Rejet 22 février 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Mayotte, 22 févr. 2025, n° 2500233 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Mayotte |
| Numéro : | 2500233 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mars 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février 2025, Mme A… D…, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 20 février 2025 du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
2°) d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle peut être éloignée à tout moment sur le fondement de la mesure d’éloignement litigieuse ;
- l’obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à l’intérêt supérieur de l’enfant, protégé par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite s’agissant de l’interdiction de retour ;
- l’obligation de quitter le territoire français ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Beddeleem, conseillère, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 21 février 2025 à 14h (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B… étant greffier d’audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu, au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Beddeleem, juge des référés ;
les observations de Me Ratrimoarivony, substituant Me Belliard, qui conclut aux mêmes fins que la requête et qui conclut, en outre, en raison de l’éloignement de la requérante, à la suspension de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, et demande à ce qu’il soit enjoint au préfet de Mayotte d’organiser son retour dans un délai de 48 heures ; il ajoute, en outre, que les décisions en litige méconnaissent son droit à un recours effectif protégé par l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
et les observations de M. C…, pour le préfet de Mayotte.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A… D…, ressortissante comorienne née le 26 mars 2002, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
3. En premier lieu, dès lors que Mme D… fait l’objet d’une mesure d’éloignement présentant un caractère exécutoire, elle justifie de l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l’obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
5. Il résulte de l’instruction que Mme D… réside habituellement à Mayotte depuis l’année 2018, et qu’elle y a été scolarisée de 2018 à 2023. Elle réside avec un compatriote en situation régulière et leurs trois enfants, nés en 2021, 2022 et 2025, les parents contribuant ensemble à l’entretien et à l’éducation des enfants. Dans ces conditions, Mme D… est fondée à soutenir que le préfet en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, a porté, au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement grave et illégale au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’obligation de quitter le territoire sans délai prise à l’encontre de la requérante par le préfet de Mayotte.
Sur les autres conclusions de la requête :
6. D’une part, Mme D… ne justifie d’aucune urgence ou circonstances particulières à ce que le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2, enjoigne au préfet de Mayotte d’organiser son retour sur le territoire français dans un délai de 48 heures, dès lors notamment que ses enfants sont avec leur père. La circonstance, à la supposer établie, que le préfet aurait porté atteinte au droit à un recours effectif, au sens de l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en mettant à exécution prématurément la mesure d’éloignement prise à son encontre, n’est pas plus de nature, en l’espèce, à justifier le prononcé d’une injonction de retour. Par suite, il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet de Mayotte d’organiser son retour, ni de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 800 euros à Mme D… au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 20 février 2025 par lequel le préfet de Mayotte a fait obligation à Mme D… de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour est suspendue.
Article 2 : L’Etat versera à Mme D… la somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A… D… et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au ministre des outre-mer conformément aux dispositions de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 22 février 2025.
La juge des référés,
J. BEDDELEEM
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Territoire français ·
- Illégalité ·
- Délivrance ·
- Carte de séjour ·
- Tiré ·
- Pays ·
- Départ volontaire ·
- Cartes
- Territoire français ·
- Départ volontaire ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Interdiction ·
- Délai ·
- Obligation ·
- Justice administrative ·
- Illégalité ·
- Tiré
- Citoyen ·
- Associations ·
- Justice administrative ·
- Agence régionale ·
- Commissaire de justice ·
- Bretagne ·
- Juridiction administrative ·
- Ondes électromagnétiques ·
- Abus d'autorité ·
- Compétence
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Territoire français ·
- Interdiction ·
- Séjour des étrangers ·
- Droit d'asile ·
- Ressortissant ·
- Justice administrative ·
- Liberté fondamentale ·
- Vie privée ·
- Stipulation ·
- Accord
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Demande ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Commissaire de justice ·
- Urgence ·
- Décision administrative préalable ·
- Citoyen ·
- Substitution
- Justice administrative ·
- Voyage ·
- Recours gracieux ·
- Nationalité ·
- Administration ·
- Garde des sceaux ·
- Document d'identité ·
- Passeport ·
- Cartes ·
- Retrait
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Pédiatrie ·
- Autorisation ·
- Candidat ·
- Spécialité ·
- Compétence ·
- Médecin ·
- Commission nationale ·
- Santé ·
- Décret ·
- Consolidation
- Taxes foncières ·
- Prix de revient ·
- Réclamation ·
- Propriété ·
- Valeur ·
- Impôt ·
- Administration fiscale ·
- Contribuable ·
- Base d'imposition ·
- Industriel
- Agence régionale ·
- Médecine nucléaire ·
- Justice administrative ·
- Centre hospitalier ·
- Hôpitaux ·
- Santé ·
- Site ·
- Commissaire de justice ·
- Désistement ·
- Médecine
Sur les mêmes thèmes • 3
- Mayotte ·
- Justice administrative ·
- Juge des référés ·
- Visa ·
- Commissaire de justice ·
- Urgence ·
- Décision administrative préalable ·
- Demande ·
- Non-rétroactivité ·
- Carte de séjour
- Justice administrative ·
- Maire ·
- Commune ·
- Révocation ·
- Urgence ·
- Sanction ·
- Suspension ·
- Mayotte ·
- Juge des référés ·
- Conseil
- Territoire français ·
- Autorisation provisoire ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Justice administrative ·
- Résidence ·
- Délai ·
- Annulation ·
- Titre ·
- République du congo
Textes cités dans la décision
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.