Rejet 12 février 2026
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Nantes, 6e ch., 12 févr. 2026, n° 2216524 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Nantes |
| Numéro : | 2216524 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 24 février 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 15 décembre 2022, 26 novembre 2024 et le 17 janvier 2026, lequel n’a pas été communiqué, M. A… B…, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le ministre de l’intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation sur recours administratif préalable obligatoire, ensemble la décision du 22 février 2022 du préfet de police de Paris ajournant sa demande à deux ans ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation ou à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d’un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision méconnait les orientations de la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux procédures d’accès à la nationalité française ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le ministre de l’intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B… ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Mounic a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A… B…, ressortissant togolais, né le 16 septembre 1989 demande au tribunal d’annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le ministre de l’intérieur a ajourné à deux ans sa demande d’acquisition de la nationalité française sur recours administratif préalable obligatoire enregistré le 1er mai 2022, ensemble la décision du 22 février 2022 du préfet de police de Paris d’ajournement à deux ans de sa demande.
Sur l’étendue du litige :
2. Aux termes de l’article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : « Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l’objet d’un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l’exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l’exercice d’un recours contentieux, à peine d’irrecevabilité de ce dernier sauf pour les décisions de classement sans suite. /Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. (…)» Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises.
3. La décision du ministre de l’intérieur du 10 octobre 2022 s’est substituée à la décision prise par le préfet de police de Paris le 22 février 2022. Les conclusions de la présente requête doivent, dès lors, être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 10 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. En premier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l’intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l’examen des demandes d’accès à la nationalité française par la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux procédures d’accès à la nationalité française, qui est dépourvue de valeur réglementaire et ne constitue pas des lignes directrices.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « (…) l’acquisition de la nationalité française par décision de l’autorité publique résulte d’une naturalisation accordée par décret à la demande de l’étranger ». En vertu des dispositions de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s’il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l’intérêt d’accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d’opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d’insertion professionnelle et d’autonomie matérielle du postulant.
6. Pour ajourner à deux ans la demande d’acquisition de la nationalité française de M. B…, le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que le parcours professionnel de l’intéressé, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permettait pas de considérer qu’il avait réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu’il ne disposait pas de ressources suffisantes et stables
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B… est entré en France muni d’un titre étudiant pour y poursuivre ses études en master de droit, économie et gestion, mention droit des affaires. A la date de la décision en litige, il justifie d’un emploi à temps partiel chez Auchan, en contrat à durée indéterminée de mars 2019 à juin 2022, exercé à titre accessoire alors qu’il était étudiant et afin de lui permettre de poursuivre ses études. Il ressort également des pièces du dossier qu’un mois avant la décision en litige, le requérant a conclu un contrat à durée déterminée en tant que juriste à compter du 1er septembre 2022 au 31 août 2023 avec la communauté d’agglomération Paris Vallée de la Marne. Si M. B… établit qu’il est toujours embauché par cette même collectivité, cette circonstance est postérieure à la décision en litige. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d’appréciation de l’opportunité d’accorder la naturalisation sollicitée, estimer que le degré d’insertion professionnelle du requérant n’était pas suffisant et ajourner sa demande de naturalisation à la courte durée de deux ans pour ce motif, sans entacher sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B… doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B… est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A… B… et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
M. Huet, premier conseiller,
Mme Mounic, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.
La rapporteure,
S. MOUNIC
Le président,
T. GIRAUD
La greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Enseignement supérieur ·
- Justice administrative ·
- Associations ·
- Éducation nationale ·
- Commissaire de justice ·
- Recherche ·
- Désistement ·
- Expérimentation animale ·
- Expérimentation ·
- Éthique
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Plateforme ·
- Demande ·
- Suspension ·
- Légalité ·
- Commissaire de justice ·
- Victime ·
- Sérieux
- Justice administrative ·
- Renouvellement ·
- Juge des référés ·
- Outre-mer ·
- Injonction ·
- Commissaire de justice ·
- Titre ·
- Urgence ·
- Décision administrative préalable ·
- Exécution
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Agrément ·
- Renouvellement ·
- Justice administrative ·
- Garde d'enfants ·
- Activité ·
- Personne morale ·
- Entrepreneur ·
- Cahier des charges ·
- Sociétés ·
- Personnes
- Justice administrative ·
- Maire ·
- Commune ·
- Période d'essai ·
- Statuer ·
- Irrecevabilité ·
- Conclusion ·
- Annulation ·
- Demande ·
- Commissaire de justice
- Justice administrative ·
- Force publique ·
- Décision de justice ·
- Exécution ·
- Légalité ·
- Urgence ·
- Expulsion ·
- Concours ·
- Juge des référés ·
- Sérieux
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Territoire français ·
- Juge des référés ·
- Recours en annulation ·
- Commissaire de justice ·
- Exécution d'office ·
- Obligation ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Asile
- Commissaire de justice ·
- Liberté fondamentale ·
- Erreur de droit ·
- Or ·
- Assignation à résidence ·
- Convention européenne ·
- Sauvegarde ·
- Aide juridictionnelle ·
- Liberté ·
- Droit d'asile
- Logement ·
- Médiation ·
- Urgence ·
- Astreinte ·
- Commission ·
- Capacité ·
- Habitation ·
- Construction ·
- Injonction ·
- Tribunaux administratifs
Sur les mêmes thèmes • 3
- Abandon de poste ·
- Justice administrative ·
- Radiation ·
- Personne âgée ·
- Administration ·
- Service ·
- Fonction publique ·
- Cadre ·
- Commissaire de justice ·
- Erreur
- Tribunaux administratifs ·
- Justice administrative ·
- Hébergement ·
- Siège ·
- Sous astreinte ·
- Aide juridictionnelle ·
- Délai ·
- Compétence du tribunal ·
- Retard ·
- Ressort
- Tribunal judiciaire ·
- Sécurité sociale ·
- Justice administrative ·
- Adulte ·
- Handicapé ·
- Contentieux ·
- Commissaire de justice ·
- Allocation ·
- Autonomie ·
- Législation
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.