Confirmation 8 avril 2025
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Sur la décision
| Référence : | CA Paris, pôle 1 ch. 12, 8 avr. 2025, n° 25/00198 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour d'appel de Paris |
| Numéro(s) : | 25/00198 |
| Importance : | Inédit |
| Décision précédente : | Tribunal de grande instance de Meaux, 24 mars 2025, N° 25/00198;25/00423 |
| Dispositif : | Autre |
| Date de dernière mise à jour : | 13 avril 2025 |
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Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
COUR D’APPEL DE PARIS
Pôle 1 – Chambre 12
SOINS PSYCHIATRIQUES SANS CONSENTEMENT
ORDONNANCE DU 08 AVRIL 2025
(n°198, 4 pages)
N° du répertoire général : N° RG 25/00198 – N° Portalis 35L7-V-B7J-CLBSE
Décision déférée à la Cour : Ordonnance du 24 Mars 2025 -Tribunal Judiciaire de MEAUX (Magistrat du siège) – RG n° 25/00423
L’audience a été prise au siège de la juridiction, en audience publique, le 03 Avril 2025
Décision : Réputée contradictoire
COMPOSITION
Marie-Sygne BUNOT-ROUILLARD, conseillère à la cour d’appel, agissant sur délégation du Premier Président de la cour d’appel de Paris,
assistée de Morgane CLAUSS, greffier lors des débats et de la mise à disposition de la décision
APPELANT
Monsieur [E] [M] (Personne faisant l’objet de soins)
né le 28 septembre 1988 à [Localité 4]
demeurant [Adresse 2]
Actuellement hospitalisé au C.H. de [Localité 3],
comparant assisté de Me Sarah GARCIA, avocat commis d’office au barreau de Paris,
INTIMÉ
M. LE DIRECTEUR DU C.H. [Localité 3]
non comparant, non représenté,
TIERS
Madame [O] [M]
demeurant [Adresse 1]
non comparant, non représenté,
MINISTÈRE PUBLIC
Représenté par Madame LIFCHITZ, avocate générale,
Comparante,
EXPOSÉ DES FAITS, DE LA PROCÉDURE, DES DEMANDES ET MOYENS DES PARTIES :
M. [E] [M] a été admis en hospitalisation complète sans son consentement sur décision du directeur de l’établissement de santé selon la procédure prévue à l’article L.3212-3 du Code de la santé publique et à la demande d’un tiers en urgence en raison d’un risque grave d’atteinte à l’intégrité du patient, à compter du 14 juin 2024 avec maintien en date du 17 juin 2024.
Le seul contrôle du juge judiciaire est intervenu suivant ordonnance rendue le 24 juin 2024 et un programme de soins en ambulatoire a été mis en place à compter du 26 juin 2024.
La réadmission de M. [E] [M] en hospitalisation complète est intervenue le 13 mars 2025 dans le cadre de la procédure prévue à l’article L.3211-11 alinéa 2 du même Code.
Par requête reçue au greffe le 19 mars 2025, le directeur de l’établissement a saisi le juge du tribunal judiciaire de Meaux aux fins de poursuite de la mesure d’hospitalisation complète à l’égard de M. [E] [M].
Par ordonnance du 24 mars 2025, le juge précité a autorisé la poursuite de l’hospitalisation complète.
Le 27 mars 2024, M. [E] [M] a interjeté appel de cette ordonnance qui lui avait été notifiée le 25 mars 2025, expliquant que les traitements prescrits de force provoquent des effets indésirables, qu’il désire les cesser quitte à voir un psychiatre tous les mois et qu’il reconnaît ses torts à l’égard de Mme [V], ne cautionnant aucune violence.
Les parties ont été convoquées à l’audience du 03 avril 2025 qui s’est tenue au siège de la juridiction et publiquement.
A l’audience, le directeur de l’établissement et le tiers demandeur initial ne comparaissent pas.
L’avocat de M. [E] [M], développant ses conclusions oralement, sollicite l’infirmation de l’ordonnance du 24 mars 2025 et la mainlevée de la mesure d’hospitalisation complète au motif’que la situation de M. [E] [M] évolue positivement et qu’il consent aux soins, étant prêt à suivre le traitement en dehors du cadre de hospitalisation complète.
M. [E] [M], qui produit une attestation de son frère, demande sa sortie ainsi qu’une expertise médicale et expose qu’il va mieux sans traitement en raison des nombreux effets secondaires de ces derniers, qu’il est très calme et nullement agressif et que le Dr [R] avait accepté de l’injection-retard n’intervienne plus que tous les trois mois mais que le Dr [T] qui le remplace désormais a décidé de la poursuite du traitement à l’identique avec une injection mensuelle.
Le ministère public conclut à la confirmation de cette même ordonnance et à la poursuite de la mesure, au regard du certificat médical de situation et de la confirmation à l’audience par M. [E] [M] qu’il ne souhaite pas le traitement.
MOTIVATION':
Selon l’article L.3212-1 du Code de la santé publique, une personne atteinte de troubles psychiques ne peut faire l’objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d’un établissement de santé que lorsque deux conditions sont réunies :
— ses troubles psychiques rendent impossible son consentement,
— son état mental impose des soins immédiats assortis soit d’une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d’une surveillance régulière justifiant une prise en charge en hospitalisation à temps partiel, ou sous la forme d’un programme de soins ambulatoires ou à domicile.
L’article L3211-11 alinéa 2 du même Code prévoit que «'Le psychiatre qui participe à la prise en charge du patient transmet immédiatement au directeur de l’établissement d’accueil un certificat médical circonstancié proposant une hospitalisation complète lorsqu’il constate que la prise en charge de la personne décidée sous une autre forme ne permet plus, notamment du fait du comportement de la personne, de dispenser les soins nécessaires à son état. Lorsqu’il ne peut être procédé à l’examen du patient, il transmet un avis établi sur la base du dossier médical de la personne.'»
Les certificats et avis médicaux doivent dès lors établir que la prise en charge sous la forme du programme de soins ne permet plus, du fait ou non du comportement de l’intéressé, de dispenser les soins nécessaires à son état, que ce soit en raison d’un défaut de respect du programme de soins ne permettant plus aucune vérification d’un état de santé susceptible de se dégrader ou d’une aggravation de l’état de santé du patient y compris lorsqu’il respecte son programme de soins.
Le juge contrôle la régularité formelle de l’ensemble de la procédure de soins psychiatriques sans consentement depuis la dernière décision judiciaire intervenue puis sous la forme actuelle de l’hospitalisation complète, la réunion des conditions de fond de la mesure de soins psychiatriques sans consentement au regard de son caractère nécessaire, adapté et proportionné à la privation de liberté ainsi imposée à la personne, plus particulièrement lorsqu’elle est hospitalisée. Dans l’exercice de son office, le juge ne saurait se substituer au médecin dans l’appréciation de l’état mental du patient et de son consentement aux soins (1re Civ., 27 septembre 2017, n°16-22.544).
L’article R.3211-24 dispose d’ailleurs que l’avis médical joint à la saisine du juge doit décrire avec précision les manifestations des troubles mentaux dont est atteinte la personne qui bénéficie de soins psychiatriques et les circonstances particulières qui, toutes deux, rendent nécessaire la poursuite de l’hospitalisation complète au regard des conditions posées par l’article L.3212-1 précité, tandis que l’article L.3211-12-4 prévoit qu’un avis rendu par un psychiatre de l’établissement se prononçant sur la nécessité de poursuivre l’hospitalisation complète est adressé au greffe de la cour d’appel au plus tard 48 heures avant l’audience (délai sans sanction).
Il résulte enfin de l’article L.3216-1 que l’irrégularité affectant une décision administrative de soins psychiatriques sans consentement n’entraîne la mainlevée de la mesure que s’il en est résulté une atteinte aux droits de la personne qui en fait l’objet. Il appartient donc au juge de rechercher, d’abord, si l’irrégularité affectant la procédure est établie, puis, dans un second temps, si de cette irrégularité résulte une atteinte concrète aux droits de l’intéressé. Au surplus, si cette disposition donne compétence exclusive au juge judiciaire pour connaître des contestations relatives à la régularité des décisions administratives prises en matière de soins psychiatriques sans consentement, celui-ci n’est jamais tenu de relever d’office le moyen pris de l’irrégularité de la procédure au regard des dispositions du Code de la santé publique (1re Civ., 5 mars 2020, pourvoi n° 19-24.080, publié, 1re Civ., 5 mars 2020, pourvoi n°19-23.287, publié).
1) Sur la régularité de la procédure :
La recevabilité de l’appel n’est ici ni discutée ni discutable, ce dernier ayant été formé dans le délai de 10 jours à compter de la notification de l’ordonnance en cause.
L’ensemble des certificats médicaux, décisions de maintien comme de réintégration motivées et notifications étant produits aux débats, la procédure est régulière en la forme et cette régularité n’a pas été discutée en appel.
2) Sur le bien-fondé de la mesure (réunion des conditions de fond) :
Il résulte du certificat de réintégration en hospitalisation complète émanant du Dr [R] en date du 13 mars 2025 que M. [E] [M] présentait alors une accélération psychomotrice, une sub-logorrhée, une tachyphémie et une tachypsychie, étant ambivalent quant à la présence d’hallucinations, présentant des troubles du sommeil avec insomnie et réveils multiples, un déni des troubles et une ambivalence aux soins. Il doit être noté que M. [E] [M] avait refusé son traitement le 06 février 2025 et ne s’était pas présenté à la consultation prévue le 06 mars 2025.
Par avis psychiatrique motivé du Dr [R] en date du 19 mars 2025 joint à la saisine du premier juge, étaient décrits une logorrhée avec un discours décousu et délirant à thématiques de persécution, de mégalomanie et de référence, sous-tendus par des mécanismes hallucinatoires (olfactif et cénesthésique), interprétatif et intuitif, une rationalisation des troubles et une banalisation des antécédents de violences. Le maintien de l’hospitalisation complète était préconisé.
L’avis psychiatrique motivé du Dr [T] en date du 1er avril 2025 établi afin d’être adressé à la cour d’appel relève un contact médiocre, un discours logorrhéique portant sur des revendications quant au traitement, une reconnaissance partielle des troubles s’agissant de son comportement inadapté il y a un an mais un déni du surplus, une banalisation et une rationalisation de ses actes hétéro-agressifs et une volonté affirmée d’arrêt immédiat du traitement dès la sortie d’hospitalisation. Le maintien de l’hospitalisation complète reste préconisé, seule garantie des soins nécessaires.
Aucun élément plus récent n’est versé aux débats venant en infirmer la pertinence à ce jour ni justifier une expertise.
En l’état, au vu des dernières constatations médicales comme des débats à l’audience, il apparaît donc que des soins doivent encore être dispensés à M. [E] [M] de façon contrainte, dans son intérêt, et sous surveillance constante notamment en raison de la persistance des symptômes de sa pathologie'; il y a donc lieu de confirmer l’ordonnance critiquée.
PAR CES MOTIFS,
Le magistrat délégué du premier président, statuant en dernier ressort, publiquement, par décision réputée contradictoire mise à disposition au greffe,
DÉCLARE l’appel recevable,
CONFIRME l’ordonnance du juge chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés prévues par le Code de la santé publique de Meaux en date du 24 mars 2025,
LAISSE les dépens à la charge de l’État.
Ordonnance rendue le 08 AVRIL 2025 par mise à disposition au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile.
LE GREFFIER LE MAGISTRAT DÉLÉGUÉ
Notification ou avis fait à :
X patient à l’hôpital
ou/et ' par LRAR à son domicile
X avocat du patient
X directeur de l’hôpital
X tiers par LS
' préfet de police
' avocat du préfet
' tuteur / curateur par LRAR
X Parquet près la cour d’appel de Paris
AVIS IMPORTANTS :
Je vous informe qu’en application de l’article R.3211-23 du code de la santé publique, cette ordonnance n’est pas susceptible d’opposition. La seule voie de recours ouverte aux parties est le pourvoi en cassation . Il doit être introduit dans le délai de 2 mois à compter de la présente notification, par l’intermédiaire d’un avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation.
Le pourvoi en cassation est une voie extraordinaire de recours qui exclut un nouvel examen des faits ; il a seulement pour objet de faire vérifier par la Cour de Cassation si la décision rendue est conforme aux textes législatifs en vigueur.
Ce délai est augmenté d’un mois pour les personnes qui demeurent dans un département ou territoire d’outre-mer et de deux mois pour celles qui demeurent à l’étranger.
RE’U NOTIFICATION LE :
SIGNATURE DU PATIENT :
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