Annulation 4 novembre 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Melun, 11e ch., ju, 4 nov. 2025, n° 2401077 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Melun |
| Numéro : | 2401077 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction totale |
| Date de dernière mise à jour : | 7 novembre 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2024 sous le n° 2401077, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 mai 2024, Mme C… B… conteste la décision du 28 novembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a maintenu sa décision initiale de refus de délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement ».
Mme B… doit être regardée comme soutenant que son état de santé justifie la délivrance d’une carte mobilité inclusion mention « stationnement » puisque sa vie au quotidien est très compliquée, notamment avec son fils de quatre ans, que sa pathologie n’est pas facile à vivre au quotidien, qu’elle doit demander de l’aide pour faire face à ses besoins comme les courses alimentaires ou ses rendez-vous médicaux, qu’elle a été arrêtée à plusieurs reprises et que sa canne et son électro-stimulateurs lui sont indispensables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le président du conseil départemental du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la décision contestée a été prise suite à l’avis défavorable de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées qui s’est prononcée au regard des critères d’attribution de la carte demandée, en application des articles L. 241-3 et R. 241-12-1 du code de l’action sociale et des familles et de l’arrêté du 3 janvier 2017 ; la décision querellée a été prise au motif que le handicap de Mme B… n’entraîne pas systématiquement une réduction importante et durable de sa capacité de déplacement à pied et de son autonomie ou n’impose pas d’être accompagnée d’une tierce personne ou de recourir à certaines aides techniques lors de ses déplacements en extérieur.
Par deux mémoires en réplique, enregistrés les 27 décembre 2024 et 17 octobre 2025, Mme B… conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant, de plus, qu’elle est passée à mi-traitement, qu’une chondropathie fémoro-tibiale latérale et fémoro-patellaire avancée lui a été récemment diagnostiquée, ce qui l’affecte particulièrement compte tenu de la perte progressive de son genou.
Vu :
- la décision du 28 novembre 2023 prise sur recours préalable obligatoire de Mme B… ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
En application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensé de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu, au cours de l’audience publique du 21 octobre 2025, en présence de Mme Darnal, greffière d’audience, M. Freydefont, rapporteur, qui a lu son rapport.
Ni Mme B…, requérante, ni le département du Val-de-Marne, défendeur, ne sont présents ou représentés.
L’instruction a été close à l’issue des débats.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 241-17-1 du code de l’action sociale et des familles : « Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte « mobilité inclusion » destinée aux personnes physiques est formé (…) devant le président du conseil départemental (…) ». L’institution, par ces dispositions, d’un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l’autorité compétente pour en connaître le soin d’arrêter définitivement la position de l’administration. Il s’ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d’être déférée au juge en ce qu’elle se substitue à la décision initiale.
2. Il résulte de l’instruction que Mme C… B…, née le 23 novembre 1990, a sollicité le 8 décembre 2022 la délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement », ce qui lui fut refusé par décision du conseil départemental du Val-de-Marne. L’intéressée a alors introduit le 9 octobre 2023 contre cette décision initiale le recours administratif préalable obligatoire de l’article R. 241-17-1 précité du code de l’action sociale et des familles, recours rejeté par décision expresse du 28 novembre 2023. Par la requête susvisée, Mme B… demande l’annulation de cette décision du 28 novembre 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes des dispositions de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. – La carte « mobilité inclusion » destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du Conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. (…) 3° La mention « stationnement pour personnes handicapées » est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. (…) ». L’article R. 241-12 du même code prévoit que : « I. – La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au premier alinéa du I de l’article L. 241-3 est adressée à la maison départementale des personnes handicapées. Elle est constituée des pièces suivantes : 1° Un formulaire de demande et un certificat médical conformes aux modèles fixés par un arrêté du ministre chargé des personnes handicapées ; 2° Une copie de la carte d’identité ou du passeport ou, pour la personne de nationalité étrangère, de l’une des pièces mentionnées à l’article 1er du décret n° 94-294 du 15 avril 1994. (…) III. – Le demandeur et le bénéficiaire de l’allocation prévue à l’article L. 232-1 peut solliciter la carte mobilité inclusion ou son renouvellement, au moyen du formulaire de demande conforme au modèle figurant à l’annexe 2-9 au présent code ou, si la demande est jointe à une demande d’allocation personnalisée d’autonomie, au moyen du formulaire conforme au modèle de l’annexe 2-3. La demande est adressée au Conseil départemental et, le cas échéant, instruite par l’équipe médico-sociale mentionnée à l’article L. 232-6 ». L’article R. 241-12-1 du même code dispose que : « IV. – Pour l’attribution de la mention « stationnement pour personnes handicapées », un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ». Enfin, aux termes de l’annexe 1 de l’arrêté susvisé du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : – la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou – la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : – une aide humaine ; – une prothèse de membre inférieur ; – une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; – un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou – la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d’un accompagnement s’impose dès lors que la personne risque d’être en danger ou a besoin d’une surveillance régulière. Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. S’agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l’accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s’imposer par le risque d’une mise en danger. Cette condition n’est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée. 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la mention « stationnement pour personnes handicapées » de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n’est cependant pas nécessaire que l’état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l’origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d’attribution de cette carte tient compte de l’évolutivité potentielle de ceux-ci ».
4. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d’une personne en matière d’aide ou d’action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d’emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner les droits de l’intéressé, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l’article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l’intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l’administration afin qu’elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d’un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées », c’est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.
5. Mme B… soutient que son état de santé dégradé justifie la délivrance d’une carte mobilité inclusion mention « stationnement » puisque sa vie au quotidien est très compliquée, notamment avec son fils de quatre ans, que sa pathologie n’est pas facile à vivre au quotidien, qu’elle doit demander de l’aide pour faire face à ses besoins comme les courses alimentaires ou ses rendez-vous médicaux, qu’elle a été arrêtée à plusieurs reprises, que sa canne et son électro-stimulateurs lui sont indispensables et qu’une chondropathie fémoro-tibiale latérale et fémoro-patellaire avancée lui a été récemment diagnostiquée, ce qui l’affecte particulièrement compte tenu de la perte progressive de son genou. Il ressort effectivement des pièces du dossier que la requérante souffre depuis janvier 2020 d’un fibromyalgie diffuse aux épaules, aux coudes et aux genoux, ainsi que de troubles anxio-dépressifs et d’une fatigue chronique, ce qui nécessite qu’elle se rende une fois par mois dans un centre anti-douleurs. Surtout, la requérante joint au soutien de sa requête le certificat médical du docteur A… du 24 novembre 2022 aux termes duquel elle se déplace en intérieur et en extérieur à l’aide d’une canne. Et il ne ressort d’aucune des pièces du dossier que la requérante n’aurait plus besoin de sa canne pour se déplacer. Ainsi, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l’action sociale et des familles et de l’arrêté du 3 janvier 2017 en refusant de délivrer à Mme B… la carte mobilité inclusion mention « stationnement » qu’elle a sollicitée.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 novembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. B… une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement » doit être annulée.
Sur l’injonction :
7. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure. » L’annulation prononcée au point précédent implique nécessairement qu’il soit enjoint au président du conseil départemental du Val-de-Marne de délivrer à Mme B… une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement » valable deux ans, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 novembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a refusé de délivrer à Mme B… une carte mobilité inclusion mention « stationnement » est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental du Val-de-Marne de délivrer à Mme B… une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement » valable deux ans, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C… B… et au département du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée à la Maison départementale des personnes handicapées du Val-de-Marne.
Délibéré après l’audience du 21 octobre 2025.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 4 novembre 2025.
Le président,
C. FreydefontLa greffière,
L. Darnal
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Textes cités dans la décision
- Décret n°94-294 du 15 avril 1994
- Code de justice administrative
- Code de l'action sociale et des familles
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