Rejet 7 août 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Paris, 5e sect. - 2e ch., 7 août 2025, n° 2317665 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Paris |
| Numéro : | 2317665 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 10 septembre 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée les 27 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Borg, demande au tribunal : 1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant à l’attribution rétroactive de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) ; 2°) d’enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire et de reconstituer sa carrière en intégrant cette bonification ; 3°) de condamner l’Etat (garde des sceaux, ministre de la justice) de lui verser les sommes correspondantes à la NBI à compter du 1er septembre 2016, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa demande, calculée selon les dispositions du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 et son annexe et de l’arrêté ministériel du 14 novembre 2001, fixant les conditions d’attributions de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre des politiques de la ville dans les services du ministère de la justice, la somme mensuelle correspondant au point d’indice multiplié par le nombre de points mensuellement attribués au titre de la NBI, soit au minimum 30 points, compte tenu du grade et de l’ancienneté ; 4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros à lui verser, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient qu’elle remplit les conditions pour obtenir le bénéfice de la NBI dès lors qu’elle intervient en qualité d’éducatrice au sein de l’Unité Educative Auprès du Tribunal pour Enfants de PARIS (F de PARIS). Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2025, le ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que : – une partie des créances est prescrite ; – à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : – la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ; – la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; – le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ; – le code de justice administrative ; Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience. Ont été entendus au cours de l’audience publique : – le rapport de M. Feghouli, – les conclusions de Mme Nikolic, – et les observations de Me Borg pour Mme C. Considérant ce qui suit : 1. Mme C, éducatrice au sein de la protection judiciaire de la jeunesse, a été affectée le 1er septembre 2016 à l’Unité Educative Auprès du Tribunal pour Enfants de PARIS (F une demande en date du 27 mars 2023, Mme C a sollicité de son administration le bénéfice de la NBI. Par la présente requête, elle demande au tribunal l’annulation de la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a refusé de faire droit à sa demande. Sur les conclusions à fin d’annulation : S’agissant des sommes demandées pour la période antérieure au 1er janvier 2019 2. Aux termes de l’article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l’État, les départements, les communes et les établissements publics : « Sont prescrites, au profit de l’État (..) toutes créances qui n’ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l’année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ». Aux termes de l’article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l’autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l’existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l’administration saisie n’est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l’existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l’auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l’administration qui aura finalement la charge du règlement n’est pas partie à l’instance. / Toute communication écrite d’une administration intéressée, même si cette communication n’a pas été faite directement au créancier qui s’en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l’existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l’année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l’interruption. Toutefois, si l’interruption résulte d’un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l’année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. « 3. Il résulte de ces dispositions que toutes les créances qui n’ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l’année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis sont prescrites au profit de l’Etat. 4. En l’espèce, il est constant que la seule demande préalable adressée par la requérante à son administration visant à l’octroi du bénéfice de la NBI est datée du 27 mars 2023. Dès lors, et comme le soutient à bon droit l’administration, les créances dont se prévaut Mme C et qui sont antérieures au 1er janvier 2019, sont prescrites. S’agissant des sommes demandées pour la période postérieure au 1er janvier 2019 5. Aux termes du I de l’article 27 de la loi du 18 janvier 1991 : » La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. () « . En vertu de l’article 1er du décret du 14 novembre 2001 : » Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret. « Aux termes de l’annexe à ce décret, dans sa version applicable au litige, parmi les fonctions pouvant donner lieu au versement d’une NBI au titre de la politique de la ville aux fonctionnaires du ministère de la justice figurent notamment les fonctions suivantes : » Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d’action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d’un contrat local de sécurité. « 6. Le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire instituée par les dispositions précitées ne constitue pas un avantage statutaire et n’est lié ni au cadre d’emplois, ni au grade, mais dépend seulement de l’exercice effectif des fonctions qui y ouvrent droit. D’autre part, la disposition précitée de l’article 1er du décret du 14 novembre 2001 selon laquelle la nouvelle bonification indiciaire » peut être versée mensuellement dans la limite des crédits disponibles « ne saurait avoir pour objet ni pour effet de dispenser l’administration du respect du principe d’égalité, lequel exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification. 7. En outre, les contrats locaux de sécurité, définis par la circulaire interministérielle du 28 octobre 1997 NOR : INTK9700174C, sont des outils d’une politique de sécurité s’appliquant en priorité aux quartiers sensibles, conclus sous l’impulsion du maire d’une ou plusieurs communes et du représentant de l’Etat dans le département, lorsque la délinquance est particulièrement sensible sur un territoire donné. En application des dispositions de l’article L. 132-11 du code de sécurité intérieure, le préfet de police et le maire de PARIS, qui animent la politique de prévention de la délinquance et en coordonnent la mise en œuvre à PARIS, co-président un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). La circonstance que les contrats locaux de sécurité sont conclus en priorité dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville, présents notamment dans les 17ème et 18ème arrondissements de PARIS, et sont animés, lorsqu’ils existent, par le CLSPD, n’a ni pour objet ni pour effet que tout quartier prioritaire politique de la ville serait couvert par un contrat local de sécurité. 8. Enfin, le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire instituée par les dispositions précitées dépend uniquement de l’exercice effectif des fonctions qui y ouvrent droit et, s’agissant des agents de la protection judiciaire de la jeunesse, en bénéficient ceux qui, indépendamment de leur lieu d’affectation, exercent leur mission, à titre principal, dans le ressort territorial d’un contrat local de sécurité. 9. Afin d’établir qu’il remplit les conditions pour bénéficier de la NBI, Mme C soutient qu’elle exerce ses fonctions d’éducatrice au sein de l’Unité Educative Auprès du Tribunal pour Enfants de PARIS (F) située dans le 17ème arrondissement de PARIS, laquelle intervient auprès d’un public de mineurs placés sous-main de justice et de leurs familles et produit à ce titre, sa fiche de poste ainsi que des extraits des contrats parisien de prévention et de sécurité, assimilables à des contrats locaux de sécurité au sens des dispositions précités, notamment celui en cours dans le 17ème arrondissement signé en 2015 et renouvelé en 2022. Ces éléments ne sont pas sérieusement contestés par le garde des sceaux, ministre de la justice. Ainsi, la requérante, doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe qu’elle a accompli, au titre de la période concernée, la majeure partie de son activité dans le ressort territorial d’un ou plusieurs contrats locaux de sécurité et qu’il remplit ainsi les conditions fixées au 3 de l’annexe du décret du 14 novembre 2001. 10. Il en résulte que Mme C est fondée à demander l’annulation de la décision du garde des sceaux, ministre de la justice lui refusant l’attribution de la nouvelle bonification indiciaire sollicitée. Sur les conclusions à fin d’injonction : 11. Aux termes de l’article L.911-1 du code de justice administrative : » Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public () prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit par la même décision cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure. ". 12. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée et eu égard au motif de cette annulation, implique nécessairement que le garde des sceaux, ministre de la justice attribue le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C à compter du 1er janvier 2019 et lui verse les sommes correspondantes. Il y a lieu à ce titre de lui accorder un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
En ce qui concerne les intérêts : 13. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui sont dues au titre des arriérés de NBI depuis le 1er janvier 2019 à compter de la date de réception de la demande qu’elle a adressée au garde des sceaux, ministre de la justice sur les sommes dues à cette date, puis à compter de la date de chacune des échéances à laquelle la NBI devait être versée. Sur les frais liés au litige : 14. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.D E C I D E : Article 1er : La décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a refusé d’octroyer à Mme C le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la politique de la ville à compter du 1er janvier 2019 est annulée. Article 2 : Il est enjoint au ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice, d’attribuer le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C à compter du 1er janvier 2019 et de lui verser les sommes correspondantes dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Article 3 : Les sommes à verser au titre des arriérés de la nouvelle bonification indiciaire depuis le 1er janvier 2019 porteront intérêts à compter du 28 mars 2023 sur les sommes dues à cette date puis, à compter de la date de chacune des échéances à laquelle la nouvelle bonification indiciaire devait être versée. Article 4 : L’Etat versera à Mme C la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice. Délibéré après l’audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient : – M. Gros, président, – M. Feghouli, premier conseiller, – M. Rebellato, premier conseiller, Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 août 2025. Le rapporteur, Le président, Signé Signé M. FEGHOULI L. GROSLa greffière,SignéC. CHAKELIANLa République mande et ordonne au ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.2N° 2317665
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