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Sur la décision
| Référence : | TA Lyon, 25 juin 2025, n° 2502027 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Lyon |
| Numéro : | 2502027 |
| Type de recours : | Plein contentieux |
| Dispositif : | Expertise / Médiation |
| Date de dernière mise à jour : | 1 juillet 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2025, Mme E B, représentée par Me Bellier (Selarl Sandra Bellier et associés) demande au juge des référés :
1°) d’ordonner une expertise relative aux conditions de sa prise en charge à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône à compter du 18 avril 2021 ;
2°) de réserver les dépens.
Elle soutient que :
— le 18 avril 2021, elle a été victime d’une chute lors d’une promenade à Saint-Sorlin et a été emmenée à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône ;
— une fracture de la malléole externe au pied gauche non comminutive et non déplacée est diagnostiquée ; une botte plâtrée de la cheville gauche est réalisée ;
— le 20 avril suivant, elle est contrainte de se rendre aux urgences, présentant des douleurs au niveau de son plâtre ;
— le 22 avril 2021, elle a subi une ostéosynthèse sous rachianesthésie ;
— du 13 au 16 mai 2021, elle est en proie à une forte douleur et à une sensation de chaleur au pied gauche, accompagnée de fièvre ;
— à compter du 17 mai 2021 elle a été hospitalisée pour une infection sur la cicatrice postopératoire de la malléole externe gauche ; elle a regagné son domicile de 3 juin 2021 avec une botte en résine amovible et différents traitements ;
— le 5 juin 2021 apparaît une infection du picc line ; elle présente en plus une réaction allergique et des rougeurs suite à l’administration de pénicilline ;
— l’expertise sollicitée vise à se prononcer tant sur les conditions de sa prise en charge que sur les affections iatrogènes et infections subies, ainsi que sur ses préjudices.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2025, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi (Selarl De la Grange et Fitoussi avocats) demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte de ses protestations et réserves sur la mesure d’expertise sollicitée ;
2°) de confier la mission d’expertise à un collège d’experts spécialisés en chirurgie orthopédique et en infectiologie et de compléter sa mission selon les termes de son mémoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, le centre hospitalier de Villefranche-sur-Saône, représenté par Me Rebaud (Selarl Rebaud avocat) demande au juge des référés :
1°) de désigner un expert spécialisé en maladie infectieuse et de compléter sa mission selon les termes de son mémoire ;
2°) de laisser les frais d’expertise à la charge de la requérante et de réserver les dépens.
La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d’assurance maladie du Rhône qui n’a pas présenté d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. () ».
2. La prescription d’une mesure d’expertise en application des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande d’expertise, d’apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. En premier lieu, la demande d’expertise présentée par Mme B, relative aux conditions de sa prise en charge à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône, à compter du 18 avril 2021, présente un caractère utile et entre dans le champ d’application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d’y faire droit dans les conditions précisées à l’article 1er de la présente ordonnance.
4. En deuxième lieu, en application des dispositions de l’article R. 621-2 du code de justice administrative, il n’est commis, en principe, qu’un seul expert, à moins que la juridiction n’estime nécessaire d’en désigner plusieurs. En l’état de l’instruction, il n’apparaît pas nécessaire de désigner un collège d’experts.
5. En troisième lieu, il n’appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d’intentions. Par suite, les conclusions de l’ONIAM présentées en ce sens sont rejetées.
6. En dernier lieu, il appartient à la seule présidente de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge de l’éventuelle allocation provisionnelle ou, après l’accomplissement de l’expertise, des frais et honoraires de celle-ci. Il suit de là que les conclusions des parties relatives à l’avance des frais d’expertise et aux dépens doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur C D, domiciliée 10 avenue Jean Noëllet à Aubière (63170), est désignée en qualité d’expert avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l’état de santé de Mme B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône à compter du 18 avril 2021 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l’examen sur pièces du dossier médical de Mme B, ainsi qu’éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l’état de santé de Mme B et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;
3°) préciser l’état actuel de Mme B et se prononcer sur l’origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;
4°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme B a été informée de la nature des opérations qu’elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ;
5°) donner son avis sur la prise en charge de Mme B à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi, ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, s’ils étaient pertinents, adaptés à l’état de Mme B et aux symptômes qu’elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l’art, notamment s’agissant de la prise en charge de l’infection ;
6°) donner son avis sur le point de savoir si l’état de Mme B a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, Mme B a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l’activité de l’hôpital ; à cet effet, se faire remettre les compte rendus du CLIN, l’ensemble des protocoles d’hygiène applicables à l’acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales ;
7°) préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes d’infection ; préciser à quelle date a été porté le diagnostic et dire par quels moyens cliniques et para-cliniques le diagnostic a été porté, et si un retard au diagnostic a été constaté ; dire quels sont les types de germes identifiés ;
8°) déterminer la porte d’entrée de cette infection en précisant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l’origine de cette infection et par qui, et dans quel établissement, il a été pratiqué ;
9°) dire si un manquement aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales peut être relevé et si l’ensemble des mesures de prévention ont été appliquées conformément aux règles de l’art ; dans la négative, analyser la nature des erreurs, manque de précautions, négligences ou autres défaillances relevées ; indiquer, le cas échéant, dans quelle mesure l’état de santé de la patiente l’exposait particulièrement à la survenue de l’infection ;
10°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l’organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme B à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme B une chance d’éviter la survenue du dommage et, dans l’affirmative, déterminer l’ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
11°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l’état initial de Mme B, ou l’évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l’établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
12°) indiquer, le cas échéant, la date de consolidation et, en l’absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de revoir Mme B ; dire si l’état de Mme B est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l’affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;
13°) déterminer, en les chiffrant précisément, les préjudices subis par Mme B notamment et le cas échéant :
— les préjudices patrimoniaux, temporaires et permanents, soit les dépenses de santé et frais futurs restés ou non à sa charge, l’assistance par une tierce personne, les répercussions sur l’activité professionnelle ;
— les préjudices extrapatrimoniaux, temporaires et permanents, soit le déficit fonctionnel temporaire et permanent, total et partiel, la durée de la période d’incapacité temporaire totale ou partielle, les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d’agrément, le préjudice sexuel, le préjudice d’établissement ;
— tous autres préjudices pouvant être constatés ;
14°) évaluer chacun de ces préjudices même en l’absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; distinguer, parmi ces préjudices, ceux imputables de manière directe, certaine et exclusive à son état initial et ceux imputables, dans les mêmes conditions, à l’infection contractée ou à d’autres causes ou pathologies ; dans le cas où les préjudices auraient plusieurs causes ou/et où le patient aurait perdu une chance de les éviter, indiquer la part de ces préjudices ou/et le taux de perte de chance de les éviter imputable à chacune des circonstances en présence ;
15°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d’assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l’état antérieur de Mme B ou à toute autre cause, de ceux imputables à l’intervention pratiquée ;
16°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l’importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
17°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.
L’expert disposera des pouvoirs d’investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l’accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L’expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L’expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu’il envisagera d’en tirer.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues à l’article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L’expertise aura lieu en présence de Mme B, de l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône, de l’ONIAM, de la mutuelle nationale des hospitaliers et des personnels de la santé et du social et de la caisse primaire d’assurance maladie du Rhône.
Article 5 : L’expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d’échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l’état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L’expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l’article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s’opérer dans les conditions prévues à l’article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B, à l’hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône, à l’ONIAM, de la mutuelle nationale des hospitaliers et des personnels de la santé et du social, à la caisse primaire d’assurance maladie du Rhône et à l’expert.
Fait à Lyon, le 25 juin 2025.
La juge des référés,
D. A
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
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