Rejet 1 avril 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Grenoble, 1er avr. 2025, n° 2503432 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Grenoble |
| Numéro : | 2503432 |
| Dispositif : | Satisfaction totale |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
M. B C et Mme G E, agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux de leurs enfant mineurs A, F et D, représentés par Me Korn, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre la décision par laquelle la préfète de l’Isère a fixé une date tardive pour l’enregistrement de leurs demandes d’asile ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère d’enregistrer leurs demandes d’asile dans un délai de trois jours ouvrés et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de les admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1990 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
— l’urgence est caractérisée dès lors qu’ils sont privés du bénéfice des conditions matérielles d’accueil du demandeur d’asile ;
— en différant l’enregistrement de leurs demandes d’asile et en les privant de ce fait du bénéfice des conditions matérielles d’accueil, le préfet de l’Isère porte une atteinte grave aux libertés fondamentales que constituent le droit d’asile, le respect de la dignité humaine et le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant ;
— cette atteinte est manifestement illégale dès lors que l’administration méconnaît l’article L. 521-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en intervention enregistré le 1er avril 2025, l’association d’aide aux demandeurs d’asile (ADA) conclut aux mêmes fins que la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— la Constitution et notamment son préambule ;
— le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
— la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue en présence de M. Morand, greffier d’audience, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu Me Korn, avocate de M. B C et Mme G E.
Considérant ce qui suit :
1. Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. B C et Mme G E, il y a lieu d’admettre provisoirement ces derniers à l’aide juridictionnelle en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
2. L’association Accueil demandeurs d’asile justifie d’un intérêt suffisant à l’injonction demandée. Ainsi, son intervention à l’appui de la requête formée par M. B C et Mme G E est admise.
3. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».
4. Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. L’article L. 521-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que l’enregistrement de la demande d’asile « a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l’autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu’un nombre élevé d’étrangers demandent l’asile simultanément ».
5. Il résulte par ailleurs des dispositions de l’articles L. 551-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que seules les personnes ayant enregistré leur demande d’asile sont susceptibles de bénéficier des conditions matérielles d’accueil proposées par l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Par suite, la privation du bénéfice de ces dispositions en raison d’un délai d’enregistrement de la demande d’asile qui excède les délais légaux mentionnés au point précédent peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu’il tient de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu’elle est manifestement illégale et qu’elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d’asile.
6. Il résulte de l’instruction que M. B C et Mme G E, ressortissants angolais, se sont présentés avec leurs trois enfants mineurs le 25 mars 2025 au bureau de l’association ADATE, en charge du premier accueil des demandeurs l’asile. Il leur a été remis une invitation à se présenter à la préfecture de l’Isère pour l’enregistrement de leurs demandes d’asile le 15 mai 2025. Les requérants soutiennent sans être contredits qu’ils dorment dans la rue avec leurs trois enfants âgés de 15, 9 et 5 ans. Ils sont dès lors fondés à soutenir que la privation du bénéfice des dispositions relatives à l’accueil des demandeurs d’asile en raison d’un délai d’enregistrement de leur demande de plus d’un mois, qui comporte pour eux des conséquences graves, porte une atteinte manifestement illégale au droit d’asile.
7. Eu égard à la situation de grande précarité des requérants et à la durée de plus d’un mois et demi du délai pendant lequel ils sont privés des droits résultant de l’enregistrement de leurs demandes d’asile, la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
8. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Isère de fixer un rendez-vous à M. B C et Mme G E pour l’enregistrement de leurs demandes d’asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai.
9. Eu égard à l’urgence qui s’attache au règlement du présent litige, il y a lieu d’admettre M. B C et Mme G E, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que l’avocate de M. B C et Mme G E renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de ses clients à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 500 euros à verser à Me Korn. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B C et Mme G E par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 500 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : L’intervention de l’association ADA est admise.
Article 2 : M. C et Mme E sont admis à l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l’Isère de fixer un rendez-vous à M. C et Mme E pour l’enregistrement de leurs demandes d’asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai.
Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de M. C et Mme E à l’aide juridictionnelle et sous réserve que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Korn une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C et Mme E par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 500 euros leur sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Mme G E, à Me Korn, au ministre de l’intérieur et à la préfète de l’Isère.
Fait à Grenoble, le 1er avril 2025.
Le juge des référés,
T. PFAUWADEL
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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