Rejet 5 juin 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Lyon, ju 3e ch., 5 juin 2025, n° 2306620 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Lyon |
| Numéro : | 2306620 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Satisfaction partielle |
| Date de dernière mise à jour : | 11 juin 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 31 juillet 2023 et le 28 octobre 2024, M. E A, agissant en son nom ainsi que pour sa fille mineure D et représenté par Me Pitcher, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à verser à sa fille D la somme de 1 350 euros et à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices qu’ils ont respectivement subis du fait de l’absence de différents enseignants de la classe fréquentée par sa fille au cours de l’année scolaire 2022-2023 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 700 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
— en ne remplaçant pas les enseignants absents à hauteur de 135 heures sur l’année, l’Etat a manqué à son obligation légale d’assurer l’enseignement des matières inscrites aux programmes d’enseignement ;
— le préjudice subi par sa fille peut être évalué à 10 euros par heure d’absence ;
— le préjudice qu’il a lui-même subi peut être évalué à 500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le recteur de l’académie de Lyon conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
— la matérialité des absences en litige n’est pas établie à hauteur des 135 heures alléguées et les circonstances ne permettent pas de caractériser la carence fautive de l’Etat ;
— les préjudices allégués et leur lien avec la faute qui est invoquée ne sont pas établis.
Le recteur de l’académie de Lyon a produit un mémoire le 8 novembre 2024, qui n’a pas été communiqué.
La clôture de l’instruction a été fixée au 15 novembre 2024 par une ordonnance du 7 octobre précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’éducation ;
— l’arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège ;
— le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir présenté son rapport et entendu, au cours de l’audience publique :
— les conclusions de Mme Allais, rapporteure publique,
— et les observations de Me Pitcher pour la requérante ainsi que celles de Mme B pour la rectrice de l’académie de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, dont la fille D était alors inscrite en classe de quatrième au collège Jacques Prévert de Saint-Genis-Pouilly (Ain), demande la condamnation de l’Etat à l’indemniser ainsi que sa fille des préjudices qu’ils ont selon lui respectivement subis du fait de l’absence de différents enseignants de cette classe au cours de l’année scolaire 2022-2023.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
2. Aux termes de l’article L. 122-1-1 du code de l’éducation : « La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l’ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel (et) professionnel (et) préparer à l’exercice de la citoyenneté () ». Aux termes de l’article L. 211-1 du même code : « L’éducation est un service public national, dont l’organisation (et) le fonctionnement sont assurés par l’Etat () ». Lorsqu’en l’absence de toute justification tirée des nécessités de l’organisation du service, il a pour effet de priver un élève de l’enseignement considéré pendant une période appréciable, le manquement de l’Etat à l’obligation légale d’assurer l’enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d’enseignement tels qu’ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementairement prescrits est constitutif d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat.
3. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de l’éducation : « L’année scolaire comporte trente-six semaines au moins () ». Par un arrêté du 19 mai 2015, le ministre de l’éducation nationale a fixé le volume des enseignements obligatoires en classe de quatrième à 26 heures hebdomadaires, dont 1 heure 30 de Physique-Chimie, 1 heure 30 de Technologie et 4 heures 30 de Français.
4. Si le requérant soutient que les absences des enseignants de la classe de sa fille au cours de l’année en litige ont représenté 135 heures d’enseignement réparties sur douze matières, il ne conteste toutefois pas sérieusement les éléments circonstanciés et les justificatifs présentés en défense par le recteur de l’académie de Lyon faisant apparaître que sa fille n’a été privée que dans une moindre mesure des enseignements concernés et l’a été en particulier, s’agissant des absences les plus significatives, à hauteur de 34 heures de Physique-Chimie, de 20 heures de Technologie et de 26 heures de Français. Compte tenu du volume horaire annuel des enseignements en cause et pour l’application du principe rappelé au point 2, la fille du requérant ne peut être regardée comme ayant été privée en l’espèce d’un enseignement obligatoire pendant une période appréciable qu’au titre de l’absence sur longue période d’un enseignant de Physique-Chimie pour une quotité correspondant à plus de la moitié du volume annuel des cours qui auraient dû être dispensés. Par suite, dans la mesure qui vient d’être dite et alors que les difficultés invoquées par le recteur de l’académie de Lyon s’agissant d’assurer le recrutement ou le remplacement des enseignants de Physique-Chimie ne sont pas de nature à exonérer l’Etat de ses obligations, M. A est fondé à soutenir que la carence de l’Etat est constitutive d’une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices subis :
5. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant pour la fille du requérant des troubles qu’elle a subis dans son éducation du fait de la carence fautive mentionnée au point précédent en condamnant l’Etat à verser à ce titre à M. A la somme de 250 euros.
6. Pour demander qu’une indemnité de 500 euros lui soit également allouée à titre personnel, M. A se borne à faire valoir en termes généraux et sans autres précisions relatives à sa situation le préjudice moral résultant selon lui et pour les parents concernés du défaut de remplacement des enseignants absents ainsi que l’incidence de ces absences sur leur organisation personnelle et familiale. Dans les circonstances de l’espèce et compte tenu de ce qui a été dit au point 4 sur la consistance de la carence fautive des services de l’Etat, les préjudices d’ordre moral et financier ainsi que les troubles dans les conditions d’existence allégués par le requérant et se trouvant en lien direct avec cette carence ne peuvent être regardés comme établis.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A la somme de 250 euros en réparation du préjudice subi par sa fille D.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la rectrice de l’académie de Lyon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.
Le magistrat désigné,
A. Gille La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
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