Rejet 28 janvier 2025
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Sur la décision
| Référence : | TA Nantes, 3e ch., 28 janv. 2025, n° 2205865 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Nantes |
| Numéro : | 2205865 |
| Importance : | Inédit au recueil Lebon |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Décision précédente : | Tribunal administratif de Nantes, 20 juillet 2021 |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 30 mai 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mai 2022, Mme D C, représentée par Me Thoumine, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d’accueil dont elle bénéficiait ;
2°) d’enjoindre à l’OFII de lui accorder les conditions matérielles d’accueil, à titre rétroactif, pour la période au cours de laquelle elle aurait dû en bénéficier ;
3°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
— il n’est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
— cette décision est insuffisamment motivée ;
— elle n’a pas été précédée d’un examen de sa vulnérabilité ;
— il n’est pas démontré qu’elle ait été informée préalablement à la décision des modalités de cessation des conditions matérielles d’accueil ;
— cette décision repose sur des faits dont la matérialité n’est pas établie ;
— elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
— la décision méconnaît son droit au respect de sa dignité humaine.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Delohen a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante guinéenne née le 18 mai 1990, est entrée en France au mois d’avril 2021 et a déposé une demande d’asile à la préfecture de la Loire-Atlantique, enregistrée le 28 avril 2021. Elle a accepté à cette date les conditions matérielles d’accueil qui lui ont été proposées par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). L’intéressée a été placée en « procédure Dublin » et un arrêté préfectoral a été pris à son encontre ordonnant sa remise aux autorités italiennes le 8 juillet 2021. Par une décision du 8 mars 2022, dont Mme C demande l’annulation, la directrice territoriale de l’OFII a mis fin aux conditions matérielles d’accueil dont elle bénéficiait.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B, directrice territoriale de l’OFII. Par une décision du 3 juin 2021, régulièrement publiée sur le site Internet de l’OFII, le directeur général de l’OFII a donné délégation à Mme B à l’effet de signer, notamment, les décisions relatives aux conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile, lesquelles relèvent des missions dévolues à la direction de Nantes telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l’OFII qui prévoit, en son article 8, que « les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l’OFII ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l’indication des considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, Mme C n’est pas fondée à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié le 28 avril 2021, lors de l’enregistrement de sa demande d’asile, d’un entretien sur sa situation, lequel n’a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Aucunes dispositions, notamment celles de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, n’imposent qu’il soit procédé à un nouvel entretien de vulnérabilité préalablement à la décision prononçant la fin du bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit, en tout état de cause, être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour et du droit d’asile : « Le demandeur est informé, dans une langue qu’il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu’il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil peut lui être refusé ou qu’il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ». Mme C a certifié sur l’honneur, à l’issue de l’entretien réalisé le 28 avril 2021 à l’occasion de l’enregistrement de sa demande d’asile, avoir été informée dans une langue qu’elle comprend des conditions et modalités de retrait des conditions matérielles d’accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que l’information prévue par les dispositions de l’article L. 551-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne lui a pas été donnée doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : « Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l’asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l’instruction des demandes (). / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d’accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l’intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ».
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a fait l’objet d’un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 8 juillet 2021 portant transfert aux autorités italiennes, responsables de sa demande d’asile. Son recours contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes en date du 20 juillet 2021. Convoquée par une lettre du 19 novembre 2021 à se présenter à l’aéroport de Nantes le 17 janvier 2022 afin d’embarquer dans un vol à destination de Rome, l’intéressée ne s’est pas présentée aux autorités, ce qu’elle a d’ailleurs admis dans ses observations adressées par courrier du 7 février 2022 à l’OFII. L’examen de la situation de Mme C n’a, ainsi qu’il a été dit précédemment, fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité particulier. La circonstance que l’intéressée souffrirait d’un syndrome post-traumatique ne suffit pas à considérer qu’elle se trouverait dans une situation de vulnérabilité au sens et pour application des dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par conséquent, elle n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée reposerait sur des faits matériellement inexacts ou serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
8. En dernier lieu et en l’absence, ainsi qu’il vient d’être dit, d’élément permettant de révéler l’existence d’une situation particulière de vulnérabilité, Mme C n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte atteinte au principe du respect de la dignité humaine.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision qu’elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Thoumine et à l’Office français de l’immigration de l’intégration.
Délibéré après l’audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
M. Barès, premier conseiller,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 janvier 2025.
Le rapporteur,
D. DELOHENLe président,
C. CANTIÉ
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
C. DUMONTEIL
No 2205865
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