Confirmation 16 décembre 2025
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Sur la décision
| Référence : | CA Rouen, ch. des étrangers, 16 déc. 2025, n° 25/04572 |
|---|---|
| Juridiction : | Cour d'appel de Rouen |
| Numéro(s) : | 25/04572 |
| Importance : | Inédit |
| Décision précédente : | Tribunal de grande instance, 13 décembre 2025 |
| Dispositif : | Autre |
| Date de dernière mise à jour : | 25 décembre 2025 |
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Texte intégral
N° RG 25/04572 – N° Portalis DBV2-V-B7J-KEDI
COUR D’APPEL DE ROUEN
JURIDICTION DU PREMIER PRÉSIDENT
ORDONNANCE DU 16 DECEMBRE 2025
Bertrand DIET, Conseillerà la cour d’appel de Rouen, spécialement désigné par ordonnance de la première présidente de ladite cour pour la suppléer dans les fonctions qui lui sont spécialement attribuées,
Assisté de Monsieur [K], Greffier stagiaire en préaffectation ;
Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu la requête du préfet des Côtes-d’Armor tendant à voir prolonger pour une durée supplémentaire de trente jours la mesure de rétention administrative qu’il a prise le 14 novembre 2025 à l’égard de M. [T] [C] [P] né le 24 Mai 2001 à [Localité 3] (ALGERIE) ;
Vu l’ordonnance rendue le 13 Décembre 2025par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Rouen autorisant le maintien en rétention de M. [T] [C] [P] pour une durée supplémentaire de trente jours à compter du 14 décembre 2025 à 00h00 jusqu’au 12 janvier 2026 à 24h00 ;
Vu les appels interjetés par M. [T] [C] [P], parvenus au greffe de la cour d’appel de Rouen le 15 décembre 2025 à 10h44 et le 15 décembre 2025 à 11h11;
Vu l’avis de la date de l’audience donné par le greffier de la cour d’appel de Rouen :
— aux services du directeur du centre de rétention de [Localité 2],
— à l’intéressé,
— au préfet des Côtes-d’Armor,
— à Me Bérengère GRAVELOTTE, avocat au barreau de ROUEN, de permanence;
Vu les dispositions des articles L 743-8 et R 743-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu la décision prise de tenir l’audience grâce à un moyen de télécommunication audiovisuelle et d’entendre la personne retenue par visioconférence depuis les locaux dédiés à proximité du centre de rétention administrative de [Localité 2] ;
Vu la demande de comparution présentée par M. [T] [C] [P] ;
Vu l’avis au ministère public ;
Vu les débats en audience publique, en l’absence du PREFET DES COTES D’ARMOR et du ministère public ;
Vu la comparution de M. [T] [C] [P] par visioconférence depuis les locaux dédiés à proximité du centre de rétention administrative de [Localité 2] ;
Me Bérengère GRAVELOTTE, avocat au barreau de ROUEN étant présente au palais de justice ;
Vu les réquisitions écrites du ministère public ;
Les réquisitions et les conclusions ont été mises à la disposition des parties ;
L’appelant et son conseil ayant été entendus ;
****
Décision prononcée par mise à disposition de l’ordonnance au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile.
****
FAITS, PROCÉDURE ET MOYENS
M. [T] [C] [P] a été placé en rétention administrative. Le Juge judiciaire de [Localité 4] a autorise la prolongation de sa rétention pour une durée de 26 jours par ordonnance rendue le 08 novembre 2025 à 13h45. La cour d’appel a confirmé la décision le 20 novembre 2025 à 14H30;
Le Préfet des Côtes d’Armor a saisi le Juge judiciaire de [Localité 4] par requête reçue le 12 décembre 2025 à 16H13 d’une nouvelle demande de prolongation de la rétention de M. [T] [C] [P] .
Parr ordonnance rendue le 13 décembre 2025 à 12h30, le Juge judiciaire a autorisé la prolongation de la rétention.
M. [T] [C] [P] a interjeté appel de cette décision, considérant qu’elle serait entachée d’illégalité sur les moyens suivants :
— en raison de l’absence de pièces prouvant les diligences de l’administration,
' en raison du recours illégal à la visioconférence,
' en raison de l’absence d’examen de l’assignation à résidence administrative,
' en raison de l’absence de perspectives d’éloignement,
A l’audience, le conseil de l’intéressé a soulevé un moyen nouveau oralement, tiré de l’absence de preuve de la notification de la précédente décision rendue par la cour d’appel le 20 novembre 2025. Dans le respect du principe du contradictoire il a été soulevé l’irrecevabilité de ce moyen nouveau et le conseil de l’intéressé a été entendu conformément aux dispositions de l’article 16 du code de procédure civile.
MOTIVATION DE LA DECISION
Sur la recevabilité de l’appel
Il résulte des énonciations qui précédent que l’appel interjeté par M. [T] [C] [P] à l’encontre de l’ordonnance rendue le 13 Décembre 2025 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Rouen est recevable.
Sur le fond
— sur le moyen nouveau soulevé oralement tiré de l’absence de preuve de la notification de la décision rendue par la cour d’appel de Rouen précédemment du 20 novembre 2025 :
S’agissant du moyen tenant à l’absence de preuve de la précédente décision rendue par la cour d’appel de Rouen le 20 novembre 2025, il y a lieu de noter que ce moyen a été soulevé oralement lors de l’audience en violation du principe du contradictoire. Il sera en conséquence déclaré irrecevable.
En effet si les moyens de l’acte d’appel peuvent être complétés par de nouveaux moyens dans le délai de recours de 24h, en revanche il est constant qu’en l’absence d’une des parties, seuls les moyens énoncés dans la déclaration d’appel peuvent être invoqués (1ère Civ. 23 juin 2010, pourvoi n° 09-14.958). Il s’agit du principe du contradictoire dont le juge civil est le gardien.
— Sur le moyen tiré de l’absence de pièces prouvant les diligences de l’administration:
M. [T] [C] [P] rappelle les dispositions des articles R743 ' 2 du CESEDA et de la nécessité pour la requête du préfet d’être motivée et accompagnée de toutes pièces justificatives utiles ; et de souligner qu’en l’espèce « à défaut de produire lesdites pièces nécessaires à la demande de prolongation de ma rétention, la requête préfectorale aurait dû et déclaré irrecevable’ »
SUR CE,
La cour considère que faute pour M. [T] [C] [P] de préciser les pièces utiles qui auraient dû accompagner la requête et les conséquences liées à cette absence de production en fait, il y a lieu de rejeter le moyen qui apparaître général dans sa formulation.
' Sur le moyen tiré du recours illégal à la visioconférence :
L’article L.743-7 du CESEDA, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024, dispose : " Afin d’assurer une bonne administration de la justice et de permettre à l’étranger de présenter ses explications, l’audience se tient dans la salle d’audience attribuée au ministère de la justice spécialement aménagée à proximité immédiate du lieu de rétention.
Le juge peut toutefois siéger au tribunal judiciaire dans le ressort duquel se situe le lieu de rétention. Les deux salles d’audience sont alors ouvertes au public et reliées entre elles en direct par un moyen de communication audiovisuelle garantissant la confidentialité et la qualité de la transmission.
Dans le cas mentionné au deuxième alinéa, le conseil de l’étranger, de même que le représentant de l’administration, peuvent assister à l’audience dans l’une ou l’autre salle. Il a le droit de s’entretenir avec son client de manière confidentielle. Une copie de l’intégralité du dossier est mise à la disposition du requérant. Un procès-verbal attestant de la conformité des opérations effectuées au présent article est établi dans chacune des salles d’audience.
Le juge peut, de sa propre initiative ou sur demande des parties, suspendre l’audience lorsqu’il constate que la qualité de la retransmission ne permet pas à l’étranger ou à son conseil de présenter ses explications dans des conditions garantissant une bonne administration de la justice.
Par dérogation au premier alinéa, lorsqu’aucune salle n’a été spécialement aménagée à proximité immédiate ou en cas d’indisponibilité de la salle, l’audience se tient au siège du tribunal judiciaire dans le ressort duquel se situe le lieu de rétention.
Par dérogation au présent article, lorsqu’est prévue une compétence territoriale dérogatoire à celle fixée par voie réglementaire, l’audience se tient au siège du tribunal judiciaire auquel appartient le juge compétent. Le juge peut toutefois décider que l’audience se déroule avec l’utilisation de moyens de communication audiovisuelle, dans les conditions prévues aux deuxième et troisième alinéas. "
Tant le Conseil d’Etat (18 novembre 2011) que la Cour de cassation (notamment 12 octobre 2011) ont estimé que si la salle d’audience était autonome et hors de l’enceinte du centre de rétention administrative, qu’elle était accessible au public par une porte autonome donnant sur la voie publique, que la ou les salles d’audience n’étaient pas reliées aux bâtiments composant le centre, qu’une clôture la séparait du centre de rétention, ces conditions permettent au juge de statuer publiquement, dans le respect de l’indépendance des magistrats et de la liberté des parties.
Il est par ailleurs acquis que l’utilisation de la visioconférence lors de l’audience devant le juge des libertés et de la détention ne contrevient pas aux dispositions de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme garantissant le droit à un procès équitable.
Il en résulte que le recours à la visioconférence est subordonné à la condition que soit assurée la confidentialité de la transmission entre le tribunal et la salle d’audience spécialement aménagée à cet effet, ouverte au public et située dans les locaux attribués au ministère de la justice (décision n°2018-770 DC du 6 septembre 2018, §28) à proximité immédiate et non à l’intérieur du centre de rétention ou dans des locaux relevant du Ministère de l’Intérieur, étant précisé que le fait que cette salle soit éventuellement gérée par le ministère de l’intérieur n’est pas de nature à remettre en cause son attribution au ministère de la justice ;
En l’espèce, sur le caractère adapté ou non de la salle d’audience aménagée, la cour relève que ladite salle, la salle de télévision où se trouve la personne retenue et la salle réservée aux entretiens confidentiels avec l’avocat, sont situées dans l’enceinte territoriale de l'[Localité 1] de Police de [Localité 2], comme le centre de rétention administrative lui-même, mais dans des locaux totalement indépendants du centre, en ce qu’elle n’est pas reliée aux bâtiments composant le centre, qu’elle est accessible au public par une porte autonome donnant sur la voie publique, une clôture séparant son accès du centre de rétention. En tout état de cause, il n’est pas soutenu, et a fortiori justifié de ce que des personnes se seraient présentées pour assister à l’audience depuis la salle située à [Localité 2] et en auraient été empêchées.
L’audience devant le juge des libertés et de la détention de Rouen et devant la cour d’appel s’est donc tenue, conformément au deuxième alinéa de l’article précité, dans une salle ouverte au public au tribunal judiciaire située à proximité immédiate des locaux du centre de rétention, spécialement aménagée à cet effet et attribuée au ministère de la justice, par un moyen de communication audiovisuelle garantissant, la clarté, la sincérité et la publicité des débats, la confidentialité et la qualité de la transmission, un procès-verbal de l’audience en visio-conférence ayant été établi à cet effet.
En conséquence, le moyen sera rejeté.
— sur le moyen tiré de l’assignation à résidence administrative :
M. [T] [C] [P] rappelle qu’il vit en couple depuis 2007 avec sa compagne et leurs trois enfants mineurs à [Localité 5], soulignant que l’adresse est connue la préfecture puisqu’elle lui adressait des courriers à celle-ci. Il ajoute que s’il n’a plus de passeport, c’est parce que la préfecture l’a perdu. Il considère disposer de garanties de représentation fiables.
SUR CE,
La cour rappelle, à l’identique de la motivation retenue par le premier juge, que ce moyen a déjà été développé devant le premier président de la cour d’appel de Rouen et qu’une décision a été rendue sur ce point le 20 novembre 2025. Le moyen avait alors été rejeté.
M. [T] [C] [P] ne produit aucun élément nouveau permettant le réexamen de sa situation.
Il y a lieu de rejeter le moyen soulevé.
' Sur le moyen tiré de l’absence de perspectives d’éloignement :
M. [T] [C] [P] fait valoir que les relations diplomatiques avec l’Algérie sont bloquées et que les autorités consulaires algériennes organisent pas de rendez-vous consulaires et qu’elles refusent de délivrer des laissez-passer consulaires.
SUR CE,
S’agissant des relations diplomatiques sur lesquelles se fonde le recours, il est constant que le juge judiciaire ne saurait fonder la décision relative à la prolongation de la rétention administrative sur son appréciation de l’existence ou l’absence de perspectives d’éloignement vers le pays de destination choisi par l’autorité administrative.
Ce raisonnement revient en effet, implicitement mais nécessairement, à s’arroger un droit de contrôle sur le choix du pays d’éloignement, en contradiction avec le principe de séparation des pouvoirs donnant compétence exclusive au juge administratif pour ce faire. (Cour de cassation 1ère civile 05 décembre 2018 n° Y 17-30.979)
La délivrance d’un laissez-passer consulaire est un acte de souveraineté nationale justifié, non par des raisons juridiques, mais par des enjeux diplomatiques qui sont nécessairement fluctuants en fonctions des circonstances internationales sur lesquelles le juge judiciaire n’a pas pouvoir d’opiner.
En l’espèce, il n’est pas établi que l’éloignement vers l’Algérie est impossible ni même que les vols sont tous suspendus, ni que les autorités consulaires algériennes refusent la délivrance de laissez-passer consulaire.
L’ordonnance rendue en première instance sera confirmée en toutes ses dispositions.
PAR CES MOTIFS :
Statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire et en dernier ressort,
Déclare recevable l’appel interjeté par M. [T] [C] [P] à l’encontre de l’ordonnance rendue le 13 Décembre 2025 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Rouen, prolongeant la mesure de rétention administrative le concernant pour une durée supplémentaire de trente jours ;
Confirme la décision entreprise en toutes ses dispositions.
Fait à [Localité 4], le 16 Décembre 2025 à 09h30.
LE GREFFIER, LE CONSEILLER,
NOTIFICATION
La présente ordonnance est immédiatement notifiée contre récépissé à toutes les parties qui en reçoivent une expédition et sont informées de leur droit de former un pourvoi en cassation dans les deux mois de la présente notification et dans les conditions fixées par les articles 973 et suivants du code de procédure civile.
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