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Sur la décision
| Référence : | TJ Saint-Étienne, 4e ch. civ., 19 mars 2026, n° 25/03849 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/03849 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 3 avril 2026 |
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Texte intégral
Minute n°
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
TRIBUNAL JUDICIAIRE de SAINT ETIENNE
N° RG 25/03849 – N° Portalis DBYQ-W-B7J-I4MB
4ème CHAMBRE CIVILE – POLE DE LA PROTECTION
JUGEMENT DU 19 Mars 2026
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Lors des débats et du délibéré :
Président : Monsieur Jean-Philippe BELPERRON, Vice-Président chargé des contentieux de la protection
assisté, pendant les débats de Madame Murielle FAURY, greffière ;
DEBATS : à l’audience publique du 20 Janvier 2026
ENTRE :
E.P.I.C. HABITAT ET METROPOLE
dont le siège social est sis, [Adresse 1], [Localité 1]
représentée par Madame, [R], [C], chargée de contentieux locatif, munie d’un pouvoir
ET :
Madame, [J], [M], [W]
demeurant, [Adresse 2]
non comparante
Monsieur, [L], [A]
né le 12 Juin 1999
demeurant, [Adresse 2]
non comparant
JUGEMENT :
Réputé contradictoire et en premier ressort,
Prononcé par mise à disposition au greffe à la date du 19 Mars 2026
EXPOSE DU LITIGE :
Suivant contrat signé le 12 novembre 2020, EPIC HABITAT ET METROPOLE a donné en location à Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A], un immeuble à usage d’habitation situé, [Adresse 3] à, [Localité 1], moyennant un loyer mensuel de 260,39 révisable et des provisions pour charge à hauteur de 123,41 €.
Par courrier du 4 avril 2025, l’EPIC HABITAT ET METROPOLE a saisi la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX) de l’existence d’impayés de loyers, en application du décret n° 2015-1384 du 30 octobre 2015.
L’EPIC HABITAT ET METROPOLE a fait délivrer le 2 avril 2025 à Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] :
un commandement de payer les loyers échus pour un arriéré de 1 303,37 €.
Par assignation du 4 juillet 2025, l’EPIC HABITAT ET METROPOLE a attrait Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] devant le juge des contentieux de la protection de, [Localité 1], aux fins de constater la résiliation de plein droit du contrat de bail et d’ordonner leur expulsion.
L’EPIC HABITAT ET METROPOLE a notifié l’assignation à la préfecture de la, [Localité 2] par lettre recommandée avec accusé de réception délivrée le 7 juillet 2025.
L’audience s’est tenue le 20 janvier 2025.
Lors de l’audience, l’EPIC HABITAT ET METROPOLE a maintenu ses demandes tendant à constater le jeu de la clause résolutoire et à ordonner l’expulsion de Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A]. L’EPIC HABITAT ET METROPOLE a en outre demandé au tribunal :
de condamner solidairement Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] au paiement des sommes suivantes :1 271,17 € au titre de sa créance locative arrêtée au 16 janvier 2026 ;une indemnité mensuelle d’occupation équivalente au montant du loyer plus charges due jusqu’au départ effectif des lieux ;200,00 € au titre de l’indemnité pour résistance abusive ;100,00 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;ainsi qu’aux entiers dépens.
L’EPIC HABITAT ET METROPOLE a expliqué au soutien des prétentions :
qu’il était d’accord avec l’octroi de délais de paiement.
Madame, [J], [M], [W] n’a pas comparu malgré sa convocation régulière.
Monsieur, [L], [A] reconnaissait le montant de la dette. Il expliquait qu’il n’avait pu payer ses loyers du fait de la perte de son emploi. Il expliquait qu’il avait repris le travail. Il proposait de payer 500,00 € par mois pour son loyer et l’arriéré.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience. Le couple a deux enfants de 7 et 4 ans. Monsieur, [L], [A] multiplie les heures supplémentaires pour payer ses dettes.
MOTIFS DE LA DECISION :
Sur l’absence du défendeur
En l’espèce, il convient de faire application de l’article 472 du code de procédure civile selon lequel « Si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée ».
Sur la recevabilité de la demande
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la, [Localité 2] par la voie électronique le 7 juillet 2025, soit plus de deux mois avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, il est démontré que l’EPIC HABITAT ET METROPOLE a bien saisi la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX) de l’existence d’impayés de loyers, en application du décret n° 2015-1384 du 30 octobre 2015.
L’action est donc recevable.
Sur la résiliation de plein droit, l’expulsion et la dette locative
— Sur la résiliation du bail en raison du non-paiement des loyers
L’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose que « Tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. »
À l’examen de l’ensemble des pièces versées aux débats, il apparaît qu’un commandement de payer a été délivré à Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] le 2 avril 2025 pour un arriéré de loyers vérifié de 1 303,37 € et qu’il est demeuré infructueux dans le délai imparti de deux mois, Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] n’ayant pas réglé la dette locative.
Dès lors, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 3 juin 2025, à l’expiration du délai fixé par le dit commandement en l’espèce deux mois, et que la résiliation du bail est intervenue de plein droit à cette date.
— Sur la demande en paiement de l’indemnité d’occupation
L’occupation illicite des lieux par Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] cause manifestement et nécessairement un préjudice à l’EPIC HABITAT ET METROPOLE qui doit être réparé par l’allocation d’une indemnité d’occupation qui sera fixée par référence au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail.
Il y a donc lieu de condamner solidairement Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] au paiement de cette indemnité et ce dans les conditions fixées par le dispositif de la présente décision.
Sur la demande en paiement de l’arriéré locatif
Il résulte de l’article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ainsi que des stipulations du bail que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables au terme convenu.
En l’espèce, EPIC HABITAT ET METROPOLE verse aux débats un décompte arrêté au 16 janvier 2026 établissant l’arriéré locatif (loyers et indemnités d’occupation échus) à la somme de 1 271,17 €.
Au vu des justificatifs fournis, la créance de EPIC HABITAT ET METROPOLE est établie tant dans son principe que dans son montant.
Il convient par conséquent de condamner solidairement Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] à payer la somme de 1 271,17 € actualisée au 16 janvier 2026, outre intérêts au taux légal à compter du 2 avril 2025 date du commandement de payer.
Sur la suspension de la clause résolutoire et les délais de paiement
L’article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dispose que « Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.(…)
Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge.»
En l’espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux.
Suite au commandement de payer a été délivré à Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] le 2 avril 2025, la dette locative demeure impayée, il est par conséquent acquis que le commandement de payer délivré à Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] est demeuré infructueux dans le délai imparti. Dès lors, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 3 juin 2025, soit deux mois après la délivrance dudit commandement.
Par ailleurs, Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] a été condamné à payer la somme de 1 271,17 € au titre des loyers et indemnités d’occupation échus au 16 janvier 2026.
Toutefois, compte tenu de l’engagement de Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] et des dispositions de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, il convient de suspendre les effets de la clause résolutoire et d’accorder à Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] des délais de paiement pour s’acquitter de la dette locative, en réglant en plus du loyer – ou du loyer résiduel si des aides au logement sont accordées – la somme de 50,00 € par mois pendant 25 mois, et une dernière mensualité équivalant au solde de la dette et cela dans les conditions détaillées au dispositif de la présente décision.
Si la dette est apurée dans ce délai, la clause de résiliation de plein droit sera réputée ne pas avoir joué.
Dans le cas contraire et dans les conditions fixées au dispositif de la présente décision :
la clause de résiliation reprendra son plein effet ;la totalité de la somme deviendra immédiatement exigible ;Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] devront régler à l’EPIC HABITAT ET METROPOLE une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer plus charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail à compter du 16 janvier 2026, date du dernier décompte, et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire ;et faute par Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] d’avoir libéré les lieux de leurs personnes, de leurs biens et de tous occupants de leur chef, deux mois après la notification d’un commandement d’huissier de quitter les lieux portant mention de la présente décision, il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si besoin est, et le transport et la séquestration des meubles seront réalisés en tel lieu qu’il plaira à l’EPIC HABITAT ET METROPOLE, aux frais et aux risques et périls de Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A], dans les conditions prévues par l’article L. 433-1 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur les demandes accessoires
Dans la mesure où aucune pièce ni argument ne vient démontrer l’existence d’une résistance abusive de la part de Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A], la demande de condamnation formée par EPIC HABITAT ET METROPOLE à ce titre sera rejetée.
En application de l’article 696 du code de procédure civile, il convient de condamner solidairement Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] au paiement des entiers dépens de l’instance qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 2 avril 2025, de la dénonce à la CCAPEX, de l’assignation, de sa dénonciation à la préfecture.
Il n’y a pas lieu, en l’espèce, de faire application de l’article 700 du code de procédure civile.
L’exécution provisoire est de droit et est compatible avec la nature du litige.
PAR CES MOTIFS :
Le Tribunal, statuant après débats publics, par décision réputée contradictoire mise à disposition des parties par le greffe et en premier ressort,
CONSTATE la recevabilité de l’action intentée par EPIC HABITAT ET METROPOLE ;
CONSTATE que les conditions de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 12 novembre 2020 entre EPIC HABITAT ET METROPOLE et Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] concernant l’immeuble à usage d’habitation situé au logement 001718,, [Adresse 4] à, [Localité 1] sont réunies et que le bail est résilié à compter du 3 juin 2025 ;
CONDAMNE solidairement Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] à payer à EPIC HABITAT ET METROPOLE une somme de 1 271,17 € au titre de la dette locative arrêtée au 16 janvier 2026, outre intérêts au taux légal à compter du 2 avril 2025,
AUTORISE Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] à se libérer en 25 mensualités de 50,00 €, et une dernière mensualité équivalant au solde de la dette, payables le 10 de chaque mois, en plus du loyer courant ou du loyer résiduel si des aides au logement sont accordées – et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification de la présente décision ;
SUSPEND pendant ces délais les effets de la clause résolutoire ;
RAPPELLE que les procédures d’exécution qui auraient été engagées par EPIC HABITAT ET METROPOLE sont suspendues d’une part et que les majorations d’intérêts ou les pénalités encourues à raison du retard cessent d’être dues d’autre part, pendant le délai précité ;
DIT que la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir joué si la dette de loyers et charges ci-dessus rappelée est acquittée par Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] dans le délai précité ;
DIT qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité à son échéance, qu’elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception :
— la clause résolutoire reprendra ses effets ;
— la totalité de la somme deviendra immédiatement exigible ;
— Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] devront régler à EPIC HABITAT ET METROPOLE une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer plus charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail à compter du 16 janvier 2026, date du dernier décompte, et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire ;
— faute par Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] d’avoir libéré les lieux de leurs personnes, de leurs biens et de tous occupants de leur chef, deux mois après la notification d’un commandement d’huissier de quitter les lieux portant mention de la présente décision, il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si besoin est et le transport et la séquestration des meubles seront réalisés en tel lieu qu’il plaira à EPIC HABITAT ET METROPOLE, aux frais et aux risques et périls de Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] ;
REJETTE la demande d’indemnité pour résistance abusive ;
REJETTE les autres demandes ;
DIT n’y avoir lieu à faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
Notification le :
— CCC à :
— Copie exécutoire à :
— Copie au dossier
CONDAMNE solidairement Madame, [J], [M], [W] et Monsieur, [L], [A] au paiement des dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 2 avril 2025, de la dénonce à la CCAPEX, de l’assignation, et de sa dénonciation à la préfecture.
CONSTATE l’exécution provisoire.
LE PRESENT JUGEMENT A ETE SIGNE PAR LE JUGE ET LE GREFFIER PRESENTS LORS DU PRONONCE.
LE GREFFIER LE JUGE
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Textes cités dans la décision
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989
- DÉCRET n°2015-1384 du 30 octobre 2015
- Code de procédure civile
- Code civil
- Code des procédures civiles d'exécution
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