Rejet 19 décembre 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Montreuil, 3e ch. (j.u), 19 déc. 2025, n° 2313197 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Montreuil |
| Numéro : | 2313197 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Décision précédente : | Tribunal administratif de Montreuil, 17 novembre 2022 |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 8 janvier 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, M. B… A…, représenté par Me Belghazi, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 1er octobre 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire ;
2°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 9 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’il n’a pas été relogé, alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation et que l’ordonnance du tribunal administratif de Montreuil du 17 novembre 2022 n’a pas été exécutée ;
- il est avec son épouse dans un logement d’une surface de 28 m² avec une forte présence d’humidité et, étant sans emploi, il n’a pas les capacités financières pour assumer un loyer dans le parc privé ;
- il subit des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.
M. A… a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 12 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné Mme C… pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme C… a été entendu au cours de l’audience publique.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 23 février 2022, désigné M. A… comme prioritaire et devant être relogé en urgence. Cette décision vaut pour deux personnes. N’ayant pas reçu de proposition de logement, M. A… a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 27 juillet 2023. Cette demande ayant été implicitement rejetée, M. A… demande au tribunal de condamner l’État à lui verser une somme de 9 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».
Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n’a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d’existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A…, le 23 février 2022, au motif qu’il était en « attente d’un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ». Il résulte de l’instruction que
M. A… justifie vivre avec son épouse, depuis le 25 mars 2018, dans un appartement dont le loyer s’élevait à 650 euros par mois, manifestement inadapté à ses capacités financières dès lors qu’il est sans emploi et donc bénéficie de l’allocation de solidarité spécifique pour laquelle qu’il a déclaré une somme de 7 108 euros au titre des « autres revenus imposables » sur ses revenus au titre de l’année 2021, 6 574 euros au titre de l’année 2022 et 6 599 euros au titre de l’année 2023, et qu’il bénéficie de prestations sociales dont le montant moyen entre février 2022 et septembre 2023 était de 599,8 euros par mois. La persistance de cette situation, à compter du 23 août 2022, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. A… des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. A… en fixant l’indemnisation due à la somme totale de 2 666 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à M. A… la somme de 2 666 euros.
Sur les frais du litige :
M. A… a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 300 euros à verser à Me Belghazi, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A… la somme de 2 666 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L’Etat versera à Me Belghazi une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Belghazi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B… A…, à Me Belghazi, et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La magistrate désignée
J. C…
La greffière
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Justice administrative ·
- Aide juridictionnelle ·
- Statuer ·
- Cartes ·
- Annulation ·
- Commissaire de justice ·
- Titre ·
- Bénéfice ·
- L'etat ·
- Sous astreinte
- Tribunaux administratifs ·
- Justice administrative ·
- Islande ·
- Liechtenstein ·
- Norvège ·
- Pays ·
- Lieu de résidence ·
- Délai ·
- Compétence du tribunal ·
- Union européenne
- Justice administrative ·
- Expertise ·
- Habitat ·
- Etablissement public ·
- Débours ·
- Énergie verte ·
- Sociétés ·
- Travaux publics ·
- Dommage ·
- Mission
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Commissaire de justice ·
- Territoire français ·
- Injonction ·
- Autorisation provisoire ·
- Tribunal judiciaire ·
- Statuer ·
- Privation de liberté
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Juridiction ·
- Saisie ·
- Tribunaux administratifs ·
- Dysfonctionnement ·
- Voies de recours ·
- Droit commun ·
- Copropriété ·
- Pourvoir
- Logement ·
- Crédit d'impôt ·
- Administration ·
- Sociétés ·
- Outre-mer ·
- Interprétation ·
- Investissement ·
- Justice administrative ·
- Procédures fiscales ·
- Intermédiaire
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Territoire français ·
- Pays ·
- Aide juridictionnelle ·
- Justice administrative ·
- Liberté fondamentale ·
- Police ·
- Destination ·
- Droit d'asile ·
- Bangladesh ·
- Asile
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Sous astreinte ·
- Titre ·
- Injonction ·
- Autorisation provisoire ·
- Désistement ·
- Juge des référés ·
- Carte de séjour ·
- L'etat
- Admission exceptionnelle ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Liberté fondamentale ·
- Illégalité ·
- Police ·
- Pays ·
- Carte de séjour ·
- Convention européenne ·
- Sauvegarde
Sur les mêmes thèmes • 3
- Naturalisation ·
- Délai ·
- Justice administrative ·
- Excès de pouvoir ·
- Pièces ·
- Légalité ·
- Mise en demeure ·
- Demande ·
- Décret ·
- Commissaire de justice
- Regroupement familial ·
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Suspension ·
- Afghanistan ·
- Demande ·
- Épouse ·
- Décision implicite ·
- Commissaire de justice ·
- Exécution
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Centre hospitalier ·
- Légalité externe ·
- Délai ·
- Recours contentieux ·
- Auteur ·
- Ordonnance ·
- Juridiction ·
- Autonomie
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.