Réception ·
- Retard ·
- Huissier de justice
- Enfant ·
- Divorce ·
- Vacances ·
- Père ·
- Autorité parentale ·
- Communications téléphoniques ·
- Droit de visite ·
- Mère ·
- Contribution ·
- Domicile
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Finances ·
- Sociétés ·
- Déchéance ·
- Consommation ·
- Tribunal judiciaire ·
- Identifiants ·
- Prêt ·
- Intérêt ·
- Contrat de crédit ·
- Capital
- Tribunal judiciaire ·
- Immobilier ·
- Charges de copropriété ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Enseigne ·
- Prolongation ·
- Délibéré ·
- Adresses ·
- Avis ·
- République
- Arrêt de travail ·
- Accident du travail ·
- Lésion ·
- Consolidation ·
- Tribunal judiciaire ·
- Présomption ·
- Sociétés ·
- Expertise ·
- Durée ·
- État
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Cadastre ·
- Commissaire de justice ·
- Tribunal judiciaire ·
- Parcelle ·
- Référé ·
- Maire ·
- Astreinte ·
- Ordonnance ·
- Constat ·
- Préjudice moral
- Allocation ·
- Assurance chômage ·
- Emploi ·
- Droit d'option ·
- Renouvellement ·
- Demande ·
- Notification ·
- Création d'entreprise ·
- Aide ·
- Paiement
- Tribunal judiciaire ·
- Contentieux ·
- Adresses ·
- Désistement ·
- Aide sociale ·
- Curatelle ·
- Courrier électronique ·
- Épouse ·
- Mandataire judiciaire ·
- Contrainte
Sur les mêmes thèmes • 3
- Baux d'habitation ·
- Contrats ·
- Commissaire de justice ·
- Adresses ·
- Contrat de location ·
- Logement ·
- Contentieux ·
- In solidum ·
- Protection ·
- Libération ·
- Résolution ·
- Activité illicite
- Loyer ·
- Épouse ·
- Bail ·
- Commandement de payer ·
- Locataire ·
- Expulsion ·
- Paiement ·
- Dette ·
- Résiliation ·
- Clause resolutoire
- Divorce ·
- Copie ·
- Commissaire de justice ·
- Obligation alimentaire ·
- Mariage ·
- Partage ·
- Régimes matrimoniaux ·
- Tribunal judiciaire ·
- Jugement ·
- Adresses
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.