Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TJ Amiens, jcp amiens, 27 mars 2026, n° 25/00967 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00967 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 4 avril 2026 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’AMIENS
Chambre de proximité,
[Adresse 1],
[Localité 1]
JCP, [Localité 2]
N° RG 25/00967 – N° Portalis DB26-W-B7J-IR3J
Minute n° :
JUGEMENT
DU
27 Mars 2026
S.A. ICF
C/
,
[W], [I], [H]
Expédition délivrée le 27.03.26
Maître, [Q], [A] ,
[W], [I], [H]
Exécutoire délivrée le 27.03.26
Maître, [Q], [A]
JUGEMENT
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Sous la présidence de Sébastien LIM, Premier Vice-Président, chargé de la chambre de la proximité et de la protection, assisté de Charlotte VIDAL, greffière ;
Après débats à l’audience publique du 09 Février 2026, le jugement suivant a été rendu par mise à disposition au greffe le 27 Mars 2026 ;
ENTRE :
DEMANDEUR :
S.A. ICF,
[Adresse 2],
[Adresse 3],
[Localité 3]
représentée par Maître Franck DELAHOUSSE de la SELARL DELAHOUSSE ET ASSOCIÉS, avocats au barreau d’AMIENS
ET :
DÉFENDEUR :
Monsieur, [W], [I], [H],
[Adresse 4],
[Adresse 5],
[Localité 4]
comparant en personne
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé en date du 12 août 2009, LA SA, [Adresse 6] a donné à bail à Monsieur, [W], [I], [H] un logement situé au, [Adresse 7], logement n°0292088, 4ème étage, porte n°1541, à, [Localité 2] (80), pour un loyer mensuel de 301,95 euros, et 56,41 euros de provisions sur charges.
Par acte de commissaire de justice en date du 12 juin 2025, LA SA D’HLM ICF NORD-EST a fait signifier à Monsieur, [W], [I], [H] un commandement de payer visant la clause résolutoire pour un montant de 1159,94 euros en principal, au titre des loyers et charges impayés.
Par lettre du 18 avril 2025, LA SA D’HLM ICF NORD-EST a saisi la caisse d’allocations familiales.
Par acte de commissaire de justice en date du 22 octobre 2025, LA SA D’HLM ICF NORD-EST a fait assigner Monsieur, [W], [I], [H] devant le juge des contentieux de la protection aux fins de :
à titre principal, constater l’acquisition de la clause résolutoire,ordonner l’expulsion de Monsieur, [W], [I], [H] ainsi que de tout occupant de son chef, avec au besoin l’assistance de la force publique, condamner Monsieur, [W], [I], [H] au paiement des sommes suivantes :la somme de 2204,91 euros au titre de la dette locative,une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer mensuel et des charges locatives, à compter de la résiliation du bail jusqu’à libération effective des lieux,la somme de 1500 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile les dépens,rappeler l’exécution provisoire.
L’assignation a été dénoncée à la préfecture de la SOMME le 27 octobre 2025.
À l’audience du 9 février 2026, Monsieur, [W], [I], [H] a demandé le renvoi indiquant que la dette serait remboursée à la prochaine audience. Il n’a justifié d’aucune pièce au soutien de cette affirmation. La demande de renvoi a été rejetée.
LA SA D’HLM ICF NORD-EST, représentée, maintient ses demandes et actualise sa créance à la somme de 2313,41 euros arrêtée au 31 janvier 2026. Elle est opposée à l’octroi de délais de paiement.
LA SA D’HLM ICF NORD-EST soutient, sur le fondement de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, que Monsieur, [W], [I], [H] n’a pas réglé les sommes réclamées dans le délai requis après la délivrance du commandement de payer du 12 juin 2025. Elle ajoute que la créance de loyer est certaine, liquide et exigible, ce qui justifie la condamnation du locataire à régler l’arriéré de loyers en application de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989. Elle constate que le dernier paiement volontaire enregistré est le virement de la somme de 1000 euros le 28 novembre 2025.
Monsieur, [W], [I], [H] ne conteste pas le principe de la dette mais dit être en retraite depuis le 01er février 2025 et ne toujours pas percevoir ses pensions. Il considère que l’apurement de sa dette et la reprise régulière des paiements n’est qu’une question de temps, qu’il peut bénéficier du soutien financier de ses filles et sur la vente de biens qu’il possède en AFRIQUE.
L’affaire a été mise en délibéré au 27 mars 2026 par mise à disposition au greffe du tribunal.
MOTIFS DE LA DECISION :
Sur les demandes principales :
Sur la recevabilité de la demande :
Conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, une copie de l’assignation aux fins de constat de la résiliation du bail a été notifiée au représentant de l’Etat dans le département le 27 octobre 2025, soit au moins six semaines avant l’audience.
Par ailleurs, il est justifié que la situation d’impayés perdure malgré son signalement à la caisse d’allocations familiales par LA SA D’HLM ICF NORD-EST le 18 avril 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 22 octobre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
En conséquence, la demande de LA SA, [Adresse 6] aux fins de constat de résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers est recevable.
Sur la demande en paiement :
Selon l’article 7a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer les loyers et charges aux termes convenus.
Aux termes de l’article 4 p) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d’expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile. Il résulte de ces dispositions que le bailleur ne peut mettre à la charge du locataire les frais relatifs au recouvrement amiable ou contentieux de sa créance au titre de l’arriéré locatif.
En application de l’article 1353 du code civil, il appartient à celui qui demande l’exécution d’une obligation d’en rapporter la preuve.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du bail signé le 12 août 2009, du commandement de payer délivré le 12 juin 2025 et du décompte de la créance actualisé au 31 janvier 2026 que LA SA D’HLM ICF NORD-EST rapporte la preuve de l’arriéré de loyers et charges impayés.
Il convient de déduire du décompte présenté la somme de 218 ,88 euros imputée pour des frais qui sont au mieux à intégrer aux dépens.
En conséquence, il convient de condamner Monsieur, [W], [I], [H] à payer à LA SA D’HLM ICF NORD-EST la somme de 2094,53 euros, au titre des sommes dues au 31 janvier 2026 avec intérêts au taux légal à compter du présent jugement.
Sur la demande d’acquisition de la clause résolutoire :
Selon l’article 24 la loi du 6 juillet 1989, tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines (deux mois si le bail ou le commandement de payer retient ce délai) après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce, le bail contient une clause résolutoire qui prévoit qu’à défaut de paiement des loyers ou charges après délivrance d’un commandement de payer resté sans effet, le bail sera résilié de plein droit.
Un commandement de payer visant la clause résolutoire, a été signifié par commissaire de justice en date du 12 juin 2025.
Il ressort des pièces communiquées que les sommes dues dont le paiement était demandé n’ont pas été réglées dans le délai requis.
Les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont dès lors réunies et il y a lieu en conséquence de constater la résiliation du bail conclu le 12 août 2009 à compter du 12 août 2025.
Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire :
En application de l’article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Selon l’article 24-VII, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés. Le texte prévoit que la suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans les délais et selon les modalités fixées par le juge et que ces délais ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location, notamment suspendre le paiement des loyers et charges.
Si le locataire se libère de sa dette dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué et dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, Monsieur, [W], [I], [H], propose de s’acquitter des sommes dues de façon échelonnée. Il justifie de sa situation personnelle et financière est donc en mesure de régler la dette locative. Il ressort des éléments communiqués que Monsieur, [W], [I], [H] a réalisé un versement important de 1000 euros en novembre 2025, que le début des impayés coïncide avec son départ en retraite en février 2025, qu’il a manifestement rencontré des difficultés administratives pour percevoir sa pension. Il doit être observé qu’il est locataire depuis 2009, sans incident de paiement signalé avant ceux de la présente procédure, qu’il est âgé, certainement dans un état de santé précaire mais apparaît en mesure de prochainement reprendre le paiement de son loyer et apurer sa dette.
Au vu de ces éléments, il convient donc d’accorder à Monsieur, [W], [I], [H] des délais selon les modalités définies dans le dispositif pour le règlement des sommes dues.
Conformément à la demande, il y a lieu de suspendre les effets de la clause résolutoire pendant cette période, ce qui signifie que si les échéances sont réglées régulièrement, et la dette réglée dans sa totalité, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais joué.
À défaut de règlement d’une des échéances, ou en cas d’impayé, la suspension prendra fin et la clause reprendra son effet, et l’intégralité de la dette restée impayée sera immédiatement exigible par le bailleur.
De plus, l’expulsion de Monsieur, [W], [I], [H] et de tout occupant de son chef sera autorisée. Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur les demandes accessoires :
En application des dispositions des articles 696 et suivants du code de procédure civile, il convient de condamner Monsieur, [W], [I], [H] aux dépens de l’instance comprenant les frais de signification du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la préfecture et de saisine de la Caisse d’allocations familiales.
Il convient également de condamner Monsieur, [W], [I], [H] à payer à LA SA D’HLM ICF NORD-EST la somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Conformément à l’article 514 du code de procédure civile, le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire, de droit.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant en audience publique, par jugement contradictoire, en premier ressort, rendu par mise à disposition au greffe le jour de son délibéré,
DECLARE recevable la demande de LA SA, [Adresse 6] aux fins de constat de l’acquisition de la clause résolutoire,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail conclu le 12 août 2009 entre LA SA D’HLM ICF NORD-EST d’une part, et Monsieur, [W], [I], [H] d’autre part, concernant les locaux situés, [Adresse 7], logement n°0292088, 4ème étage, porte n,°[Adresse 8], à, [Localité 2] (80), sont réunies à la date du 12 août 2025,
CONSTATE la résiliation du bail à compter de cette date,
CONDAMNE Monsieur, [W], [I], [H] à payer à LA SA D’HLM ICF NORD-EST la somme de 2094,53 euros au titre des loyers et charges arrêtés au 31 janvier 2026 échéance de janvier 2026 incluse,
ACCORDE un délai à Monsieur, [W], [I], [H] pour le paiement de ces sommes,
AUTORISE Monsieur, [W], [I], [H] à s’acquitter de la dette en 35 fois, en procédant à 34 versements de 60 euros, et un dernier versement égal au solde de la dette, sauf meilleur accord entre les parties et ce en plus du loyer courant et des charges,
DIT que chaque versement devra intervenir à la même date que le loyer en application du bail,
SUSPEND les effets de la clause résolutoire,
RAPPELLE que la présente décision suspend la procédure d’exécution,
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise,
DIT qu’à défaut de paiement du loyer courant et des charges ou d’une seule mensualité à sa date d’échéance, l’échelonnement sera caduc, la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible, et la clause résolutoire reprendra ses effets, et ce, 15 jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée sans effet,
En ce cas,
ORDONNE, à défaut de départ volontaire des lieux, l’expulsion de Monsieur, [W], [I], [H] ainsi que de tout occupant de son chef, dans un délai de deux mois à compter de la signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, avec l’assistance de la force publique si besoin est, ainsi que le transport des meubles laissés dans les lieux loués, conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d’exécution,
CONDAMNE Monsieur, [W], [I], [H] à payer à LA SA D’HLM ICF NORD-EST une indemnité d’occupation égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges qui auraient été dus, si le bail s’était poursuivi à compter du 12 août 2025 jusqu’à la libération effective des lieux, déduction faite des paiements déjà intervenus,
En tout état de cause,
CONDAMNE Monsieur, [W], [I], [H] à payer à LA SA D’HLM ICF NORD-EST la somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE Monsieur, [W], [I], [H] aux dépens de l’instance, comprenant les frais de signification du commandement de payer du 12 juin 2025, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture, et de la saisine de la Caisse d’allocations familiales,
DEBOUTE LA SA D’HLM ICF NORD-EST de ses autres demandes et prétentions,
RAPPELLE que le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire de droit,
DIT n’y a voir lieu d’écarter l’exécution provisoire de droit du présent jugement,
LE GREFFIER LE JUGE
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Contrats ·
- Tribunal judiciaire ·
- Ordonnance ·
- Clôture ·
- Injonction ·
- Adresses ·
- Mise en état ·
- Cause grave ·
- Révocation ·
- Juge ·
- Avocat
- Locataire ·
- Tribunal judiciaire ·
- Bail ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Clause resolutoire ·
- Commandement de payer ·
- Loyer ·
- Résiliation ·
- Caution ·
- Sociétés
- Finances ·
- Crédit affecté ·
- Vienne ·
- Contrat de crédit ·
- Contentieux ·
- Tribunal judiciaire ·
- Protection ·
- Injonction de payer ·
- Société anonyme ·
- Anonyme
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Désistement ·
- Tribunal judiciaire ·
- Associations ·
- Adresses ·
- Instance ·
- Contentieux ·
- Conseil ·
- Cabinet ·
- Défense ·
- Jugement
- Adresses ·
- Successions ·
- Contributif ·
- Tribunal judiciaire ·
- Désistement d'instance ·
- Recours ·
- Héritier ·
- Remboursement ·
- Tierce personne ·
- Action
- Relations du travail et protection sociale ·
- Protection sociale ·
- Adresses ·
- Assesseur ·
- Tribunal judiciaire ·
- Recours administratif ·
- Renard ·
- Chambre du conseil ·
- Commission ·
- Personnes ·
- Autonomie ·
- Partie
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Copropriété : droits et obligations des copropriétaires ·
- Autres demandes relatives à la copropriété ·
- Biens - propriété littéraire et artistique ·
- Four ·
- Dette ·
- Syndicat de copropriétaires ·
- Paiement ·
- Immeuble ·
- Exécution ·
- Crédit ·
- Immobilier ·
- République ·
- Délais
- Tribunal judiciaire ·
- Assesseur ·
- Travailleur non salarié ·
- Protection sociale ·
- Travailleur salarié ·
- Adresses ·
- Maladie professionnelle ·
- Ville ·
- Jugement ·
- Protection
- Livraison ·
- Compte courant ·
- Facture ·
- Code civil ·
- Preuve ·
- Produit phytopharmaceutique ·
- Procédure civile ·
- Créanciers ·
- Titre ·
- Exécution
Sur les mêmes thèmes • 3
- Droits attachés à la personne ·
- Droit des personnes ·
- Centre hospitalier ·
- Maire ·
- Notification ·
- Juge ·
- L'etat ·
- Charges ·
- État ·
- Dépens ·
- Fait
- Enfant ·
- Contribution ·
- Père ·
- Vacances ·
- Mariage ·
- Divorce ·
- Parents ·
- Prestation compensatoire ·
- Date ·
- Droit de visite
- Assesseur ·
- Tribunal judiciaire ·
- Conforme ·
- Adresses ·
- Copie ·
- Sociétés ·
- Partie ·
- Accident du travail ·
- Incapacité ·
- Siège social
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.