Rejet 4 avril 2024
Annulation 10 avril 2025
Commentaire • 0
Sur la décision
| Référence : | TA Toulon, juge des réf., 4 avr. 2024, n° 2400975 |
|---|---|
| Juridiction : | Tribunal administratif de Toulon |
| Numéro : | 2400975 |
| Type de recours : | Excès de pouvoir |
| Dispositif : | Rejet |
| Date de dernière mise à jour : | 3 juin 2025 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, M. B A, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 15 mars 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités croates, pour l’examen de sa demande d’asile ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de prendre en charge sa demande et de lui remettre une attestation de demandeur d’asile en procédure normale ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement, en tout état de cause de lui remettre l’attestation de demandeur d’asile prévue à l’article L. 521-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il soutient que :
— les informations mentionnées par les dispositions de l’article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui ont pas été remises :
— l’entretien individuel prévu par les dispositions de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n’a pas été suffisant ;
— il appartiendra au préfet de justifier des diligences accomplies dans le cadre de la procédure de reprise en charge ;
— il existe des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil en Croatie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
— le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
— la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
— le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Martin pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 572-4 à L. 572-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Martin a été entendu lors de l’audience publique du 4 avril 2024.
La clôture de l’instruction est intervenue après appel de l’affaire à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A ressortissant turc né le 1er janvier 1990, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d’asile, le 12 février 2024, auprès des services du préfet des Bouches-du-Rhône. Lors de l’instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de M. A avaient été relevées le 8 novembre 2023 par les autorités de contrôle compétentes en Croatie, à l’occasion de l’enregistrement d’une demande de protection internationale dans ce pays. Les autorités croates, saisies le 14 février 2024 par le préfet des Bouches-du-Rhône d’une demande de reprise en charge de M. A, ont accepté la requête du préfet, le 28 février 2024. Par un arrêté du 15 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de transférer M. A aux autorités croates.
Sur l’admission exceptionnelle au séjour :
2. L’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique dispose que : « Dans les cas d’urgence (), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».
3. Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire de M. A au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l’article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : « 1. Dès qu’une demande de protection internationale est introduite au sens de l’article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l’application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c’est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l’entretien individuel visé à l’article 5 () ».
5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d’asile auquel l’administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu’il est susceptible d’entrer dans le champ d’application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu’il comprend. Cette information doit comprendre l’ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l’article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l’autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d’asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s’est vu délivrer, lors d’un entretien individuel le 12 février 2024 les deux brochures d’information dites « A » (J’ai demandé l’asile dans l’Union européenne – Quel pays sera responsable de l’analyse de ma demande d’asile ') et « B » (Je suis sous procédure Dublin – Qu’est-ce que cela signifie '). Ces documents lui ont été traduits en langue turque, langue que l’intéressé a déclaré comprendre. Par ailleurs, ces brochures lui ont été délivrées dès le jour de l’enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant qu’intervienne la décision de transfert litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article 4 doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l’État membre responsable, l’État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l’article 4. () / 4. L’entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu’il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d’assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l’entretien individuel. / 5. L’entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L’État membre qui mène l’entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l’entretien. Ce résumé peut prendre la forme d’un rapport ou d’un formulaire type. L’État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ».
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d’un entretien individuel avec les services de la préfecture des Alpes-Maritimes, le 12 février 2024. Le résumé de cet entretien, versé au dossier par le préfet des Bouches-du-Rhône et sur lequel est apposée la signature de M. A et le cachet de la préfecture, mentionne que l’entretien a été mené par un agent de la préfecture en turc, langue que l’intéressé a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu’être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes l’article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « 1. Lorsqu’un État membre auprès duquel une personne visée à l’article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu’un autre État membre est responsable conformément à l’article 20, paragraphe 5, et à l’article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ( » hit « ), en vertu de l’article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) no 603/2013. / () 4. Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l’aide d’un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l’article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l’État membre requis de vérifier s’il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. / () ». Aux termes de l’article 25 du même règlement : « 1. L’État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n’excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L’absence de réponse à l’expiration du délai d’un mois ou du délai de deux semaines mentionnées au paragraphe 1 équivaut à l’acceptation de la requête, et entraîne l’obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l’obligation d’assurer une bonne organisation de son arrivée. ».
10. Il ressort des pièces du dossier que, le 14 février 2024, le préfet a saisi les autorités croates d’une demande de reprise en charge de la demande d’asile de M. A sur la base des résultats positifs du système Eurodac et que, par une réponse en date du 28 février 2024, les autorités croates ont accepté leur responsabilité sur le fondement des dispositions de l’article 18 (1b) du règlement n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté contesté aurait été pris à l’issue d’une procédure irrégulière, faute pour le préfet de justifier avoir procédé aux diligences requises par les dispositions précitées, doit être écarté.
11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : « () / Lorsqu’il est impossible de transférer un demandeur vers l’État membre initialement désigné comme responsable parce qu’il y a de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, l’État membre procédant à la détermination de l’État membre responsable poursuit l’examen des critères énoncés au chapitre III afin d’établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu’il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l’État membre procédant à la détermination de l’État membre responsable devient l’État membre responsable. () ».
12. La Croatie est un État membre de l’Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d’asile dans cet État est conforme aux exigences posées par ces textes. Cependant, cette présomption peut être renversée s’il y a des raisons sérieuses de croire qu’il existe des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitements inhumains ou dégradants
13. Toutefois, en l’espèce, M. A se borne à produire un article de presse, un article publié par Infomigrants et un article publié par Human Rights Watch, faisant état des pratiques de la police croate aux frontières avec la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. Ces éléments sont toutefois insuffisants pour caractériser des défaillances systémiques dans la procédure d’asile en Croatie. Par suite, le moyen tiré d’une méconnaissance des dispositions précitées de l’article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ou de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
15. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
J. Martin
La greffière,
Signé
L. Aparicio
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Décisions similaires
Citées dans les mêmes commentaires • 3
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Légalité ·
- Promesse d'embauche ·
- Commissaire de justice ·
- Sérieux ·
- Litige ·
- Exécution ·
- Promesse
- Attribution de logement ·
- Justice administrative ·
- Logement social ·
- Commission ·
- Sociétés ·
- Droit au logement ·
- Ménage ·
- Commissaire de justice ·
- Accès ·
- Habitation
- Territoire français ·
- Vienne ·
- Autorisation de travail ·
- Interdiction ·
- Droit d'asile ·
- Séjour des étrangers ·
- Durée ·
- Justice administrative ·
- Titre ·
- Délivrance
Citant les mêmes articles de loi • 3
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Juge des référés ·
- Commissaire de justice ·
- Décision administrative préalable ·
- Demande ·
- Éloignement ·
- Titre ·
- Autorisation provisoire ·
- Exécution
- Territoire français ·
- Interdiction ·
- Étranger ·
- Durée ·
- Lien ·
- Justice administrative ·
- Éloignement ·
- Activité professionnelle ·
- Menaces ·
- Liberté fondamentale
- Justice administrative ·
- Urgence ·
- Admission exceptionnelle ·
- Juge des référés ·
- Suspension ·
- Demande ·
- Exécution ·
- Commissaire de justice ·
- Cdi ·
- Juridiction administrative
De référence sur les mêmes thèmes • 3
- Éducation nationale ·
- Commission ·
- Justice administrative ·
- Famille ·
- Recours administratif ·
- Illégalité ·
- Enseignement supérieur ·
- Refus d'autorisation ·
- Recours ·
- Enfant
- Urbanisme ·
- Commune ·
- Permis de construire ·
- Justice administrative ·
- Construction ·
- Plan ·
- Dérogation ·
- Règlement ·
- Gabarit ·
- Maire
- Justice administrative ·
- Territoire français ·
- Pays ·
- Commissaire de justice ·
- Tiré ·
- Légalité externe ·
- Autorisation provisoire ·
- Délai ·
- Destination ·
- Interdit
Sur les mêmes thèmes • 3
- Homologation ·
- Justice administrative ·
- Manche ·
- Bruit ·
- Urgence ·
- Santé ·
- Suspension ·
- Acoustique ·
- Légalité ·
- Juge des référés
- Prescription quadriennale ·
- Avantage ·
- Ancienneté ·
- Créance ·
- Sécurité publique ·
- Fonctionnaire ·
- Administration ·
- Police ·
- Décret ·
- Tribunaux administratifs
- Justice administrative ·
- Carte de séjour ·
- Injonction ·
- Commissaire de justice ·
- Statuer ·
- Annulation ·
- Lieu ·
- Fins ·
- Conclusion ·
- Citoyen
Textes cités dans la décision
- Dublin III - Règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte)
- Eurodac - Règlement (UE) 603/2013 du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n ° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et relatif aux demandes de comparaison avec les données d'Eurodac présentées par les autorités répressives des États membres et Europol à des fins répressives
- Loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- Code de justice administrative
Aucune décision de référence ou d'espèce avec un extrait similaire.