Rejet 28 juin 1918
Résumé de la juridiction
En décidant, par le décret du 10 septembre 1914, que l’application de l’article 65 de la loi du 22 avril 1905, relatif à la communication de leur dossier aux fonctionnaires avant toutes mesures disciplinaires, serait suspendue pendant la durée des hostilités, le Président de la République, à raison des conditions dans lesquelles s’exerçaient, en fait, à cette époque, les pouvoirs publics, n’a pas outrepassé les droits qu’il tient des lois constitutionnelles. Grief tiré de l’inaccomplissement des formalités prévues par le décret du 16 septembre 1914 : rejet comme manquant en fait.
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Sur la décision
| Référence : | CE, 28 juin 1918, n° 63412, Lebon |
|---|---|
| Juridiction : | Conseil d'État |
| Numéro : | 63412 |
| Importance : | Publié au recueil Lebon |
| Type de recours : | Recours pour excès de pouvoir |
| Dispositif : | REJET |
| Identifiant Légifrance : | CETATEXT000007637204 |
| Identifiant européen : | ECLI:FR:CEORD:1918:63412.19180628 |
Sur les parties
| Président : | M. Romieu |
|---|---|
| Rapporteur : | M. Benoist |
| Rapporteur public : | M. A. Ripert |
Texte intégral
Vu la requête présentée par le sieur X…, ex-dessinateur civil de 2e classe du génie militaire, demeurant à Nice, ladite requête enregistrée au Secrétariat du Contentieux du Conseil d’Etat le 5 juin 1917, et tendant à ce qu’il plaise au Conseil annuler la décision en date du 22 octobre 1916, par laquelle le ministre de la Guerre l’a révoqué de ses fonctions ; Vu le décret du 10 septembre 1914 ; le décret du 16 septembre 1914 ; Vu la loi constitutionnelle du 25 février 1875, article 3 ;
Considérant que, pour demander l’annulation, pour excès de pouvoir, de la décision, en date du 22 octobre 1916, qui l’a révoqué de son emploi de dessinateur de deuxième classe du génie, le sieur X… soutient, d’une part, qu’il avait droit à la communication des pièces de son dossier, en vertu de l’article 65 de la loi du 22 avril 1905, dont l’application n’a pu être suspendue par le décret du 10 septembre 1914 ; d’autre part, que, en tous cas, les formalités prévues au décret du 16 septembre 1914 n’ont pas été observées ;
Sur le premier point : Considérant que, par l’article 3 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875, le Président de la République est placé à la tête de l’Administration française et chargé d’assurer l’exécution des lois ; qu’il lui incombe, dès lors, de veiller à ce qu’à toute époque les services publics institués par les lois et règlements soient en état de fonctionner, et à ce que les difficultés résultant de la guerre n’en paralysent pas la marche ; qu’il lui appartenait, à la date du 10 septembre 1914, à laquelle est intervenu le décret dont la légalité est contestée, d’apprécier que la communication, prescrite par l’article 65 de la loi du 22 avril 1905, à tout fonctionnaire de son dossier préalablement à toute sanction disciplinaire, était, pendant la période des hostilités, de nature à empêcher dans un grand nombre de cas l’action disciplinaire de s’exercer et d’entraver le fonctionnement des diverses administrations nécessaires à la vie nationale. Qu’à raison des conditions dans lesquelles s’exerçaient, en fait, à cette époque, les pouvoirs publics, il avait la mission d’édicter lui-même les mesures indispensables pour l’exécution des services publics placés sous son autorité ;
Considérant, qu’en décidant, par le décret pris à la date sus-indiquée, que l’application de l’article 65 serait suspendue provisoirement pendant la durée de la guerre, avec faculté pour les intéressés de se pourvoir après la cessation des hostilités en révision des décisions qui auraient été ainsi prises à leur égard, le Président de la République n’a fait qu’user légalement des pouvoirs qu’il tient de l’article 3 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875, et qu’ainsi, la décision du ministre de la Guerre, rendue conformément aux dispositions dudit décret, n’est pas entachée d’excès de pouvoir ;
Sur le deuxième point : Considérant qu’il résulte de l’instruction que la décision attaquée a été rendue sur le vu d’un rapport du chef du génie de Nice, et à la suite d’un interrogatoire auquel a été soumis le sieur X… et au cours duquel il lui était loisible de provoquer tout éclaircissement sur les griefs relevés contre lui, et de produire ses explications et ses moyens de défense ; qu’ainsi, il a été satisfait aux prescriptions du décret du 16 septembre 1914 ;
DECIDE : Article 1er : La requête susvisée du sieur X… est rejetée. Article 2 : Expédition … Guerre.
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