Confirmation 25 février 2026
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | CA Paris, pôle 1 ch. 11, 25 févr. 2026, n° 26/01007 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour d'appel de Paris |
| Numéro(s) : | 26/01007 |
| Importance : | Inédit |
| Décision précédente : | Tribunal de grande instance de Bobigny, 21 février 2026 |
| Dispositif : | Autre |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mars 2026 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D’APPEL DE PARIS
L. 340-1 et suivants du Code de l’entrée et du séjour
des étrangers et du droit d’asile
ORDONNANCE DU 25 FEVRIER 2026
(1 pages)
Numéro d’inscription au répertoire général et de décision : Q N° RG 26/01007 – N° Portalis 35L7-V-B7K-CMY7V
Décision déférée : ordonnance rendue le 21 février 2026, à 15h56, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Bobigny
Nous, Laurent Ben-Kemoun, président de chambre à la cour d’appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assisté de Roxanne Therasse, greffière aux débats et au prononcé de l’ordonnance
APPELANT
[M] MINISTRE DE L’INTÉRIEUR REPRÉSENTÉ PAR [M] PRÉFET DE [O]
représenté par Me Nicola Suarez Pedrosa, du cabinet Actis, avocat au barreau de Val-de-Marne
INTIMÉE
[A] [B] [X] [D] (mineure représentée par Mme [D] [J])
né le 18 Décembre 2018 à [Localité 1]
de nationalité non précisée
Libre, non comparant, non représenté, convoqué en zone d’attente à l’aéroport de [M], dernier domicile connu
MINISTÈRE PUBLIC, avisé de la date et de l’heure de l’audience
ORDONNANCE :
— réputée contradictoire
— prononcée en audience publique
— Vu l’ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Bobigny du 21 février 2026 à 15h56, disant n’y avoir lieu de prolonger le maintien de [A] [B] [X] [D] (mineure représentée par Mme [D] [J]), en zone d’attente de l’aéroport de [M] et rappelant que l’administration doit restituer à l’intéressé l’intégralité de ses affaires personnelles, y compris son passeport et ses documents de voyage ;
— Vu l’appel motivé interjeté le 23 février 2026, à 14h57, par le conseil du préfet de Police ;
— Après avoir entendu les observations du conseil du préfet de Police tendant à l’infirmation de l’ordonnance ;
SUR QUOI,
EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE
Mme [A] [B] [X] [D], née le 18 décembre 2018 à [Localité 1], de nationalité équatorienne, a été maintenue dans la zone d’attente de l’aéroport de [M] le 18 février 2026, pour une durée de quatre jours, non autorisée à entrer sur le territoire français.
Le 22 février 2026, l’autorité administrative a saisi le juge du tribunal judiciaire aux fins de prolongation du maintien de l’intéressée en zone d’attente pour une durée de huit jours supplémentaires.
Par ordonnance du 22 février 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 2] n’a pas prolongé le maintien en zone d’attente de Mme [A] [B] [X] [D], au motif que son intérêt supérieur et sa vulnérabilité commandaient de ne pas la maintenir en zone d’attente.
Le 23 février 2026, le conseil du préfet a interjeté appel de cette décision en sollicitant l’infirmation de l’ordonnance, au motif que le premier juge a transformé son contrôle de légalité en contrôle d’opportunité, en méconnaissance directe du cadre légal de maintien en zone d’attente. Aucun élément médical, psychologique ou matériel précis n’établissait que le maintien portait une atteinte disproportionnée aux droits du mineur, les considérations générales relatives aux conditions de vie en zone d’attente ne suffisant à caractériser une atteinte individuelle grave.
MOTIVATION
Vu les articles 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 2.2, 3.1 3.1, 3.2, 3.3 et 20 de la Convention internationale des droits de l’enfant et L.332-2 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En application d’une jurisprudence constante, le juge judiciaire, saisi d’une demande de prolongation du maintien d’un étranger en zone d’attente, n’est pas compétent pour apprécier la légalité des décisions administratives de refus d’admission sur le territoire et de placement en zone d’attente en particulier les motifs retenus par l’administration à cette fin (2e Civ., 7 juin 2001, pourvoi n° 99-50.053).
Il résulte des articles L 342-1 et L 342-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa rédaction issue de la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 que « le maintien en zone d’attente au-delà de quatre jours à compter de la décision initiale peut être autorisé, par le juge des libertés et de la détention statuant sur l’exercice effectif des droits reconnus à l’étranger, pour une durée qui ne peut être supérieure à huit jours » et que « l’existence de garanties de représentation de l’étranger n’est pas à elle seule susceptible de justifier le refus de prolongation de son maintien en zone d’attente ».
Le seul fait qu’un enfant mineur soit concerné ne permet pas de dépasser l’incompétence du juge judiciaire pour statuer sur la décision d’entrée.
Pour autant, il est rappelé que le placement d’un enfant mineur en zone d’attente soulève des questions spécifiques découlant de la nécessité de prendre en considération l’intérêt supérieur de cet enfant et de faire preuve d’une vigilance certaine dans la mesure où, qu’il soit ou non accompagné, il requiert une attention particulière en raison de sa particulière vulnérabilité et appelle une prise en charge spécifique compte tenu de son âge et de son absence d’autonomie (Arrêt de la CEDH du 12 janvier 2012 Popov c. France § 91).
Le juge national, à l’instar de la Cour européenne des droits de l’homme, apprécie l’existence d’une violation des articles 3 et 8 de la Convention en mobilisant les trois facteurs suivants :
— l’âge de l’enfant mineur,
— le caractère adapté ou non des locaux au regard de leurs besoins spécifiques,
— la durée de la privation de liberté (voir notamment sur ce point, R.M. et autres c. France, no 33201/11, § 70, 12 juillet 2016, S.F. et autres c. Bulgarie, no 8138/16, §§ 78-83, 7 décembre 2017).
Il résulte des articles 5 et 8 de la Convention que l’intérêt supérieur de l’enfant ne peut se limiter à maintenir l’unité familiale et que les autorités doivent mettre en 'uvre tous les moyens nécessaires afin de limiter autant que faire se peut la détention de familles accompagnées d’enfants et préserver effectivement le droit à une vie familiale (CEDH, 3 mars 2022, [I] et autres c.Pologne , § 84). La situation de particulière vulnérabilité de l’enfant mineur est déterminante et prévaut sur la qualité d’étranger en séjour irrégulier de son parent (CEDH, 22 35/18juillet 2021 M. D. ET A.D. c. France, Req. n°57035/18), pour autant l’ensemble des critères rappelés ci-dessus doivent être combinés.
Il appartient au juge de vérifier in concreto que les conditions de la rétention sont inadaptées et contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant, ce qui constituerait, alors, une atteinte à ses droits justifiant une levée de la mesure.
En l’espèce, il ressort des pièces de la procédure que, le 18 février 2026, Mme [A] [B] [X] [D] s’est présentée aux contrôles à la frontière, accompagnée de ses parents.
Le premier juge a retenu, au visa de l’article 3-1 de la CIDE notamment, que l’intérêt supérieur du mineur commandait de ne pas le maintenir en zone d’attente.
S’agissant du critère relatif à l’âge de l’enfant et des conditions matérielles d’accueil, les allégations générales de cette déclaration d’appel ne permettent pas, en l’absence d’éléments précis et circonstanciés sur les conditions particulières évoquées, de renverser la présomption d’atteinte aux droits garanties par les articles 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la Convention internationale des droits de l’enfants.
Par ailleurs, au regard du jeune âge de l’intéressée (8 ans), la présence de sa mère Mme [E] [B] [D] [J], s’impose auprès d’elle, dans son intérêt supérieur. En outre, ses parents font état de piqûres sur sa peau par de petits insectes et de difficultés pour séjourner en zone d’attente à un si jeune âge, dans un endroit par ailleurs rempli d’adultes, les enfants accompagnés de leurs parents n’étant pas séparés des adultes et partageant les espaces communs, notamment les toilettes.
Dans ces conditions, il y a lieu d’adopter les motifs retenus par le premier juge et de constater que le maintien en zone d’attente de Mme [A] [B] [X] [D], est contraire à son intérêt supérieur, en ce qu’il ne répond pas aux critères évoqués ci-dessus, et, partant, est disproportionné.
Il y a donc lieu de confirmer l’ordonnance critiquée.
PAR CES MOTIFS
CONFIRMONS l’ordonnance
ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d’une expédition de la présente ordonnance.
Fait à [Localité 3], le 25 février 2026 à
[M] GREFFIER, [M] PRÉSIDENT,
REÇU NOTIFICATION DE L’ORDONNANCE ET DE L’EXERCICE DES VOIES DE RECOURS :
Pour information :
L’ordonnance n’est pas susceptible d’opposition.
Le pourvoi en cassation est ouvert à l’étranger, à l’autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d’attente ou la rétention et au ministère public.
Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification.
Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l’avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur.
Le préfet ou son représentant
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Autres demandes en matière de vente de fonds de commerce ·
- Vente du fonds de commerce ·
- Droit des affaires ·
- Cession ·
- Jonction ·
- Irrecevabilité ·
- Mandataire ·
- Fonds de commerce ·
- Liquidateur ·
- Qualités ·
- In solidum ·
- Cour d'appel ·
- Fond
- Responsabilité et quasi-contrats ·
- Honoraires ·
- Rapport d'expertise ·
- Lisier ·
- Ordonnance de taxe ·
- Interdiction ·
- Tribunal judiciaire ·
- Expert judiciaire ·
- Demande ·
- Partie ·
- Restitution
- Baux d'habitation et baux professionnels ·
- Contrats ·
- Hôpitaux ·
- Chose jugée ·
- Privé ·
- Dommages-intérêts ·
- Tribunal judiciaire ·
- Demande ·
- Fins de non-recevoir ·
- Préjudice ·
- Jugement ·
- Mise en état
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Biens - propriété littéraire et artistique ·
- Saisies et mesures conservatoires ·
- Aéroport ·
- Exploitation ·
- Sociétés ·
- Exécution ·
- Indemnité d'éviction ·
- Titre ·
- Appel ·
- Réintégration ·
- Intérêt ·
- Signification
- Ouverture du redressement ou de la liquidation judiciaire ·
- Demande de redressement judiciaire ·
- Jonction ·
- Comptable ·
- Procédure ·
- Répertoire ·
- Intimé ·
- Appel ·
- Minute ·
- Ordonnance ·
- Instance ·
- Lieu
- Relations du travail et protection sociale ·
- Relations individuelles de travail ·
- Licenciement ·
- Harcèlement moral ·
- Salariée ·
- Travail ·
- Employeur ·
- Avertissement ·
- Heures supplémentaires ·
- Fait ·
- Sociétés ·
- Titre
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Prêt d'argent, crédit-bail , cautionnement ·
- Prêt - demande en remboursement du prêt ·
- Contrats ·
- Société générale ·
- Consignation ·
- Demande de radiation ·
- Banque ·
- Exécution provisoire ·
- Capital ·
- Radiation du rôle ·
- Crédit ·
- Commissaire de justice ·
- Condamnation
- Droits attachés à la personne ·
- Droit des personnes ·
- Éloignement ·
- Ordonnance ·
- Tribunal judiciaire ·
- Pays tiers ·
- Pourvoi ·
- Ressortissant ·
- Statut ·
- Étranger ·
- Sri lanka ·
- Administration
- Fiche ·
- Surendettement ·
- Sociétés ·
- Intérêt ·
- Déchéance ·
- Contrat de prêt ·
- Crédit ·
- Commissaire de justice ·
- Document ·
- Titre
Sur les mêmes thèmes • 3
- Relations du travail et protection sociale ·
- Relations individuelles de travail ·
- Rupture anticipee ·
- Travail ·
- Épouse ·
- Contrats ·
- Employeur ·
- Salariée ·
- Discrimination ·
- Pandémie ·
- Harcèlement ·
- Protection
- Relations du travail et protection sociale ·
- Relations individuelles de travail ·
- Musée ·
- Agent de sécurité ·
- Licenciement ·
- Faute lourde ·
- Indemnité ·
- Employeur ·
- Travail ·
- Salariée ·
- Accès ·
- Faute
- Demande relative à la liquidation du régime matrimonial ·
- Droit de la famille ·
- Partage ·
- Enchère ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Immeuble ·
- Soulte ·
- Notaire ·
- Prix ·
- Vente ·
- Attribution préférentielle ·
- Licitation
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.