Rejet 20 avril 2026
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Sur la décision
| Référence : | TA Nice, magistrat mme mehl schouder, 20 avr. 2026, n° 2500571 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Nice |
| Numéro : | 2500571 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 29 avril 2026 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2025, M. A… C… doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 10 décembre 2024 par laquelle la commission de médiation des Alpes-Maritimes a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social en application des dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation ;
2°) d’enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
Il soutient que le foyer dans lequel il vit n’est pas adapté à ses problèmes de santé et ne permet pas le regroupement familial qu’il entend solliciter pour son épouse, restée en Algérie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2026, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Des pièces présentées par le préfet des Alpes-Maritimes ont été enregistrées le 27 mars 2026, après clôture de l’instruction.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Mehl-Schouder en application du code de justice administrative pour statuer sur ces litiges.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mehl-Schouder, magistrate désignée ;
- et les observations de Mme B…, représentant la préfecture des Alpes-Maritimes, le requérant n’étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.
Le préfet des Alpes-Maritimes a produit des pièces, enregistrées le 27 mars 2026, après la clôture de l’instruction.
Considérant ce qui suit :
M. C… est logé au sein d’un foyer pour travailleurs migrants depuis le 1er février 2012. Il a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. La commission de médiation a, par une décision du 10 décembre 2024, rejeté cette demande au motif que, si la durée d’hébergement en structure est de plus de dix-huit mois à la date du recours, d’une part M. C… n’a pas fourni dans le délai fixé les documents réclamés dans le courrier du 27 septembre 2024 portant, si l’intéressé sollicite le relogement avec son épouse, de la copie du titre de séjour de celle-ci, ses justificatifs de ressources sur les trois derniers mois, la copie de l’acte de mariage ou du livret de famille et, si l’intéressé sollicite le relogement seul, une copie d’un jugement de divorce ou une attestation de saisine établie par le juge aux affaires familiales ou une attestation notariale ou de l’avocat dans le cadre d’un divorce par consentement mutuel et, d’autre part, son souhait de vouloir se rapprocher des transports en commun et des services n’est pas au nombre des critères de recevabilité permettant de reconnaître son recours comme prioritaire et urgent. M. C… demande l’annulation de cette décision.
Sur le cadre juridique applicable :
En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’État, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ». Aux termes du II de l’article L. 441-2-3 du même code : « La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d’accès à un logement locatif social, n’a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l’article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d’expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l’habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. (…). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d’orientation des demandes qu’elle ne juge pas prioritaires. (…) ». Ces dispositions sont précisées par celles de l’article R. 441-14-1 du même code, qui disposent que : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l’article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l’urgence qu’il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l’accueillir dans une structure d’hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (…). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d’urgence en application du II de l’article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d’accès au logement social qui se trouvent dans l’une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : (…) – être hébergées dans une structure d’hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l’article L. 441-2-3 ; / (…) La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l’une des situations prévues à l’article L. 441-2-3, ne répond qu’incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ».
Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d’urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d’accès au logement social et justifier qu’il se trouve dans une des situations prévues au II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation et qu’il satisfait à un des critères définis à l’article R. 441-14-1 de ce code.
En deuxième lieu, les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d’urgence relèvent du contentieux de l’excès de pouvoir. Il résulte des dispositions des articles L. 441-1 et R. 441-1 du code de la construction et de l’habitation (CCH) que les conditions réglementaires d’accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l’ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions, figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français. Par suite, la commission de médiation peut légalement refuser de reconnaître un demandeur comme prioritaire et devant être logé d’urgence au motif que les personnes composant le foyer pour le logement duquel il a présenté sa demande ne séjournent pas toutes régulièrement sur le territoire français.
En dernier lieu, aux termes de l’article R. 441-14 du même code : « La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l’article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d’un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l’objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d’hébergement du demandeur. (…) Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l’arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d’un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n’est pas rempli complètement ou en l’absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus (…). ».
Sur la légalité de la décision :
M. C… est logé, depuis le 1er février 2012 au sein d’un foyer pour travailleurs migrants, géré par ALIF, et sa durée d’hébergement en structure est ainsi supérieure à dix-huit mois à la date de dépôt du recours.
Par ailleurs, il est constant, comme le relève d’ailleurs le préfet des Alpes-Maritimes dans ses écritures en défense, que M. C… a demandé un relogement seul dans sa demande de logement social et dans son recours amiable formé devant la commission. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des termes clairs de son recours, que sa demande s’inscrit en réalité dans un projet de regroupement familial, en ce qu’il souhaite accueillir en France son épouse, qui réside en Algérie, pour diminuer les coûts et mieux organiser leur vie commune et pour l’assister dans son quotidien en raison de ses problèmes de santé, alors pourtant que les projets de regroupement familial ne figurent pas parmi les critères énumérés par les dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation permettant de reconnaître à une demande de logement un caractère prioritaire et urgent et que sa demande ne pouvait inclure, comme membres de son foyer devant être relogés, que des personnes disposant d’un séjour régulier et permanent en France. Il lui appartenait dès lors de produire à la commission les documents sollicités, exigés par l’article L. 441-1 du code de la construction et de l’habitation, pour lui permettre d’apprécier avec exactitude la situation du requérant au regard de son droit au logement opposable. Dans ces conditions, alors même qu’il est logé depuis le 1er février 2012 au sein d’un foyer pour travailleurs migrants, géré par ALIF, et que sa durée d’hébergement en structure est ainsi supérieure à dix-huit mois à la date de dépôt du recours, il n’est pas fondé à soutenir que la commission de médiation a commis une erreur de droit ou d’appréciation en rejetant son recours amiable.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C… doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C… est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A… C… et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 avril 2026.
La magistrate désignée,
Signé
M. Mehl-Schouder
La greffière,
Signé
M.-A. Valente
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
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