Rejet 2 mars 2026
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Nantes, 12e ch., 2 mars 2026, n° 2419848 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Nantes |
| Numéro : | 2419848 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mars 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, Mme B… A…, représentée par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office à l’issue de ce délai ;
2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l’attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de cette même notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’Etat.
Elle soutient que :
s’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision n’est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
s’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
s’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.
Mme A… a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme A…, ressortissante guinéenne, née le 25 novembre 2001, déclare être entrée irrégulièrement en France le 1er mai 2023. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 14 mai 2024 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 13 novembre 2024. Le préfet de Maine-et-Loire, par un arrêté du 21 novembre 2024 lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office à l’issue de ce délai. Mme A… demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, l’arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il fait application. Il fait état d’éléments concernant la situation personnelle de Mme A…, en relevant notamment que les filles de cette dernière ne résident pas en France, que sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée et que la requérante ne dispose pas en France de liens anciens, intenses et stables. L’arrêté attaqué, qui mentionne ainsi de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui le fondent, est dès lors suffisamment motivé.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
Mme A…, entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2023, ne résidait en France que depuis un an et demi à la date à laquelle l’arrêté litigieux a été pris. Elle ne justifie pas d’attaches familiales ou personnelles en France, tandis que ses deux filles et sa mère ne résident pas en France. Si la requérante se prévaut de son engagement bénévole dans plusieurs associations et de l’apprentissage de la langue française et des valeurs de la République, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir, eu égard à la situation de la requérante appréciée globalement, que l’arrêté attaqué a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire, en l’obligeant à quitter le territoire français, n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, pas plus qu’il n’a commis d’erreur manifeste d’appréciation sur les conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme A….
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
Le présent jugement écartant les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale du fait de l’illégalité de cette décision doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
Le présent jugement écartant les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel Mme A… est susceptible d’être reconduite serait dépourvue de base légale du fait de l’illégalité de cette décision ne peut qu’être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A… doit être rejetée, y compris en ce qu’elle comporte des conclusions à fin d’injonction et une demande présentée au titre des frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er :
La requête de Mme A… est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B… A… et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l’audience du 30 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2026.
La présidente-rapporteure,
V. Gourmelon
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
M. André
La greffière,
Y. Boubekeur
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Médiation ·
- Justice administrative ·
- Tribunaux administratifs ·
- Permis de conduire ·
- Commissaire de justice ·
- Mission ·
- Échange ·
- Recours contentieux ·
- Étranger ·
- Rejet
- Tribunaux administratifs ·
- Justice administrative ·
- Fonctionnaire ·
- Services financiers ·
- Aéronautique ·
- Compétence territoriale ·
- Ressort ·
- Frais médicaux ·
- Juridiction administrative ·
- Terme
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Autorisation provisoire ·
- Exécution ·
- Renouvellement ·
- Injonction ·
- Astreinte ·
- Ordonnance
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Impôt ·
- Intérêts moratoires ·
- Statuer ·
- Restitution ·
- Sociétés ·
- L'etat ·
- Lieu ·
- Versement
- Justice administrative ·
- Dette ·
- Département ·
- Allocations familiales ·
- Commissaire de justice ·
- Statuer ·
- Solidarité ·
- Revenu ·
- Remise ·
- Action sociale
- Pays ·
- Étranger ·
- Éloignement ·
- Interdiction ·
- Territoire français ·
- Résidence ·
- Destination ·
- Asile ·
- Justice administrative ·
- Administration
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Justice administrative ·
- Commissaire de justice ·
- Agent public ·
- Garde des sceaux ·
- Droit commun ·
- Pourvoir ·
- Auteur ·
- Expédition ·
- Ordonnance ·
- Conforme
- Enfant ·
- Etats membres ·
- Asile ·
- Règlement (ue) ·
- Allemagne ·
- Convention internationale ·
- Entretien ·
- Résumé ·
- Justice administrative ·
- Protection
- Justice administrative ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Juge des référés ·
- Demande ·
- Renouvellement ·
- Prolongation ·
- Israël ·
- Référé ·
- Décision implicite
Sur les mêmes thèmes • 3
- Territoire français ·
- Droit d'asile ·
- Procédure administrative ·
- Justice administrative ·
- Pays ·
- Interdiction ·
- Séjour des étrangers ·
- Irrégularité ·
- Ressortissant ·
- Union européenne
- Territoire français ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Liberté fondamentale ·
- Stipulation ·
- Pays ·
- Convention européenne ·
- Sauvegarde ·
- Interdiction ·
- Liberté
- Justice administrative ·
- Territoire français ·
- Tribunaux administratifs ·
- Système d'information ·
- Commissaire de justice ·
- Durée ·
- Pays ·
- Délai ·
- Destination ·
- Interdit
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.