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Sur la décision
| Référence : | TJ Lille, jcp, 3 nov. 2025, n° 24/11216 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 24/11216 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Déclare la demande ou le recours irrecevable |
| Date de dernière mise à jour : | 12 novembre 2025 |
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Sur les parties
| Avocat(s) : | |
|---|---|
| Parties : | S.A. COFIDIS, S.A.S. SOLUTION ECO ENERGIE |
Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
de [Localité 6]
[Localité 3]
☎ :[XXXXXXXX01]
N° RG 24/11216 – N° Portalis DBZS-W-B7I-Y2ZO
JUGEMENT
DU : 03 Novembre 2025
[M] [U]
C/
S.A. COFIDIS
S.A.S. SOLUTION ECO ENERGIE
REPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
JUGEMENT DU 03 Novembre 2025
DANS LE LITIGE ENTRE :
DEMANDEUR(S)
M. [M] [U], demeurant [Adresse 7]
représenté par Représentant : Me Jérémie BOULAIRE, avocat au barreau de DOUAI
ET :
DÉFENDEUR(S)
S.A. COFIDIS, dont le siège social est sis [Adresse 4], représentée par Me Xavier HELAIN, avocat au barreau d’ESSONNE
Me [D] [I], es qualité de mandataire liquidateur de la S.A.S. SOLUTION ECO ENERGIE, [Adresse 2], non comparant
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS À L’AUDIENCE PUBLIQUE DU 15 Septembre 2025
Mélanie COCQUEREL, Juge, assisté(e) de Deniz AGANOGLU, Greffier
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DU DÉLIBÉRÉ
Par mise à disposition au Greffe le 03 Novembre 2025, date indiquée à l’issue des débats par Mélanie COCQUEREL, Juge, assisté(e) de Deniz AGANOGLU, Greffier
RG : 24/1216 PAGE
EXPOSE DU LITIGE
Le 17 juillet 2017, M. [M] [U] a contracté auprès de la société par actions simplifiée (SAS) Solution Eco Energie une prestation relative à la fourniture et la pose d’une installation photovoltaïque pour un montant total TTC de 29 900 euros, dans le cadre d’un démarchage à domicile, suivant bon de commande n°5516.
M. [U] a souscrit une offre de crédit affecté auprès de la société anonyme (ci-après SA) Cofidis, d’un montant de 29 900 euros.
Par jugement du 19 mai 2021, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire à l’encontre de la SAS Solution Eco Energie et il a désigné Maître [D] [I] en qualité de liquidateur judiciaire.
Par actes de commissaires de justice des 3 juin 2024 et 13 juin 2024, M. [U] a fait assigner la SA Cofidis et Maître [D] [I] es qualité de liquidateur judiciaire de la SAS Solution Eco Energie devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Lille aux fins notamment de voir prononcer la nullité des contrats de vente et de crédit affecté et condamner la SA Cofidis au paiement de diverses sommes d’argent.
L’affaire a été appelée à l’audience du 4 novembre 2024 lors de laquelle les parties, représentées par leur conseil, à l’exception de Maître [I] est qualité de liquidateur judiciaire de la SAS Solution Eco Energie, non comparante, ont accepté de soumettre la procédure à l’article 446-2 du code de procédure civile et un calendrier de procédure a été établi fixant l’audience de plaidoiries au 15 septembre 2025.
A cette audience, M. [U], représenté par son conseil, s’en est rapporté à ses dernières écritures aux termes desquelles il sollicite de voir:
être déclarés recevable,prononcer la nullité des contrats de vente et de crédit affecté,mettre à la charge de la liquidation judiciaire de la SAS Solution Eco Energie l’enlèvement de l’installation litigieuse et la remise en état de l’immeuble à ses frais,condamner la SA Cofidis à lui verser les sommes suivantes :29 900 euros correspondant à l’intégralité du prix de vente de l’installation,13 394 euros correspondant aux intérêts conventionnels et frais payés par lui en exécution du prêt souscrit5 000 euros au titre du préjudice moral,4 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,rejeter l’ensemble des demandes de la SA Cofidis et de la SAS Solution Eco Energie,condamner la SA Cofidis aux dépens de l’instance.
La SA Cofidis, représentée par son conseil, s’en est rapportée à ses dernières écritures aux termes desquelles elle sollicite de voir :
déclarer M. [U] irrecevable,à défaut, rejeter les demandes de M. [U],A titre subsidiaire, si le tribunal venait à prononcer la nullité du contrat de crédit par suite de la nullité du contrat de vente,
être condamnée à ne restituer à M. [U] que les intérêts perçus, soit la somme de 3 990,03 euros,A titre très subsidiaire, si le tribunal estimait que l’emprunteur subit un préjudice,
être condamnée à payer à M. [U] la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts, outre la somme de 3 990,03 euros au titre des intérêts perçus,En tout état de cause,
condamner M. [U] à lui payer la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile,condamner M. [U] aux dépens.
Pour un plus ample exposé des prétentions et moyens des parties et en application de l’article 455 du code de procédure civile, il sera renvoyé à leurs écritures respectives déposées à l’audience du 15 septembre 2025.
Assignée en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS Solution Eco Energie selon les modalités de l’article 658 du code de procédure civile, Maître [D] [I] n’a pas comparu et ne s’est pas faite représenter à l’audience.
A l’issue de l’audience, la décision a été mise en délibéré au 3 novembre 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la recevabilité à agir en nullité du contrat de vente et de crédit affecté
RG : 24/1216 PAGE
Aux termes de l’article 2224 du code civil, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer.
En application de l’article L 312-55 du code de la consommation, la résolution ou l’annulation d’un contrat de vente entraîne celle du crédit affecté.
En application de l’article 1144 du code civil, le délai de l’action en nullité ne court en cas de dol que du jour où il a été découvert.
S’agissant d’une installation destinée en tout ou partie à la revente d’électricité, cette découverte peut être considérée comme acquise à compter de la première facture.
S’agissant d’une installation destinée uniquement à l’autoconsommation de l’électricité produite, il est raisonnable de considérer que cette découverte est acquise un an après la livraison.
En l’espèce, le bon de commande précise que l’installation est destinée à une revente totale et M. [U] produit deux photocopies des factures de production.
Celles-ci sont toutefois illisibles.
Ni la facture de l’installation ni l’attestation de livraison avec demande de déblocage des fonds ne sont produites.
Il ressort de l’historique de compte que le déblocage des fonds est intervenu le 22 août 2017.
Il est donc raisonnable de fixer le point de départ de la prescription un an après cette date.
M. [U] est donc irrecevable à agir en nullité du contrat de vente et de crédit affecté sur le fondement du dol.
L’action en nullité pour méconnaissance des dispositions du code de la consommation doit être introduite dans les cinq ans à compter de la conclusion du contrat.
En matière de nullité formelle d’un contrat, le principe est de fixer le point de départ de la prescription à la date de signature de ce contrat, c’est-à-dire du bon de commande.
En l’espèce, le contrat de vente a été conclu le 17 juillet 2017.
Si M. [U] estime qu’il n’était pas en mesure de déceler les irrégularités affectant le bon de commande dès cette date, l’article 2224 du code civil ne distingue pas selon que le demandeur est ou non consommateur.
Au surplus, cette argumentation se heurte à l’adage selon lequel nul n’est censé ignorer la loi.
Par ailleurs, elle a pour conséquence de repousser le point de départ de la prescription à une date incertaine, fixée à la seule discrétion du demandeur puisqu’elle correspond à la date à laquelle il a consulté un avocat et de remettre en cause un contrat sur un temps excessivement long, quand bien même s’appliquerait le délai butoir de vingt ans de l’article 2232 du code civil, ce qui est contraire au principe fondamental de sécurité juridique.
Le régime de prescription issu du code civil n’est, en outre, pas contraire à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union Européenne, dès lors que :
— en l’absence de réglementation par le droit de l’Union, il appartient à l’ordre juridique interne de chaque État membre de régler les modalités procédurales des recours en justice destinées à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent du droit de l’Union, pour autant, d’une part, que ces modalités ne soient pas moins favorables que celles concernant des recours similaires de nature interne (principe d’équivalence), et, d’autre part, qu’elles ne rendent pas en pratique impossible ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés par l’ordre juridique de l’Union (principe d’effectivité. Voir, notamment, arrêt du 26 octobre 2006, [L] [X], C-168/05, [Localité 5]:C:2006:675, point 24, arrêts du 9 juillet 2020 Raiffeisen Bank et BRD Groupe Société Générale , C-698/18 et C-699/18)
— la protection du consommateur ne revêt pas un caractère absolu (arrêt du 21 décembre 2016, [P] [T] e.a., C-154/15, C-307/15 et C-308/15, [Localité 5]:C:2016:980, point 68) et la fixation de délais raisonnables de recours à peine de forclusion dans l’intérêt de la sécurité juridique est compatible avec le droit de l’Union (arrêts du 6 octobre 2009, Asturcom Telecomunicaciones, C-40/08, [Localité 5]:C:2009:615, point 41, ainsi que du 21 décembre 2016, [P] [T] e.a., C-154/15, C-307/15 et C-308/15, [Localité 5]:C:2016:980, point 69, arrêts du 9 juillet 2020 Raiffeisen Bank et BRD Groupe Société Générale , C-698/18 et C-699/18).
Enfin, la CJUE a pu considérer, en matière de clauses abusives, que compte tenu, d’une part, de ce que le consommateur était conduit à adhérer aux conditions rédigées préalablement par le professionnel, sans pouvoir exercer une influence sur le contenu de celles-ci, d’autre part de ce qu’il se trouvait dans une situation d’infériorité, un délai de prescription de trois ans qui commençait à courir à compter de la date de l’exécution intégrale du contrat n’était pas de nature à assurer au consommateur une protection effective, dès lors que ce délai risquait d’avoir expiré avant même que le consommateur ne puisse avoir connaissance de la nature abusive d’une clause contenue dans ce contrat, un tel délai rendant excessivement difficile l’exercice des droits de ce consommateur conférés par la directive 93/13 (arrêts du 9 juillet 2020 Raiffeisen Bank et BRD Groupe Société Générale , C-698/18 et C-699/18).
Toutefois, contrairement aux clauses abusives, l’absence de mention sur le bon de commande est un fait objectif qui ne suppose aucune interprétation.
Dans ces conditions, dès lors, d’une part, que le délai à l’encontre du titulaire d’un droit ne court qu’à partir du moment où il se trouve en possession de tous les éléments lui permettant d’évaluer sa situation au regard de ses droits, d’autre part, qu’il s’agit d’un délai suffisamment long pour lui permettre de les mettre en œuvre efficacement, la fixation du point de départ de la prescription à la date de signature du contrat n’est pas de nature à rendre impossible en pratique ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés au consommateur et ne porte donc pas atteinte au principe européen d’effectivité des droits.
Au vu de l’ensemble de ces éléments, il convient donc de fixer le point de départ de la prescription à la date du 17 juillet 2017, date de signature du bon de commande.
L’assignation ayant été délivrée au-delà du délai de cinq ans à compter de cette date, la demande en nullité du contrat pour non-respect du code de la consommation est irrecevable, comme étant prescrite.
Sur la recevabilité de l’action en déchéance du droit aux intérêts contractuels du prêteur
L’action en déchéance du droit aux intérêts contractuels du prêteur est soumise à la prescription quinquennale dont le point de départ se situe au jour où l’emprunteur aurait dû connaître les obligations pesant sur le prêteur dont la violation est alléguée.
Il est constant que le point de départ de la déchéance du droit aux intérêts est la date de souscription du crédit.
En l’espèce, l’offre de crédit n’est pas produite.
Le déblocage des fonds est toutefois intervenu le 22 août 2017, ce dont il se déduit que l’offre de crédit a été acceptée avant cette date.
M. [U] est donc également irrecevable à agir en déchéance du droit aux intérêts contractuels du prêteur.
Sur les demandes de dommages et intérêts
Le point de départ de l’action en responsabilité de la banque est la date de déblocage des fonds.
En l’espèce, le déblocage des fonds est intervenu le 22 août 2017.
Il s’en déduit que M. [U] est également irrecevable à agir en paiement de dommages et intérêts.
Sur les demandes accessoires
En application de l’article 696 du code de procédure civile, M. [U] qui succombe à la présente instance sera condamné aux dépens.
En application de l’article 700 du même code, il sera condamné payer à la SA Cofidis une somme de 800 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant après débats tenus en audience publique, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort, et mis à disposition au greffe,
DECLARE M. [M] [U] irrecevable à agir en nullité du contrat de vente conclu le 17 juillet 2017 avec la société par actions simplifiée Solution Eco Energie, suivant bon de commande n°5516;
DECLARE M. [M] [U] irrecevable à agir en nullité du contrat de crédit affecté souscrit auprès de la société anonyme Cofidis pour le financement de ladite installation ;
DECLARE M. [M] [U] irrecevable à agir en paiement de dommages et intérêts ;
DECLARE M. [M] [U] irrecevable à agir en déchéance du droit de la société anonyme Cofidis de percevoir les intérêts contractuels ;
CONDAMNE M. [M] [U] à payer à la société anonyme Cofidis la somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE M. [M] [U] aux dépens de l’instance,
RAPPELLE que le présent jugement est assorti de l’exécution provisoire de droit.
Ainsi jugé et prononcé à [Localité 6], le 3 novembre 2025.
LE GREFFIER LA JUGE
D. AGANOGLU M. COCQUEREL
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Textes cités dans la décision
- Directive Clauses abusives - Directive 93/13/CEE du 5 avril 1993 concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs
- Code de la consommation
- Code de procédure civile
- Code civil
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