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Sur la décision
| Référence : | TJ Toulouse, j l d, 16 mars 2026, n° 26/00531 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 26/00531 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Maintien de la mesure de rétention administrative |
| Date de dernière mise à jour : | 24 mars 2026 |
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Texte intégral
COUR D’APPEL DE [Localité 1]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TOULOUSE
Vice-président
ORDONNANCE PRISE EN APPLICATION DES DISPOSITIONS DU CODE D’ENTRÉE ET DE SÉJOUR DES ETRANGERS
(demande de 3ème prolongation)
_______________________________________________________________________________________
N° de MINUTE N° RG 26/00531 – N° Portalis DBX4-W-B7K-U755
le 16 Mars 2026
Nous, Marion STRICKER,vice-président désigné par le président du tribunal judiciaire de TOULOUSE, assistée d’Alizée PARAZOLS, greffier ;
En présence de [W] [I] [E], interprète en arabe, assermenté ;
Statuant en audience publique ;
Vu les articles L742-1, L742-4 (issu de la loi du 11 août 2025 entrée en vigueur le 11 novembre 2025), R743-1 à R743-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu notre saisine par requête de M. [J] reçue le 15 Mars 2026 à 08h55, concernant :
Monsieur [N] [X]
né le 08 Mars 1993 à [Localité 2] (ALGÉRIE)
de nationalité Algérienne
Vu la deuxième ordonnance du Vice-président du Tribunal judiciaire territorialement compétent en date du 13 février 2026 ordonnant la 2ème prolongation de la rétention administrative de l’intéressé confirmée par la décision de la cour d’appel de Toulouse en date du 17 février 2026 ;
Vu l’ensemble des pièces de la procédure ;
Monsieur le Préfet sus-désigné ayant été avisé de la date et de l’heure de l’audience ;
Le conseil de l’intéressé ayant été avisé de la date et de l’heure de l’audience ;
Attendu que l’intéressé et son conseil ont pu prendre connaissance de la requête et de ses pièces annexes ;
************
Vu les observations du représentant de la Préfecture qui a sollicité la prolongation de la mesure de rétention administrative ;
Vu les observations de l’intéressé ;
Vu les observations de Me Clémence DURAND, avocat au barreau de TOULOUSE ;
************
RAPPEL DES FAITS ET DE LA PROCEDURE :
[N] [X], né le 8 mars 1993 à [Localité 2] (Algérie), de nationalité algérienne, non documenté mais titulaire d’un permis de conduire algérien valable jusqu’au 22 décembre 2031, déclare être arrivé en France en 2022 via l’Espagne pour motifs économiques (trouver un emploi). Ses parents et sa fratrie vivent en Algérie. Lors de son audition administrative, il se déclarait en concubinage avec [C] [Y] (victime de violences conjugales). Il est le père d’un enfant de 3 ans qui vit avec sa mère à [Localité 3] (précédente compagne).
Il a fait l’objet de plusieurs mesures d’éloignement :
— d’une part sur le plan administratif : sous la forme d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), sans délai, avec interdiction de retour pendant 2 ans, prise par le préfet des Pyrénées-Orientales le 21 mars 2025, régulièrement notifiée le jour même à 14h10.
— d’autre part, sur le plan judiciaire : il a été condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier en comparution immédiate le 1er septembre 2025 à la peine de 8 mois d’emprisonnement avec sursis à titre principal et à titre complémentaire à la peine d’interdiction du territoire français (ITF) d’une durée de 3 ans.
Alors qu’il était incarcéré au centre pénitentiaire de [Localité 4] en exécution d’une nouvelle peine de 6 mois d’emprisonnement pour violences conjugales et harcèlement sur conjoint sur [C] [Y], [N] [X] a fait l’objet d’un placement en centre de rétention administrative par arrêté du préfet de l'[W] daté du 13 janvier 2026, régulièrement notifié le 15 janvier 2026 à 9h16, à sa levée d’écrou.
Par une première ordonnance rendue le 19 janvier 2026 à 17h00, le magistrat du siège de Toulouse a ordonné la prolongation de la rétention de l’intéressé pour une durée de vingt-six jours, décision confirmée par ordonnance du magistrat délégué à la cour d’appel de Toulouse rendue le 21 janvier 2026 à 11h30.
Par une nouvelle ordonnance notifiée le 13 février 2026 à 14h52, le magistrat du siège de Toulouse a ordonné une deuxième prolongation de la rétention de l’intéressé pour une durée de trente jours, décision confirmée par ordonnance du magistrat délégué à la cour d’appel de Toulouse rendue le 17 février 2026 à 11h30.
Par requête datée du 15 mars 2026, reçue et enregistrée au greffe de la juridiction le même jour à 8h55, le préfet de l’Hérault a demandé la prolongation de la rétention de [N] [X] dans des locaux ne relevant pas de l’administration pénitentiaire pour une durée de 30 jours (troisième prolongation).
A l’audience du 16 mars 2026, le représentant de la préfecture soutient la demande de prolongation en rappelant l’ensemble des diligences effectuées par l’administration et en arguant du caractère raisonnable des perspectives d’éloignement (deux pièces versées des 10 février 2026 et 7 mars 2026). Le conseil de [N] [X] soulève une fin de non-recevoir pour défaut de pièces justificatives utiles (défaut de preuve des notifications des précédentes décisions), puis sur le fond, critique les diligences et les perspectives d’éloignement. Des jurisprudences sont versées. L’étranger a eu la parole en dernier.
La décision a été mise en délibéré au jour même.
MOTIFS DE LA DÉCISION :
Sur la recevabilité de la requête
L’article R.743-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose qu’à peine d’irrecevabilité, la requête est motivée, datée, signée et accompagnée de toutes pièces justificatives utiles, notamment une copie du registre prévu à l’article L.744-2.
La jurisprudence est ensuite venue préciser le contour de cette exigence légale concernant ces pièces. Il apparaît en effet que ces pièces doivent être distinguées de l’entier dossier. Doivent être considérées des pièces justificatives utiles dont la production conditionne la recevabilité de la requête, les pièces qui sont nécessaires à l’appréciation par le juge des éléments de fait et de droit dont l’examen lui permet d’exercer son plein pouvoir, c’est-à-dire de vérifier la pertinence des motifs pour lesquels le maintien en rétention administrative est nécessaire à l’administration pour mettre à exécution la mesure d’éloignement.
En l’espèce, le conseil de [N] [X] soulève une fin de non-recevoir pour défaut de pièce justificative utile en l’absence de preuve de la notification des ordonnances prises au stade de la première prolongation puis de la deuxième prolongation, en première instance comme en appel.
Concernant d’une part les décisions judiciaires rendues au stade de la première prolongation : dès lors qu’aux termes de l’article L743-11 du CESEDA « à peine d’irrecevabilité, prononcée d’office, aucune irrégularité antérieure à une audience à l’issue de laquelle le magistrat du siège du tribunal judiciaire a prolongé la mesure ne peut être soulevée lors d’une audience ultérieure », l’absence de production des décisions de première prolongation est indifférente au stade d’une demande de troisième prolongation.
Concernant d’autre part les décisions judiciaires rendues au stade de la deuxième prolongation : dès lors que la dernière décision rendue par le magistrat délégué à la cour d’appel est bien produite au dossier, avec l’ensemble des mentions assurant sa validité et son caractère exécutoire, notamment sa date et son heure permettant de vérifier qu’elle a bien été rendue conformément aux délais légaux prescrits, et dès lors que la préfecture justifie par ailleurs de la notification de cette décision rendue en appel confirmant la deuxième prolongation de la rétention, puisque le récépissé est bien daté et même horodaté (au 17 février 2026 à 11h40) et signé, ces seules mentions relatives à la date et à la signature suffisent pour attester de la réalité de la notification de la décision d’appel au retenu, laquelle constitue seule le support nécessaire de la requête en troisième prolongation.
Dès lors, la requête est recevable.
Sur la prolongation de la rétention
Aux termes de l’article L741-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) : « un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L’administration exerce toute diligence à cet effet ». Il s’en déduit que doivent être contrôlées les diligences de l’administration d’une part, et l’existence de perspectives raisonnables d’éloignement d’autre part.
Ces dispositions en vigueur depuis 2021 trouvaient leur traduction en droit européen au sein de l’article 15 de la directive européenne 2008/115/CE dite « directive retour » :
Aux termes de l’article 15.1, quatrième alinéa : « Toute rétention est aussi brève que possible et n’est maintenue qu’aussi longtemps que le dispositif d’éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise ».
Aux termes de l’article 15.4 : « Lorsqu’il apparait qu’il n’existe plus de perspective raisonnable d’éloignement pour des considérations d’ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté ».
Ces dispositions ont été interprétées et précisées par la jurisprudence de la CJUE (CJUE, grande chambre, 30 novembre 2009, affaire n°C-357/09) en ce sens que la perspective raisonnable d’éloignement n’existe pas lorsqu’il paraît peu probable que l’intéressé soit accueilli dans un pays tiers avant l’expiration de ce délai lequel peut, selon le droit français, être porté à 90 jours.
Ainsi, dans le cadre des règles fixées par le CESEDA et le droit de l’Union, l’objectif du législateur est d’empêcher le maintien d’un étranger en rétention si celui-ci n’est plus justifié par la mise en œuvre de son éloignement.
Le juge est tenu, même d’office (CJUE, 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid), de vérifier qu’il existe une réelle perspective que l’éloignement puisse être mené à bien, eu égard aux délais légaux de la rétention administrative, et donc d’apprécier concrètement à chaque instant de la rétention l’existence des perspectives d’éloignement, dont le caractère raisonnable devient par définition de plus en plus difficile à caractériser au fur et à mesure que les diligences de l’administration perdurent sans succès et que la forclusion approche.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue la loi n°2025-796 du 11 août 2025, entrée en vigueur le 11 novembre 2025, qui est venue modifier l’article L742-4 du CESEDA. Selon ce nouvel article, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut être saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours (résultant de la première prolongation prévue à l’article L742-1), dans les cas suivants :
1° En cas d’urgence absolue ou de menace pour l’ordre public ;
2° Lorsque l’impossibilité d’exécuter la décision d’éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l’intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l’obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d’éloignement n’a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l’intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l’exécution de la décision d’éloignement ;
b) de l’absence de moyens de transport.
La durée maximale de la rétention n’excède alors pas 60 jours, puis la prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n’excède alors pas 90 jours.
Ainsi, au stade de la troisième prolongation, il incombe non seulement à l’administration de démontrer que l’une des circonstances mentionnées aux 1°, 2° ou 3° est caractérisée, mais encore au juge d’apprécier concrètement l’existence de perspectives raisonnables d’éloignement au regard des données de chaque situation à la date où il statue, en tenant compte notamment de la durée maximale de rétention restant applicable à l’intéressé mais également des circonstances de fait permettant d’établir qu’il existe toujours une probabilité significative que l’éloignement puisse être mené à bien, laquelle ne saurait se déduire des seules diligences de l’administration, qui doivent néanmoins présenter un caractère suffisant.
***
En l’espèce, les diligences sont critiquées par la défense de même que les perspectives d’éloignement :
** Concernant d’une part les diligences, l’avocate de l’étranger soutient la saisine du 15 janvier 2026 est certes valide, de même que les relances ultérieures, mais ces démarches l’ont été uniquement à destination des autorités consulaires algériennes, alors que la préfecture aurait dû également procéder à procédure de réadmission vers l’Espagne depuis la réponse du CCPD du 16 janvier 2026.
Mais dès lors que la seule saisine valide des autorités étrangères compétentes (l’Algérie) depuis le 15 janvier 2026 suffit à la juridiction pour établir la réalité, l’utilité et la célérité des diligences, le fait qu’il n’y ait pas eu de procédure de réadmission enclenchée vers l’Espagne, pays où l’intéressé est reconnu sous d’autres alias, sans information sur la réalité d’un droit au séjour sur ce territoire (ce dont il ne se prévaut d’ailleurs pas) est indifférent, l’absence de diligence vers les autorités espagnoles ayant été validé par les décisions judiciaires des première et deuxième prolongation, notamment les dernières décisions des 13 et 17 février 2026. Il s’en déduit que les diligences ne sont pas critiquables.
** Concernant d’autre part les perspectives d’éloignement, la défense fait valoir les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie, et que les autorités consulaires compétentes sont restées taisantes dans ce dossier.
Mais dès lors que l’ensemble des démarches dont il est justifié à destination de l’Algérie, pays dont l’intéressé se prévaut de la nationalité, ce qui est confirmé par son permis de conduire algérien valide et par les démarches à l’attention d’Interpol, ces éléments (actualisés par les relances des 10 février 2026 et 11 mars 2026) permettent de conclure qu’il existe bien une probabilité sérieuse que l’étranger puisse être éloigné vers un pays tiers dans les 30 jours à venir, le critère à ce stade de la procédure n’étant plus désormais – depuis le 11 novembre 2025 – celui d’un éloignement « à bref délai », mais seulement « raisonnable », ce qui le cas en l’espèce.
Compte-tenu de l’ensemble de ces éléments, même si [N] [X] est placé en rétention depuis 60 jours et que la durée de rétention restant légalement applicable est de 30 jours, il existe toujours une probabilité sérieuse que l’étranger, dont l’identification ne pose pas difficulté, et alors qu’il est établi que les autorités consulaires algériennes ne sont plus taisantes depuis plusieurs semaines, puisse être éloigné vers un pays tiers dans les 30 jours à venir, c’est-à-dire avant que soit épuisée la durée légale maximale de la rétention administrative.
Ainsi, les conditions légales d’une troisième prolongation sont réunies et il convient d’ordonner la prolongation de la rétention de [N] [X] pour une durée de 30 jours.
PAR CES MOTIFS :
Statuant publiquement en premier ressort, par décision assortie de l’exécution provisoire,
DÉCLARONS RECEVABLE la requête du préfet de l’Hérault.
ORDONNONS la prolongation de la rétention de [N] [X] pour une durée de trente jours à l’expiration du précédent délai de trente jours imparti par l’ordonnance prise le 13 février 2026 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Toulouse territorialement compétent, confirmée par la décision de la cour d’appel de Toulouse du 17 février 2026.
Le greffier
Le 16 Mars 2026 à
Le Vice-président
La Préfecture avisée par mail
L’avocat avisé par RPVA (en cas d’appel, merci de bien vouloir privilégier PLEX)
NOTIFICATION DU DISPOSITIF
DU JUGE DU TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TOULOUSE
PORTANT
SUR UNE MESURE DE RETENTION ADMINISTRATIVE
M. [N] [X]
Vous avez été placé au centre de rétention administrative de [Localité 5].
Vous avez été entendu à l’audience de ce jour.
Madame – Monsieur le Vice-Président, magistrat du siège du tribunal judiciaire de TOULOUSE a rendu ce jour, par ordonnnance, la décision suivante :
□ PROLONGATION DE LA MESURE DE RETENTION POUR UNE DUREE DE 26 JOURS (maintien en rétention) art. L.742-3 du CESEDA
□ PROLONGATION DE LA MESURE DE RETENTION POUR UNE DUREE DE 30 JOURS (maintien en rétention) art. L.742-4 du CESEDA
Vous avez la possibilité de faire appel de cette décision, dans le délai de 24 heures à compter de l’heure de votre signature de la décision, auprès de la CIMADE ou directement auprès de la COUR D’APPEL ( [Courriel 1] ). art. L.743-21 à L.743-23 du CESEDA
□ MAIN LEVEE DE LA MESURE DE RETENTION (sortie du centre de rétention)
Vous allez pouvoir quitter le centre de rétention dans le délai maximum de 6 heures sauf si le Procureur de la République ou la Préfecture fait appel de cette décision. Art. L.743-19 du CESEDA (QPC du 12 septembre 2025)
Vous avez l’obligation de quitter le territoire français. Art. L.611-1 du CESEDA
Pris connaissance le :
A heures
Signature :
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