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Sur la décision
| Référence : | TJ Arras, 2e ch. civ., 24 avr. 2026, n° 25/01077 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/01077 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs en accordant des délais d'exécution au défendeur |
| Date de dernière mise à jour : | 6 mai 2026 |
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Sur les parties
| Parties : | Société SA D' HLM [ B ] & CITES |
|---|
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
d'[Localité 1]
[Adresse 1]
[Localité 2]
N° RG 25/01077 – N° Portalis DBZZ-W-B7J-FA4F
JUGEMENT 24 Avril 2026
Minute
Société SA D’HLM [B] & CITES
C/
[H] [U], [N] [J] épouse [U]
JUGEMENT
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Après débats à l’audience publique du 12 Janvier 2026, sous la présidence de Mme Morgane LACIRE, Juge des contentieux de la protection, assistée de M. Gaetan DELETTREZ, greffier,
Le jugement suivant a été rendu par mise à disposition au greffe le 24 Avril 2026 ;
ENTRE :
DEMANDEUR(S) :
Société SA D’HLM [B] & CITES, dont le siège social est sis [Adresse 2]
comparante, représentée par M. [V] [K],
ET :
DEFENDEUR(S) :
M. [H] [U]
né le 30 Août 1973 à [Localité 3], demeurant [Adresse 3]
comparant
Mme [N] [J] épouse [U]
née le 14 Septembre 1984 à [Localité 4], demeurant [Adresse 4]
comparante
RAPPEL DES FAITS
Par contrat du 20 juin 2019, la SA d’HLM [B] & CITES a donné à bail à M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] un logement à usage d’habitation et un garage situés au [Adresse 5], pour un loyer mensuel de 589,34 euros révisable annuellement et 28,43 euros de provision sur charges.
Des loyers étant demeurés impayés, la SA d’HLM [B] & CITES a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire.
Elle a ensuite fait assigner M. [H] [U] Mme [N] [J] épouse [U] devant le juge des contentieux de la protection d'[Localité 1] par un acte de commissaire de justice du 18 septembre 2025 pour obtenir la résiliation du contrat, l’expulsion et la condamnation au paiement.
L’affaire a été appelée à l’audience du 12 janvier 2026.
A cette audience, la SA d’HLM [B] & CITES – représentée par M. [V] [K] – demande de constater la résiliation de plein droit du bail d’habitation ; d’ordonner l’expulsion de M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] ; et de les condamner solidairement au paiement de la somme actualisée de 3 034,44 euros avec les intérêts au taux légal à compter du commandement de payer, d’une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant actuel du loyer et des charges, d’une somme de 320,00 euros au titre des dommages et intérêts pour résistance abusive et injustifiée, d’une somme de 320,00 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile et des dépens.
La SA d’HLM [B] & CITES n’est pas opposée à la demande de délais de paiement, compte tenu de la reprise des paiements du loyer.
M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] comparaissent en personne et reconnaissent le montant de la dette locative, mais sollicitent des délais de paiement à hauteur de 88,00 euros par mois en règlement de l’arriéré en sus du versement du loyer courant, ainsi que la suspension des effets de la clause résolutoire.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré au 16 mars 2026, prorogé au 24 avril 2026 en raison de la surcharge de travail du service.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la résiliation
Sur la recevabilité de l’action
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture du Pas-de-[Localité 5] par la voie électronique le 18 septembre 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la SA d’HLM [B] & CITES justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives également par la voie électronique le 11 juillet 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 18 septembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
Sur le bien fondé de la demande
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « Tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ». Cependant, si le bail en cours au jour de la délivrance du commandement, prévoit, selon les dispositions anciennes de cet article, un délai de deux mois pour régulariser la dette à compter du commandement de payer, ce délai continue à régir les relations entre les parties, et le locataire dispose d’un délai de deux mois pour régulariser la dette et non de six semaines.
Le bail conclu le 20 juin 2019 contient une clause résolutoire (article 7-2) et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 11 juillet 2025, pour la somme en principal de 2 187,87 euros.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de 2 mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail se sont trouvées réunies à la date du 12 septembre 2025.
Sur les demandes de condamnation au paiement
La SA d’HLM [B] & CITES produit un décompte démontrant que M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] restent lui devoir, après soustraction des frais de poursuite, la somme de 3 034,44 euros à la date du 5 janvier 2026.
M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] ne font valoir aucun moyen de nature à contester sérieusement l’absence de paiement du loyer pendant plusieurs mois, ni même le montant des sommes réclamées.
En outre, les époux sont en raison de leur statut marital, tenus solidairement à la dette s’agissant d’une dette conclue pour les besoins du ménage.
M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] seront donc condamnés solidairement au paiement de cette somme de 3 034,44 euros, avec les intérêts au taux légal sur la somme de 2 187,87 euros à compter du commandement de payer (11 juillet 2025) et à compter du présent jugement pour le surplus.
Sur les délais de paiement
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dispose que "le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l’article 1343-5 s’applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d’office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l’obligation prévue au premier alinéa de l’article 6 de la présente loi. […]"
L’article 24 VII de cette même loi prévoit par ailleurs que « lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. »
En l’espèce, il ressort du diagnostic social et financier, des débats de l’audience et des pièces versées au dossier que les locataires sont mariés et vivent avec leurs trois enfants, dont deux majeures en recherche d’emploi. M. [U], également en recherche d’emploi, perçoit une aide au retour à l’emploi de 1 140 euros, et Mme [U] ne travaille pas. Le couple perçoit des prestations sociales et familiales versées par la CAF, à savoir l’aide pour le logement de 287,97 euros, les allocations familiales de 151,05 euros et une prime d’activité de 15,29 euros, sommes auxquelles est déduite une retenue de 82 euros. Ils règlent de nouveau le loyer courant depuis octobre 2025.
Ainsi M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] justifient de la reprise du versement intégral du loyer courant et de leur capacité à régler leur dette locative dans les délais légaux.
Compte tenu de ces éléments, ils seront autorisés à se libérer du montant de leur dette selon les modalités qui seront rappelées au dispositif.
Il convient par ailleurs d’ordonner la suspension des effets de la clause résolutoire pendant le cours des délais ainsi accordés.
Il est rappelé que tout défaut de paiement des loyers et charges courants d’une part, des délais de paiement d’autre part, entraînera la reprise des pleins effets de la clause résolutoire, et en conséquence l’expulsion et la condamnation de M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation.
Sur la demande de dommages et intérêts
Aux termes de l’article 1231-6 du code civil, « les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d’aucune perte. Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l’intérêt moratoire. »
La SA d’HLM [B] & CITES ne justifiant pas de la mauvaise foi du débiteur ni d’un préjudice distinct du retard dans les paiements des loyers, sera déboutée de sa demande à ce titre.
Sur les demandes accessoires
M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U], parties perdantes, seront condamnés in solidum aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de son signalement à la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives, de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
L’équité et la situation financière fragile des débiteurs justifient de ne pas faire droit à la demande du bailleur sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection statuant publiquement par mise à disposition au greffe, par jugement contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 20 juin 2019 entre la SA d’HLM [B] & CITES et M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] concernant le logement à usage d’habitation et le garage situés au [Adresse 5] sont réunies à la date du 12 septembre 2025 ;
CONDAMNE solidairement M. [H] [U] Mme [N] [J] épouse [U] à verser à la SA d’HLM [B] & CITES la somme de 3 034,44 euros au titre de la dette locative et de l’indemnité d’occupation (décompte arrêté au 5 janvier 2026, incluant loyers, charges et indemnités d’occupation), avec les intérêts au taux légal à compter du 11 juillet 2025 sur la somme de 2 187,87 euros et à compter du présent jugement pour le surplus ;
AUTORISE M. [H] [U] Mme [N] [J] épouse [U] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 34 mensualités de 88,00 euros chacune et une 35ème mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts ;
PRECISE que chaque mensualité devra intervenir dans le mois suivant la signification du présent jugement et les suivants chaque mois à la date d’exigibilité du loyer principal ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DIT qu’en revanche, toute mensualité, qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée quinze jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu’à défaut pour M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, la SA d’HLM [B] & CITES puisse faire procéder à leur expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de leur chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est ;
* que M. [H] [U] et Mme [N] [J] épouse [U] soient condamnés solidairement à verser à la SA d’HLM [B] & CITES une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire ;
DÉBOUTE la SA d’HLM [B] & CITES de sa demande de dommages et intérêts ;
DÉBOUTE le SA d’HLM [B] & CITES de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE in solidum M. [H] [U] Mme [N] [J] épouse [U] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de son signalement à la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives, de l’assignation et de sa notification à la préfecture ;
DIT que la présente décision sera notifiée par le greffe à la préfecture du Pas-de-[Localité 5] en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au greffe du tribunal judiciaire, le 24 avril 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile, la minute étant signée par la juge des contentieux de la protection et par Yannick LANCE, greffier lors du délibéré.
Le greffier, La juge des contentieux de la protection,
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