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Sur la décision
| Référence : | TJ Lyon, ppp pole circuit long s3, 20 nov. 2025, n° 24/03725 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/03725 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 29 décembre 2025 |
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Texte intégral
DOSSIER N° RG 24/03725 – N° Portalis DB2H-W-B7I-2B4U
Jugement du 20/11/2025
MINUTE N°
PPP PÔLE CIRCUIT LONG S3
[S] [Z]
C/
L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT
Le :
Copie exécutoire délivrée
à Me MENUT (T.1993)
Expédition délivrée à :
Me VERRIER (T.1135)
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LYON
PÔLE DE LA PROXIMITE ET DE LA PROTECTION
JUGEMENT
A l’audience publique du tribunal judiciaire tenue le jeudi vingt novembre deux mil vingt cinq,
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
JUGE : AZOULAY Avner
GREFFIER : GAVAGGIO Anna
ENTRE :
DEMANDEUR
Monsieur [S] [Z],
demeurant 94 allée Rimbaud – Les lotissements Murets
07700 BOURG SAINT ANDEOL
représenté par Me Charlie MENUT, avocat au barreau de LYON, vestiaire : 1993
d’une part,
DEFENDEUR
L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT,
dont le siège social est sis 6 rue Louise Weiss – 75013 PARIS
représenté par Me Karen-Maud VERRIER, avocat au barreau de LYON, vestiaire : 1135
Cité à personne morale par acte de commissaire de justice en date du 24 avril 2024.
d’autre part
Date de la première audience : 14/01/2025
Date de la mise en délibéré : 16/06/2025
EXPOSE DU LITIGE
Par acte du 24/04/2024, Monsieur [S] [Z] a assigné l’agent judiciaire de l’État aux fins de le voir condamner, sur le fondement de l’article L.141-1 du code de l’organisation judiciaire, au paiement de la somme de 5 600 € au titre du préjudice moral et du préjudice économique et de celle de 1 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile, le tout assorti de l’exécution provisoire.
A l’appui de sa demande, Monsieur [S] [Z] expose qu’il a saisi le conseil des prud’hommes de LYON le 24/02/2016 et qu’après appel et pourvoi en cassation, il a subi un retard préjudiciable pour obtenir Justice.
Monsieur [S] [Z] fait valoir un retard de traitement qu’il estime à 28 mois et en conséquence que la durée de la procédure est excessive et constitue un déni de justice de nature à engager la responsabilité de l’État.
Dans des dernières écritures, l’agent judiciaire de l’Etat demande de limiter l’indemnisation du requérant à de plus justes proportions tout comme les sommes dues au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Les parties ont maintenu leurs demandes lors de l’audience en date du 16 juin 2025, date à laquelle l’affaire a été mise en délibéré.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article L.141-1 du code de l’organisation judiciaire, l’Etat est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service public de la justice ; cette responsabilité n’est engagée que par une faute lourde ou par un déni de justice.
La faute lourde est définie comme toute déficience caractérisée par un fait ou une série de faits traduisant l’inaptitude du service public de la justice à remplir la mission dont il est investi.
Un déni de justice correspond à un refus d’une juridiction de statuer sur un litige qui lui est présenté ou au fait de ne procéder à aucune diligence pour instruire ou juger les affaires ; il constitue une atteinte à un droit fondamental et, s’appréciant sous l’angle d’un manquement du service public de la justice à sa mission essentielle, il englobe, par extension, tout manquement de l’Etat à son devoir de protection juridictionnelle de l’individu, qui comprend celui de répondre sans délai anormalement long aux requêtes des justiciables, conformément aux dispositions de l’article 6-1 de la Convention européenne des droits de l’homme.
L’appréciation d’un allongement excessif du délai de réponse judiciaire, susceptible d’être assimilé à un refus de juger et, partant, à un déni de justice engageant la responsabilité de l’Etat sur le fondement de l’article L.141-1 du code de l’organisation judiciaire, s’effectue de manière concrète, au regard des circonstances propres à chaque procédure, en prenant en considération les conditions de déroulement de la procédure, la nature de l’affaire, son degré de complexité, le comportement des parties en cause, ainsi que l’intérêt qu’il peut y avoir pour l’une ou l’autre des parties, compte tenu de sa situation particulière, des circonstances propres au litige, et, le cas échéant, de sa nature même, à ce qu’il soit tranché rapidement.
Il est admis par la jurisprudence qu’un délai de 12 mois entre la saisine et l’audience de jugement est un délai raisonnable, il convient donc de retrancher ce délai du délai total de retard.
En l’espèce, il convient de considérer chacune des phases procédurales.
La saisine du conseil des prud’hommes le 24 février 2016 avec une audience fixée le 16 mars 2016 ne pose aucune difficulté.
Le délai d’audiencement devant le bureau de jugement en novembre 2016 induit par contre un retard estimable à 3 mois compte tenu des vacations estivales à déduire.
Le renvoi opéré à février 2017 ne pose aucune difficulté.
Le délibéré fixé au 30 mai 2017 n’est pas plus problématique.
La déclaration d’appel le 29 juin 2017 et l’arrêt du 17 mai 2018 opérant sursis à statuer induit aussi un retard qu’il convient de limiter à 3 mois.
La demande de réinscription de l’affaire du 20 novembre 2019 et l’audience de plaidoirie du 7 décembre 2021 impose de retenir un retard de 10 mois.
L’audience de plaidoirie précitée et l’arrêt rendu le 13 avril 2022 permettra de retenir un délai de retard deux mois.
Le tribunal estime en conséquence que la responsabilité de l’Etat est engagée pour déni de justice en raison d’un délai anormalement long de la procédure et qui sera fixé à 18 mois.
Ainsi, la demande formée au titre du préjudice moral est justifiée, dès lors qu’un procès est nécessairement source d’une inquiétude pour le justiciable et qu’une attente prolongée non justifiée induit un préjudice dû au temps d’inquiétude supplémentaire.
Mais l’indemnité allouée en réparation du préjudice moral ne saurait excéder celui que le dépassement excessif du délai raisonnable de jugement cause nécessairement ; le préjudice moral de Monsieur [S] [Z] sera en conséquence entièrement réparé par l’allocation de la somme de 2700 €.
Il est équitable d’allouer à Monsieur [S] [Z] la somme de 600 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
L’exécution provisoire est de droit en vertu de l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS,
Le tribunal judiciaire pris en son pôle de proximité et de la protection, statuant publiquement par décision contradictoire, prise en premier ressort et par mise à disposition au greffe,
Condamne l’Agent judiciaire de l’Etat à payer à Monsieur [S] [Z] la somme de 2700 euros à titre de dommages et intérêts et celle de 600 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
Rejette les plus amples demandes,
Condamne l’Agent judiciaire de l’Etat aux dépens,
Rappelle que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
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