Annulation 2 décembre 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Bordeaux, 1re ch., 2 déc. 2025, n° 2305096 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Bordeaux |
| Numéro : | 2305096 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 5 décembre 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 novembre 2025, ce dernier n’ayant pas été communiqué, Mme A… B… demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 20 mars 2023 par laquelle la rectrice de l’académie de Bordeaux a rejeté sa demande tendant au remboursement des frais de déplacement engagés de septembre 2017 à décembre 2022 ;
2°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Bordeaux de lui verser la somme de 865,35 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2023, sous astreinte de 250 euros par mois de retard.
Elle soutient que :
- dans le cadre de ses fonctions, elle est amenée à se déplacer dans la circonscription et a été autorisée à utiliser son véhicule personnel ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- en lui opposant un motif tiré de l’insuffisance de budget, l’administration a méconnu les dispositions des articles 3 et 10 du décret n°2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnes civil de l’Etat et de l’article 1 de l’arrêté du 14 mars 2022 modifiant l’arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités kilométriques prévues à l’article 10 du décret n°2006-781 précité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2025, le recteur de l’académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
La requête est tardive en ce que le délai de recours contentieux de deux mois prescrit par l’article L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration n’a pas été respecté ;
La requête est irrecevable en ce qu’elle tend à faire annuler une décision de rejet d’une réclamation indemnitaire ;
Les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l’Etat ;
- l’arrêté du 20 décembre 2013 pris pour l’application du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 et portant politique des voyages des personnels civils des ministères chargés de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche ;
- l’arrêté du 14 mars 2022 modifiant l’arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités kilométriques prévues à l’article 10 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bourgeois, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Jaouen, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme B….
Considérant ce qui suit :
Mme A… B…, psychologue de l’éducation nationale, rattachée au réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) de la circonscription de Saint-André-de-Cubzac, est amenée à se déplacer régulièrement, pour les besoins de ses fonctions, auprès des différents établissements dépendant dudit réseau. Le 8 mars 2023, elle a formé un recours gracieux pour demander l’indemnisation de ses frais de déplacement et de repas engagés de septembre 2017 à décembre 2022. Par une décision du 20 mars 2023, le directeur des services départementaux de l’éducation nationale a rejeté sa demande. Par courrier du 5 juillet 2023, Mme B… a formé un recours gracieux contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l’administration sur ce recours. Mme B… doit être regardée comme demandant l’annulation de ces décisions.
Sur les fins de non-recevoir :
En premier lieu, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (…) / » Son article R. 421-5 dispose : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. »
L’administration n’apporte pas la preuve de la date de notification de la décision du 20 mars 2023 rejetant la demande de Mme B… tendant au paiement des frais kilométriques, qui ne comporte d’ailleurs pas la mention des voies et délais de recours. Ainsi, le délai de recours contentieux de deux mois prévu par les dispositions précitées n’est pas opposable à la requérante. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit donc être écartée.
En deuxième lieu, il résulte des termes de la requête que Mme B… demande au tribunal non pas d’annuler le rejet d’une réclamation indemnitaire, mais d’annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par l’administration sur son recours gracieux tendant au règlement de ses frais kilométriques, recours qu’il lui est loisible de présenter devant la juridiction. Ainsi, sa demande d’annulation de cette décision est recevable.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 3 du décret n°2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l’Etat : « Lorsque l’agent se déplace pour les besoins du service à l’occasion d’une mission, d’une tournée ou d’un intérim, il peut prétendre : / -à la prise en charge de ses frais de transport ; / -à des indemnités de mission qui ouvrent droit, cumulativement ou séparément, selon les cas, au remboursement forfaitaire des frais supplémentaires de repas, au remboursement forfaitaire des frais et taxes d’hébergement et, pour l’étranger et l’outre-mer, des frais divers directement liés au déplacement temporaire de l’agent. (…) ». Aux termes de l’article 10 du même décret : « Les agents peuvent utiliser leur véhicule terrestre à moteur, sur autorisation de leur chef de service, quand l’intérêt du service le justifie. / En métropole et outre-mer, l’agent autorisé à utiliser son véhicule terrestre à moteur pour les besoins du service est indemnisé de ses frais de transport soit sur la base du tarif de transport public de voyageurs le moins onéreux, soit sur la base d’indemnités kilométriques, dont les taux sont fixés par un arrêté conjoint du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de l’outre-mer. / (…) ».
Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu’un agent de la fonction publique de l’Etat autorisé à se déplacer pour les besoins du service hors de sa résidence administrative et de sa résidence familiale à l’occasion, notamment, d’une mission, peut prétendre à la prise en charge des frais de transport. Cette prise en charge est soumise à la détention par l’agent d’un ordre de mission et d’une autorisation de son chef de service d’utiliser son véhicule personnel.
S’il appartient à un chef de service d’organiser celui-ci en fonction des crédits dont il dispose, il ne saurait faire supporter à un agent les frais d’utilisation de son véhicule personnel exposés par nécessité de service mais est au contraire tenu d’indemniser l’agent des frais de transport qu’il a exposés à l’occasion des missions que les besoins du service lui imposent en dehors de sa commune de résidence administrative et de sa commune de résidence familiale, sans que puisse, en particulier, lui être légalement opposée une limitation de crédits.
D’une part, il ressort des pièces des dossiers que Mme B… détenait des ordres de missions pour les années 2017, 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022 et qu’elle disposait d’une autorisation de circuler. Le recteur, qui se borne à soutenir que les déplacements effectués par Mme E… au-delà de l’enveloppe allouée n’ont pas été imposés par son supérieur hiérarchique, que celle-ci devait s’organiser en conséquence afin de limiter ses déplacements, n’établit pas que les frais de transport dont Mme B… demande l’indemnisation auraient été exposés pour des motifs étrangers aux besoins du service, alors que les missions des psychologues scolaires nécessitent, par nature, la réalisation de nombreux déplacements dans les établissements scolaires, sans qu’une autorisation du supérieur hiérarchique ne soit requise pour chaque déplacement.
D’autre part, si le recteur soutient, dans ses écritures, que la requérante ne justifie pas de la réalité de ses déplacements, il ressort des pièces du dossier que celle-ci a renseigné l’application DT Chorus en détaillant chaque trajet conformément à la procédure mise en place par l’administration pour ouvrir droit au remboursement de ses trajets et sans que ces déclarations aient été contestées ou remises en cause par son administration. Ainsi, la demande de substitution de motif présentée par le recteur ne peut être accueillie.
Dans ces conditions, en refusant de régler les frais de déplacement de Mme B…, la rectrice de l’académie de Bordeaux a fait une inexacte application des dispositions citées au point 5.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que les décisions attaquées doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l’article 5 de l’arrêté du 20 décembre 2013 pris pour l’application du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 et portant politique des voyages des personnels civils des ministères chargés de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche : « Aux termes de l’article 10 du décret du 3 juillet 2006 susvisé, les agents peuvent utiliser un véhicule personnel pour les déplacements liés à l’exercice de leurs fonctions, sur autorisation de leur chef de service. / Ils sont alors indemnisés soit sur la base du tarif de transport public de voyageurs le moins onéreux, soit sur la base des indemnités kilométriques dont les taux sont fixés par l’arrêté du 3 juillet 2006 susvisé fixant les taux des indemnités kilométriques. / L’indemnisation s’effectue sur la base de ces indemnités kilométriques lorsque l’agent est contraint d’utiliser un véhicule personnel pour l’exercice de ses fonctions, en l’absence de moyen de transport adapté au déplacement considéré. / L’agent qui souhaite utiliser son véhicule pour l’exercice de ses fonctions, pour convenances personnelles, doit obtenir l’autorisation préalable de l’autorité qui ordonne le déplacement. Il est alors indemnisé sur la base du tarif de transport public de voyageurs le moins onéreux. (…) ». L’arrêté du 3 juillet 2006 modifié fixant les taux des indemnités kilométriques prévues à l’article 10 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixe un taux kilométrique susceptible d’être alloué à l’agent utilisant son véhicule personnel de 8 CV et plus, utilisé en métropole, de 0.35 de 2008 à 2018, de 0.41 de 2019 à 2021 et de 0.45 à compter de 2022.
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique que l’intéressée soit rétablie dans ses droits au remboursement des frais de déplacement qu’elle a exposés, en prenant en compte les déplacements déclarés dans l’application DT Chorus et qui n’ont pas été invalidés par sa hiérarchie pour un autre motif que le dépassement du plafond de crédits. Il est enjoint au recteur d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. La somme due sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2023, date de son recours gracieux, ainsi qu’elle le demande. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce d’assortir cette injonction d’une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 mars 2023 par laquelle la rectrice de l’académie de Bordeaux a rejeté la demande de Mme B… tendant au remboursement des frais de déplacement engagés de 2017 à 2022 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l’académie de Bordeaux de rétablir Mme B… dans ses droits en lui remboursant les frais de déplacement déclarés dans l’application DT Chorus conformément à ce qui a été dit au point 13 du jugement, dans un délai de deux mois, avec intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2023.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A… B… et au recteur de l’académie de Bordeaux.
Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Champenois, première-conseillère,
M. D…, premier-conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.
La rapporteure,
M. CHAMPENOIS
Le président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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