Rejet 23 novembre 2023
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Sur la décision
| Référence : | TA Paris, 3e sect. - 2e ch. - r.222-13, 23 nov. 2023, n° 2300225 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Paris |
| Numéro : | 2300225 |
| Dispositif : | Satisfaction totale |
| Date de dernière mise à jour : | 28 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Tomas, demande au tribunal :
1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 3 150 euros, augmentée des intérêts au taux légal compter de la réception de la demande préalable, en réparation des préjudices moraux, de jouissance et troubles dans les conditions d’existences et matériels subis résultant de son absence de relogement depuis 9 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761- 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
— la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’il n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
— il subit des troubles dans ses conditions d’existence du fait de la carence fautive de l’État à le reloger.
Le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, à qui la procédure a été communiquée, n’a pas produit d’observations.
M. C a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du 20 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de la construction et de l’habitation ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique, en présence de Mme Carole Latour, greffière d’audience, le rapport de Mme Salzmann.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité :
1. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l’Etat à toute personne qui () n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. () ».
2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l’intéressé n’a pas fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation . Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à compter de l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
3. Il résulte de l’instruction que ni la décision de la commission de médiation du 9 décembre 2021, ni le jugement du Tribunal du 22 novembre 2022 enjoignant au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris, d’assurer le relogement de M. C n’ont été exécutés, l’intéressé n’ayant reçu aucune offre de relogement dans le parc social et aucun des préfets des départements de la région Ile-de-France n’ayant procédé à l’attribution d’un logement correspondant à ses besoins sur ses droits de réservation. Par suite, cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat à compter du 9 juin 2022 à l’égard de M. C.
Sur le préjudice :
4. Il résulte de l’instruction que le motif retenu par la commission de médiation dans sa décision du 9 décembre 2021 pour reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. C persiste. M. C étant toujours dépourvu de logement et sans domicile fixe, ce qui n’est pas contesté par le préfet. Compte tenu des conditions de logement du requérant et de la durée de la carence de l’Etat depuis le 9 juin 2022, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. C dans ses conditions d’existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 1 240 euros tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
5. M. C a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle au taux de 55%. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Tomas, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement à Me Tomas de la somme de 440 euros. En outre, dès lors que l’admission à l’aide juridictionnelle partielle a laissé à la charge de M. C une partie des frais exposés pour l’instance et non compris dans les dépens, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 360 euros à M. C sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’État est condamné à verser à M. C une somme de 1 240 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Article 2 : L’Etat versera à Me Tomas une somme de 440 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Article 3 : L’État versera à M. C une somme de 360 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Tomas.
Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La magistrate désignée,
M. SALZMANN
La greffière,
C. LATOUR
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision./3-
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