Rejet 28 octobre 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Montreuil, 26 sept. 2025, n° 2516703 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Montreuil |
| Numéro : | 2516703 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Satisfaction totale |
| Date de dernière mise à jour : | 22 novembre 2025 |
Sur les parties
| Parties : | préfet de la Seine-Saint-Denis |
|---|
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 23 septembre 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 554-3 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du maire de la commune de Montreuil d’apposer sur le fronton de l’hôtel de ville un drapeau palestinien avec des pancartes en soutien à la cause palestinienne ;
2°) d’enjoindre à la commune de Montreuil de procéder sans délai au retrait de ce drapeau et des pancartes, sous astreinte par jour de retard, en cas d’inexécution de l’ordonnance à intervenir.
Il soutient que :
- la requête est recevable, dès lors qu’elle est dirigée contre une décision informelle du maire, révélée par l’apposition du drapeau palestinien avec des pancartes sur le fronton de l’hôtel de ville ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, dès lors qu’elle a été prise par une autorité incompétente, qu’elle méconnaît le principe de neutralité des services publics et est de nature à troubler l’ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2025, la commune de Montreuil conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2516759 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-
Denis demande l’annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Bouttemont, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 26 septembre 2025 à 10 heures 30 :
- le rapport de Mme de Bouttemont, juge des référés ;
- les observations de Mme C… et M. A…, chargés de mission, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis ;
- et les observations de M. B…, juriste, représentant la commune de Montreuil, qui fait tout particulièrement valoir que l’apposition du drapeau palestinien ne traduit pas en l’espèce une prise de position politique mais s’inscrit dans le cadre de la reconnaissance de la Palestine par la France le 22 septembre 2025 et constitue un acte de solidarité.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. En application du premier alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, le représentant de l’Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l’article L. 2131-2 qu’il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. Aux termes du troisième alinéa de cet article, reproduit à l’article L. 554-1 du code de justice administrative : « Le représentant de l’Etat peut assortir son recours d’une demande de suspension (…) ». Aux termes du cinquième alinéa de ce même article, repris à l’article L. 554-3 du code de justice administrative : « Lorsque l’acte attaqué est de nature à compromettre l’exercice d’une liberté publique ou individuelle, ou à porter gravement atteinte aux principes de laïcité et de neutralité des services publics, le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué à cet effet en prononce la suspension dans les quarante-huit heures. (…) »
2. Le principe de neutralité des services publics s’oppose à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques.
3. Si la commune de Montreuil fait valoir que l’apposition du drapeau palestinien aurait pour seul objet, dans le contexte de reconnaissance par la France de l’Etat de Palestine le 22 septembre 2025, de manifester sa solidarité avec les populations civiles de Gaza avec lesquelles elle a des liens étroits, il résulte toutefois de l’instruction et notamment des pancartes accompagnant ce drapeau dont l’une porte la mention « l’Etat de Palestine enfin reconnu », que le maire a entendu, en maintenant en outre ce pavoisement au-delà du 22 septembre, exprimer une prise de position de nature politique au sujet d’un conflit en cours. Le principe de neutralité s’oppose, ainsi qu’il a été dit au point précédent à ce qu’une telle prise de position puisse s’exprimer par un affichage sur un bâtiment public.
4. Une telle atteinte grave à la neutralité des services publics est suffisante pour justifier la suspension de l’exécution de la décision en litige du maire de la commune de Montreuil.
5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre la décision du maire de la commune de Montreuil d’apposer un drapeau palestinien et des pancartes en soutien à la cause palestinienne sur le fronton de l’hôtel de ville et de l’enjoindre à procéder sans délai au retrait de ce drapeau et de ces pancartes, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du maire de la commune de Montreuil d’apposer sur le fronton de l’hôtel de ville un drapeau palestinien avec des pancartes en soutien à la cause palestinienne est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Montreuil de procéder sans délai au retrait du drapeau et des pancartes en cause sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la commune de Montreuil.
Fait à Montreuil, le 26 septembre 2025.
La juge des référés,
M. de Bouttemont
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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