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Sur la décision
| Référence : | TA Bastia, 5 sept. 2025, n° 2500985 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Bastia |
| Numéro : | 2500985 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Expertise / Médiation |
| Date de dernière mise à jour : | 9 septembre 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2025, M. E B, représenté par Me Vaillier, demande au tribunal d’ordonner, sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale afin de déterminer les responsabilités et d’évaluer les préjudices qu’il estime avoir subis à la suite de sa prise en charge par le centre hospitalier d’Ajaccio, le 18 septembre 2024.
Il soutient qu’une expertise, dont les frais seront supportés par le centre hospitalier d’Ajaccio, est utile afin de déterminer s’il y a eu des manquements dans sa prise en charge et d’évaluer les préjudices susceptibles d’en résulter.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2025, le centre hospitalier d’Ajaccio et la société Relyens mutual insurance, représentés par Me Gasquet-Seatelli, déclarent ne pas s’opposer à la mesure d’expertise sollicitée, demandent que la mesure d’expertise soit complétée et que les frais soient mis à la charge de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. () ».
2. La demande d’expertise présentée par M. B à l’effet de recueillir les éléments susceptibles de permettre au tribunal de déterminer les responsabilités éventuellement encourues ainsi que les préjudices résultant de sa prise en charge par le centre hospitalier d’Ajaccio le 18 septembre 2024, entre dans le champ d’application des dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à sa demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l’expert comme il est dit à l’article 1er ci-après de la présente ordonnance.
3. Enfin, les dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d’expertise à la charge de l’une ou l’autre des parties. Il s’ensuit que la demande de M. B tendant à ce que les frais d’expertise soient avancés par le centre hospitalier d’Ajaccio, et la demande du centre hospitalier d’Ajaccio tendant à ce que les frais d’expertise soient avancés par le requérant sont prématurées et ne peuvent, par suite, qu’être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A D, inscrit sur la liste des experts auprès de la cour d’appel de Bastia, demeurant cabinet d’expertise médicale, 647 avenue de la Libération à Bastia (20600), est désigné avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l’état de santé de M. B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier d’Ajaccio, convoquer et entendre les parties et tous sachants et procéder à l’examen sur pièces du dossier médical de M. B ainsi qu’éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l’état de santé de M. B et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier d’Ajaccio, les soins qui lui ont été dispensés dans cet établissement ; décrire l’état pathologique de M. B ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s’ils étaient adaptés à l’état de M. B et aux symptômes qu’il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier d’Ajaccio et l’utilité des gestes opératoires pratiqués ;
4°) réunir, de manière générale, tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l’organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de M. B ; rechercher si les diligences nécessaires pour l’établissement d’un diagnostic exact ont été mises en œuvre et si dans l’hypothèse d’un retard de diagnostic, celui-ci était particulièrement difficile à établir ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l’art ; déterminer les raisons de la dégradation de l’état de santé de M. B ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l’état initial de M. B, ou l’évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct et certain avec un manquement reproché à l’établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
6°) donner son avis sur le point de savoir si les dommages dont M. B a été victime, procèdent d’une infection nosocomiale et, dans cette hypothèse, en préciser l’origine, la nature et les conditions de sa prise en charge et notamment si les mesures d’asepsie ont été correctement respectées ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si les manquements constatés ont fait perdre à M. B une chance d’éviter de voir son état de santé se dégrader en raison de ces manquements ; donner son avis sur l’ampleur (pourcentage) de la chance perdue ;
8°) indiquer à quelle date l’état de santé de M. B peut être considéré comme consolidé ; préciser s’il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l’affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable aux manquements éventuellement constatés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l’intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l’importance ;
9°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l’examen des questions précédemment définies.
L’expert disposera des pouvoirs d’investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l’accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L’expert accomplira la mission définie à l’article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l’exception du troisième alinéa de l’article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Les opérations d’expertise auront lieu contradictoirement entre M. B, le centre hospitalier d’Ajaccio et la société Relyens mutual insurance.
Article 4 : L’expert avertira les parties conformément aux dispositions de l’article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L’expert déposera son rapport au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l’expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s’opérer sous forme électronique. L’expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 6 : Les frais et honoraires de l’expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l’ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au centre hospitalier d’Ajaccio, à la société Relyens mutual insurance, et à M. A D, expert.
Fait à Bastia, le 5 septembre 2025.
La présidente du tribunal,
Signé
A. Baux
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. Mannoni
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