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Sur la décision
| Référence : | CNOM, ch. disciplinaire nationale, 11 janv. 2024, n° 14390 |
|---|---|
| Numéro : | 14390 |
Texte intégral
CHAMBRE DISCIPLINAIRE NATIONALE DE L’ORDRE DES MEDECINS […]
N° 14390 _____________________
Dr A _____________________
Audience du 11 janvier 2024 Décision rendue publique par affichage le 4 avril 2024
LA CHAMBRE DISCIPLINAIRE NATIONALE DE L’ORDRE DES MEDECINS,
Vu la procédure suivante :
Par une plainte, enregistrée le 25 janvier 2018 à la chambre disciplinaire de première instance d’Ile-de-France de l’ordre des médecins, transmise par le conseil départemental de la Ville de Paris de l’ordre des médecins, qui ne s’y est pas associé, le Dr B a demandé à cette chambre de prononcer une sanction à l’encontre du Dr A, qualifié spécialiste en anesthésie-réanimation.
Par une décision n° C.2018-6136 du 21 mars 2019, la chambre disciplinaire de première instance a rejeté la plainte du Dr B.
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2019, et des mémoires, enregistrés les 9 mars 2020, 16 mars et 19 novembre 2021, 12 avril 2022, et un mémoire récapitulatif, produit conformément aux dispositions de l’article R. 611-8-1 du code la santé publique, enregistré le 27 février 2023, le Dr B demande à la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins :
1° de surseoir à statuer ;
2° d’annuler la décision de première instance ;
3° de prononcer une sanction à l’encontre du Dr A ;
4° de mettre à la charge du Dr A une somme de 3 000 euros au titre du I de l’article 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il convient d’attendre l’issue de la plainte contre le Dr A pour usurpation d’identité ;
- l’activité qu’il exerçait à la clinique ABC l’était à titre personnel, sans l’aide de médecins remplaçants ;
- le Dr A, qui organisait les plannings de la clinique, a eu recours à des remplacements irréguliers et procédé à une facturation également irrégulière des gardes réalisées dans ce cadre ;
- il ignorait ces pratiques ;
- la sanction du blâme infligée au Dr A par décision du 15 juin 2018 de la chambre disciplinaire de première instance de Midi-Pyrénées de l’ordre des médecins concernait des faits et des parties différents, d’autant que sa plainte portait également sur l’usurpation de son identité et de son numéro professionnel.
Par des mémoires, enregistrés les 23 décembre 2019, 19 juin 2020 et 17 septembre 2021, le Dr A conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du Dr B au titre du I de l’article 75 de la loi du 10 juillet 1991.
1
CHAMBRE DISCIPLINAIRE NATIONALE DE L’ORDRE DES MEDECINS […]
Il soutient que :
- la plainte du Dr B est irrecevable en vertu de la règle non bis in idem ;
- les poursuites dont il a été l’objet sont de même nature et reposent sur les mêmes faits et manquements que ceux invoqués par le Dr B ;
- le Dr B connaissait les remplaçants en cause et recevait chaque mois un récapitulatif des honoraires ;
- l’usurpation d’identité invoquée n’est pas démontrée.
Par une ordonnance du 23 janvier 2023, le président de la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins a fixé la clôture de l’instruction au 7 mars 2023 à 12h.
Un mémoire du Dr A a été enregistré le 4 décembre 2023. Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique, notamment le code de déontologie médicale figurant aux articles R. 4127-1 à R. 4127-112 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, notamment le I de l’article 75.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 11 janvier 2024, les parties ayant été informées du changement intervenu dans la composition de la formation de jugement dont elles avaient été averties :
- le rapport du Dr Wilmet ;
- les observations de Me Guesdon Vennerie pour le Dr B, et celui-ci en ses explications ;
- les observations de Me Forty de Lamarre pour le Dr A, et celui-ci en ses explications.
Le Dr A a été invité à reprendre la parole en dernier.
APRES EN AVOIR DELIBERE,
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l’instruction que, par décision n° 1604 du 15 juin 2018, la chambre disciplinaire de première instance de Midi-Pyrénées de l’ordre des médecins, saisie d’une plainte de la clinique ABC , a infligé au Dr A la sanction du blâme pour avoir méconnu l’obligation prescrite par l’article R. 4127-30 du code de la santé publique en faisant intervenir, au sein de la clinique, des remplaçants de nationalité étrangère, qui n’étaient pas inscrits au tableau de l’ordre des médecins et ne disposaient pas des titres et diplômes leur permettant d’exercer la médecine dans un établissement de santé privé en France. Par la plainte qu’il a déposée le 20 avril 2017 à l’encontre du Dr A, auprès du conseil départemental de la Ville de Paris de l’ordre des médecins, le Dr B reprochait à ce dernier d’avoir fait appel, au sein de la clinique ABC, à des médecins étrangers qui n’étaient pas inscrits au tableau de l’ordre des médecins, mais également d’avoir usurpé son identité et son numéro professionnel lors de la facturation des gardes irrégulières qu’il organisait.
2
CHAMBRE DISCIPLINAIRE NATIONALE DE L’ORDRE DES MEDECINS […]
2. Ainsi que l’a jugé par la décision attaquée la chambre disciplinaire de première instance d’Ile-de-France de l’ordre des médecins, les manquements invoqués par le Dr B et relatifs au recours irrégulier à des médecins remplaçants ont été sanctionnés par la décision précitée du 15 juin 2018. Le principe non bis in idem, qui interdit en matière disciplinaire notamment de sanctionner plusieurs fois une même personne à raison des mêmes faits, s’opposait à ce que le Dr A soit à nouveau poursuivi devant une juridiction disciplinaire pour ces remplacements irréguliers et ce, bien que la première instance ait été introduite par la clinique ABC et la seconde par le Dr B.
3. En revanche, le grief fondé sur l’utilisation de l’identité et du numéro professionnel du Dr B, reproché au Dr A, qui repose sur des faits différents de ceux ayant donné lieu à la décision du 15 juin 2018, est recevable. La circonstance, à la supposer établie, que le Dr B n’ignorait pas la présence irrégulière de remplaçants ni, par voie de conséquence, la facturation de leur intervention par référence nécessairement frauduleuse à l’identification d’un praticien en titre de la clinique, n’a pas pour effet de disculper le Dr A des conséquences de la connaissance qu’il avait, pour le moins, d’une telle pratique. Le Dr A, qui ne justifie, ni même n’allègue, avoir tenté de s’opposer à ces facturations frauduleuses, a ainsi commis un manquement à la possibilité pour un praticien de ne se faire remplacer que par un confrère inscrit au tableau de l’ordre, conformément à l’article R. 4127-65 du code de la santé publique. Il a également ignoré l’obligation de moralité et de probité, prescrite par l’article R. 4127-3 du code déjà cité.
4. Il y a lieu, dans ces circonstances, d’infliger au Dr A la sanction du blâme.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
5. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions du Dr B fondées sur les dispositions du I de l’article 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
6. Les même dispositions font obstacle, en tout état de cause, à ce qu’une somme soit allouée au Dr A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
PAR CES MOTIFS, D E C I D E :
Article 1er : La sanction du blâme est infligée au Dr A.
Article 2 : La décision de la chambre disciplinaire de première instance d’Ile-de-France de l’ordre des médecins du 21 mars 2019 est annulée.
Article 3 : Les conclusions du Dr B et du Dr A fondées sur les dispositions du I de l’article 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente décision sera notifiée au Dr A, au Dr B, au conseil départemental de la Ville de Paris de l’ordre des médecins, à la chambre disciplinaire de première instance d’Ile-de-France de l’ordre des médecins, au directeur général de l’agence régionale de santé d’Ile-de-France, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris, au Conseil national de l’ordre des médecins et au ministre chargé de la santé.
3
CHAMBRE DISCIPLINAIRE NATIONALE DE L’ORDRE DES MEDECINS […]
Ainsi fait et délibéré par : Mme Erstein, conseiller d’Etat honoraire, président ; Mmes les Drs Baland-Peltre, X, Escobedo, Y, Z, M. le Dr Wilmet, membres.
Le conseiller d’Etat honoraire, président de la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins
AA Erstein
Le greffier en chef
François-Patrice AB
La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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