Infirmation 12 décembre 2024
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | CA Paris, pôle 1 ch. 11, 12 déc. 2024, n° 24/05794 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour d'appel de Paris |
| Numéro(s) : | 24/05794 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Autre |
| Date de dernière mise à jour : | 15 avril 2025 |
| Lire la décision sur le site de la juridiction |
Texte intégral
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D’APPEL DE PARIS
L. 742-1 et suivants du Code de l’entrée et du séjour
des étrangers et du droit d’asile
ORDONNANCE DU 12 DECEMBRE 2024
(1 pages)
Numéro d’inscription au répertoire général et de décision : B N° RG 24/05794 – N° Portalis 35L7-V-B7I-CKOTU
Décision déférée : ordonnance rendue le 09 décembre 2024, à 11h38, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Meaux
Nous, Elise Thevenin-Scott, conseillère à la cour d’appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Roxanne Therasse, greffière aux débats et au prononcé de l’ordonnance,
APPELANT :
M. X se disant [O] [U]
né le 13 août 1972 à [Localité 1], de nationalité marocaine
RETENU au centre de rétention : Mesnil Amelot n°3
assisté de Me Léa Il, avocat de permanence, avocat au barreau de Paris, présent en salle d’audience de la Cour d’appel de Paris, plaidant par visioconférence
INTIMÉ :
LE PREFET DE LA SEINE-[Localité 4]
représenté par Me Elif Iscen, du cabinet Centaure, avocat au barreau de Paris présent en salle d’audience de la Cour d’appel de Paris, plaidant par visioconférence
MINISTÈRE PUBLIC, avisé de la date et de l’heure de l’audience
ORDONNANCE :
— contradictoire
— prononcée en audience publique
— Vu l’ordonnance du 09 décembre 2024 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Meaux déclarant la requête recevable et la procédure régulière et ordonnant une troisième prolongation de la rétention de M. X se disant [O] [U], au centre de rétention administrative n°3, ou dans tout autre centre ne dépendant pas de l’administration pénitentiaire pour une durée de quinze jours à compter du 08 décembre 2024 ;
— Vu l’appel motivé interjeté le 10 décembre 2024 , à 15h11 , par M. X se disant [O] [U] ;
— Après avoir entendu les observations :
— par visioconférence, de M. X se disant [O] [U] , assisté de son avocat, qui demande l’infirmation de l’ordonnance ;
— du conseil du préfet de la Seine-[Localité 4] tendant à la confirmation de l’ordonnance ;
SUR QUOI,
Monsieur [O] [U], né le 13 août 1972 à [Localité 1] (Maroc), a été placé en rétention administrative par arrêté préfectoral en date du 09 octobre 2024, sur la base d’une OQTF du même jour.
Cette mesure a été prolongée pour la troisième fois par le magistrat du siège en charge du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 2], le 09 décembre 2024.
Monsieur [O] [U] a interjeté appel au motif que les critères de l’article L.742-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne seraient pas remplis.
Réponse de la cour :
S’il appartient au magistrat du siège, en application de l’article L. 741-3 du même code, de rechercher concrètement les diligences accomplies par l’administration pour permettre que l’étranger ne soit maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ, ce qui requiert dès le placement en rétention, une saisine effective des services compétents pour rendre possible le retour, en revanche, l’administration française ne dispose d’aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires (1re Civ., 9 juin 2010, pourvoi n° 09-12.165) et le juge ne saurait imposer à l’administration la réalisation d’acte sans véritable effectivité.
En application de l’article L.742-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans sa rédaction en vigueur depuis le 28 janvier 2024 :
« A titre exceptionnel, le magistrat du siège peut à nouveau être saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de la durée maximale de rétention prévue à l’article L. 742-4, lorsqu’une des situations suivantes apparait dans les quinze derniers jours :
1° L’étranger a fait obstruction à l’exécution d’office de la décision d’éloignement ;
2° L’étranger a présenté, dans le seul but de faire échec à la décision d’éloignement :
a) une demande de protection contre l’éloignement au titre du 5° de l’article L. 631-3 ;
b) ou une demande d’asile dans les conditions prévues aux articles L. 754-1 et L. 754-3 ;
3° La décision d’éloignement n’a pu être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l’intéressé et qu’il est établi par l’autorité administrative compétente que cette délivrance doit intervenir à bref délai.
Le juge peut également être saisi en cas d’urgence absolue ou de menace pour l’ordre public.
L’étranger est maintenu en rétention jusqu’à ce que le juge ait statué.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l’expiration de la dernière période de rétention pour une nouvelle période d’une durée maximale de quinze jours.
Si l’une des circonstances mentionnées aux 1°, 2° ou 3° ou au septième alinéa du présent article survient au cours de la prolongation exceptionnelle ordonnée en application de l’avant-dernier alinéa, elle peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n’excède alors pas quatre-vingt-dix jours. »
Les critères énoncés ci-dessus n’étant pas cumulatifs, il suffit à l’administration d’établir l’un d’eux pour justifier d’une prolongation de la rétention.
Pour l’application du dernier alinéa de l’article précité à la requête en quatrième prolongation, créé par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, il appartient à l’administration de caractériser l’urgence absolue ou la menace pour l’ordre public établie dans les 15 jours qui précèdent la saisine du juge.
S’agissant de la menace à l’ordre public, critère pouvant être mobilisé par l’administration à l’occasion des troisième et quatrième prolongations de la mesure de rétention elle impose, compte tenu du caractère dérogatoire et exceptionnel de ces ultimes prolongations, une vigilance particulière sur les conditions retenues pour qualifier ladite menace qui doit se fonder sur des éléments positifs, objectifs et démontrés par l’administration. Elle a pour objectif manifeste de prévenir, pour l’avenir, les agissements dangereux commis par des personnes en situation irrégulière sur le territoire national.
La menace pour l’ordre public doit faire l’objet d’une appréciation in concreto, au regard d’un faisceau d’indices permettant, ou non, d’établir la réalité des faits, la gravité, la récurrence ou la réitération, et l’actualité de la menace selon le comportement de l’intéressé.
La commission d’une infraction pénale n’est pas de nature, à elle seule, à établir que le comportement de l’intéressé présenterait une menace pour l’ordre public (CE, 16 mars 2005, n° 269313, Mme X., A ; CE, 12 février 2014, ministre de l’intérieur, n° 365644, A).
L’appréciation de cette menace doit prendre en considération les risques objectifs que l’étranger en situation irrégulière fait peser sur l’ordre public (CE, Réf. N°389959, 7 mai 2015, ministre de l’intérieur, B).
En l’espèce, l’administration établi avoir d’ores et déjà obtenu une reconnaissance de principe des autorités consulaires marocaines le 12 novembre 2024 et avoir sollicité un vol dès le 14 novembre 2024. Au surplus, le consulat marocain a indiqué par courriel du 14 novembre 2024 que le laissez-passer consulaire était à la disposition de la préfecture sous réserve de communiquer une photographie d’identité et un routing. Or, l’administration ne démontre pas avoir effectué des démarches pour se faire remettre le laissez-passer consulaire au plus vite et obtenir un vol depuis le 14 novembre 2024, aucune relance n’ayant notamment été faite.
Sur la menace à l’ordre public, l’administration ne rapporte pas la preuve d’antécédents pénaux ayant donné lieu à des condamnations concernant Monsieur [O] [U], la seule existence de signalements ne suffisant pas à établir une menace à l’ordre public actuelle et telle qu’elle soit de nature à justifier, à elle seule, une troisième prolongation exceptionnelle de la mesure de rétention administrative.
Enfin, la cour observe que l’administration s’abstient de la production d’un bulletin n°2 du casier judiciaire alors même qu’elle a la possibilité d’en solliciter un en application des article 776 et R.79-1° du code de procédure pénale, pièce qui serait de nature à établir avec certitude les antécédents pénaux du retenu, et donc à apprécier la menace à l’ordre public alléguée.
Dans ces conditions, aucun des critères de l’article L.742-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’étant rempli, il convient d’infirmer l’ordonnance du premier juge.
PAR CES MOTIFS
INFIRMONS l’ordonnance,
Statuant à nouveau,
DECLARONS la procédure irrégulière
REJETONS la requête du préfet
DISONS n’y avoir lieu au maintien de M. X se disant [O] [U] en rétention administrative
RAPPELONS à M. X se disant [O] [U] qu’il a l’obligation de quitter le territoire français
DISONS que la présente ordonnance sera notifiée à l’intéressé par l’intermédiaire du chef du centre de rétention administrative,
ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d’une expédition de la présente ordonnance.
Fait à [Localité 3] le 12 décembre 2024 à
LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT,
REÇU NOTIFICATION DE L’ORDONNANCE ET DE L’EXERCICE DES VOIES DE RECOURS : Pour information : L’ordonnance n’est pas susceptible d’opposition.
Le pourvoi en cassation est ouvert à l’étranger, à l’autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d’attente ou la rétention et au ministère public.
Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification.
Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l’avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur.
Le préfet ou son représentant L’avocat de l’intéressé
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Demande en paiement du solde du compte bancaire ·
- Banque - effets de commerce ·
- Droit des affaires ·
- Banque populaire ·
- Cautionnement ·
- Engagement de caution ·
- Paiement ·
- Demande ·
- Délais ·
- Titre ·
- Revenu ·
- Fortune ·
- Capital
- Ouvrage ·
- Vendeur ·
- Carrelage ·
- Sinistre ·
- Tribunal judiciaire ·
- Vice caché ·
- Préjudice moral ·
- Coûts ·
- Commissaire de justice ·
- Garantie
- Baux d'habitation et baux professionnels ·
- Contrats ·
- Loyer ·
- Résiliation du bail ·
- Demande ·
- Bailleur ·
- Titre ·
- Indemnité d 'occupation ·
- Expulsion ·
- Commandement de payer ·
- Paiement ·
- Locataire
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Baux d'habitation ·
- Contrats ·
- Mise en état ·
- Jonction ·
- Connexité ·
- Procédure ·
- Magistrat ·
- Appel ·
- Avocat ·
- Charges ·
- Instance ·
- Répertoire
- Contrat tendant à la réalisation de travaux de construction ·
- Contrats ·
- Villa ·
- Tribunal judiciaire ·
- Conséquences manifestement excessives ·
- Exécution provisoire ·
- Destruction ·
- Ouvrage ·
- Coûts ·
- Risque ·
- Jugement ·
- Permis de construire
- Demande d'indemnisation à raison d'une détention provisoire ·
- Relations avec les personnes publiques ·
- Responsabilité des personnes publiques ·
- Préjudice moral ·
- Réparation ·
- Détention provisoire ·
- Épouse ·
- L'etat ·
- Procédure pénale ·
- Indemnisation ·
- Physique ·
- Préjudice personnel ·
- Procédure
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Prêt d'argent, crédit-bail , cautionnement ·
- Prêt - demande en remboursement du prêt ·
- Contrats ·
- Société de gestion ·
- Prêt ·
- Management ·
- Fonds commun ·
- Cautionnement ·
- Service ·
- Mention manuscrite ·
- Intérêt ·
- Mentions ·
- Titre
- Relations du travail et protection sociale ·
- Protection sociale ·
- Pension d'invalidité ·
- Interruption ·
- Recours ·
- Usure ·
- Travail ·
- Tribunal judiciaire ·
- Assurance maladie ·
- Ouverture ·
- Assurance invalidité ·
- Maladie
- Contrat d'assurance ·
- Contrats ·
- Irrecevabilité ·
- Adresses ·
- Tribunal judiciaire ·
- Conclusion ·
- Ordonnance ·
- Avis ·
- Signification ·
- Appel ·
- Avocat ·
- Notification
Sur les mêmes thèmes • 3
- Relations du travail et protection sociale ·
- Relations individuelles de travail ·
- Absence injustifiee ·
- Rappel de salaire ·
- Employeur ·
- Licenciement ·
- Salarié ·
- Travail ·
- Titre ·
- Liquidation judiciaire ·
- Sécurité ·
- Liquidation
- Relations avec les personnes publiques ·
- Responsabilité des personnes publiques ·
- Enquête ·
- Commission rogatoire ·
- Faute lourde ·
- Tribunal correctionnel ·
- L'etat ·
- Préjudice ·
- Plainte ·
- Usurpation d’identité ·
- Crédit ·
- Service
- Piscine ·
- Construction ·
- In solidum ·
- Tribunal judiciaire ·
- Assureur ·
- Adresses ·
- Avocat ·
- Procédures de rectification ·
- Date ·
- Tva
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.