Rejet 26 juin 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Dijon, ju refere etr 15 jours, 26 juin 2025, n° 2502068 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Dijon |
| Numéro : | 2502068 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 1 juillet 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2025, M. B A, représenté par Me Djermoune, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 26 mai 2025, notifié le 9 juin suivant, par lequel le préfet de l’Yonne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
— la décision est entachée d’insuffisance de motivation ;
— les modalités de présentation révèlent une erreur d’appréciation, apparaissent disproportionnées et entravent gravement sa liberté de circulation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2025, le préfet de l’Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Ach pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 25 juin 2025 à 14 heures 40.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d’audience :
— le rapport de Mme Ach, magistrate désignée ;
— et les observations de Me Djermoune, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures et indique que le requérant est parent d’enfant français.
Le préfet de l’Yonne n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malien né le 1er janvier 1981, fait l’objet d’une mesure d’éloignement assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français en vertu d’un arrêté du préfet de l’Yonne du 10 mars 2025. Par un arrêté du même jour, M. A a été assigné à résidence dans le département de l’Yonne pour une durée de quarante-cinq jours. Cette assignation à résidence a été renouvelée une première fois par arrêté du 23 avril 2025. Le recours introduit par M. A contre ce dernier a été rejeté par un jugement n° 2501595 du 22 mai 2025. Par la présente requête, M. A demande l’annulation de l’arrêté du 26 mai 2025 par lequel le préfet de l’Yonne a prolongé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence () l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ».
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de M. A.
Sur les conclusions à fin d’annulation des décisions litigieuses :
4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l’arrêté litigieux que la décision contestée est motivée en droit par le visa des dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en particulier ses articles L. 731-1 et suivants, et en fait par les circonstances que le requérant a fait l’objet le 10 mars 2025 d’une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, qu’il ne peut quitter immédiatement le territoire français en attente de l’obtention d’un laissez-passer consulaire mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Cette décision, qui n’avait pas à préciser les raisons pour lesquelles son départ n’a pu être organisé depuis l’édiction de l’obligation de quitter le territoire français, comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte que le requérant pouvait en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : " L’autorité administrative qui a ordonné l’assignation à résidence de l’étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d’application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu’elle fixe dans la limite d’une présentation par jour, en précisant si l’obligation de présentation s’applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Si une décision d’assignation à résidence prise en application de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s’assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l’étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d’assignation elle-même. Ainsi, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l’encontre d’un étranger assigné à résidence, qui limitent l’exercice de sa liberté d’aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif qu’elles poursuivent, à savoir s’assurer du respect de l’interdiction faite à l’étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
6. M. A, qui ne verse aucune pièce au dossier et n’avance aucun argument concret, n’établit pas qu’en lui interdisant de quitter le département de l’Yonne pendant une durée de quarante-cinq jours, le préfet lui aurait imposé des modalités d’assignation et de contrôle disproportionnées. Il ne démontre pas davantage être dans l’impossibilité de se rendre à la gendarmerie de Joigny chaque lundi, mercredi, vendredi, y compris les jours fériés pour satisfaire à son obligation de présentation. Dans ces conditions, les modalités de contrôle qui assortissent la mesure d’assignation à résidence en litige ne peuvent pas être regardées, par rapport à l’objectif qu’elles poursuivent d’assurer la bonne exécution de la mesure d’éloignement prononcée à l’encontre de M. A et de prévenir le risque qu’il ne s’y soustrait, comme emportant des conséquences disproportionnées. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de l’Yonne a commis une erreur d’appréciation et porté une atteinte injustifiée à la liberté de circulation de l’intéressé doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 26 mai 2025 par lequel le préfet de l’Yonne a renouvelé l’assignation à résidence de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Djermoune et au préfet de l’Yonne.
Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.
La magistrate désignée,
N. ACHLa greffière,
L. LELONG
La République mande et ordonne au préfet de l’Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
N°2502068
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