Rejet 18 mai 2026
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Sur la décision
| Référence : | TA Paris, 18 mai 2026, n° 2613875 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Paris |
| Numéro : | 2613875 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 27 mai 2026 |
Sur les parties
| Parties : | préfet de police |
|---|
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2026, Mme A… B…, représentée par Me Carles, doit être regardée comme demandant à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de la décision du 26 décembre 2025 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- celle-ci est présumée s’agissant d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour, et par ailleurs, la décision litigieuse compromet la poursuite de ses études et met en péril son emploi, unique source de revenus, l’exposant à une situation de précarité ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C… pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de suspension :
Mme B…, ressortissante turque née le 2 mai 2001, a sollicité le 19 juin 2025 le renouvellement du titre de séjour portant la mention « étudiant » dont elle bénéficiait, valable du 7 octobre 2023 au 6 octobre 2024. Elle a par la suite été mise en possession d’attestations de prolongation d’instruction, dont la dernière a expiré le 14 mars 2026. Le 26 décembre 2025, l’agent instructeur du ministère de l’intérieur et des outre-mer a clôturé sa demande en ligne de titre de séjour, au motif qu’en dépit des relances qui lui avaient été adressées, Mme B… a présenté un dossier incomplet qui n’a pu faire l’objet d’une instruction. Par la présente requête, Mme B… demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision de clôture.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
Pour l’application des dispositions ci-dessus reproduites de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
Aux termes de l’article R. 431-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si l’étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants: / 1° L’étranger qui dispose d’un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l’article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l’expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l’article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l’expiration du document dont il est titulaire ; (…) ». Aux termes de l’article L. 411-1 du même code : « Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l’un des documents de séjour suivants : (…) 3° Une carte de séjour temporaire ; (…) ».
Il résulte de l’instruction que Mme B… a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour mention « étudiant », qui expirait le 6 octobre 2024, le 19 juin 2025, soit après l’expiration de la période comprise entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour précédant l’expiration de son titre de séjour. Sa demande doit dès lors s’analyser comme une première demande de séjour. Dans ces conditions, Mme B… ne peut bénéficier d’une présomption d’urgence s’attachant à sa situation, et il lui appartient d’établir que la décision attaquée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour justifier la suspension de son exécution, dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant au fond sur sa légalité.
Par ordonnance n° 2613290 rendue le 30 avril 2026, le juge des référés a déjà rejeté une première requête de Mme B… tendant aux mêmes fins que la présente instance, pour défaut d’urgence, au motif que si la requérante invoquait le risque de perdre son emploi, la lettre de son employeur qu’elle produisait, au demeurant non datée, n’établissait pas la réalité et l’imminence de ce risque. Si la requérante verse au dossier une lettre de son employeur datée du 4 mai 2026, cette lettre se borne à indiquer qu’en l’absence de transmission d’un justificatif de séjour et de travail au plus tard le 5 juin 2026, il serait dans l’obligation de « constater l’impossibilité de maintenir [son] emploi au sein de l’entreprise, ce qui entraînerait la cessation de [son] contrat de travail ». Un tel document ne permet dès lors pas de justifier de la réalité de la perte de son emploi. Par ailleurs, la circonstance, au demeurant non établie par les pièces du dossier, que la décision attaquée compromet son inscription en Master pour la rentrée 2026, ne suffit pas à établir l’urgence. Dans ces conditions, Mme B… ne peut être regardée comme justifiant, par les seuls éléments dont elle fait état, d’une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B… est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A… B….
Fait à Paris, le 18 mai 2026.
La juge des référés,
A. C…
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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