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Sur la décision
| Référence : | TJ Saint-Denis de la Réunion, civil tp saint denis, 4 sept. 2025, n° 25/00218 |
|---|---|
| Numéro(s) : | 25/00218 |
| Importance : | Inédit |
| Dispositif : | Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire |
| Date de dernière mise à jour : | 5 novembre 2025 |
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Sur les parties
| Parties : |
|---|
Texte intégral
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
N° RG 25/00218 – N° Portalis DB3Z-W-B7J-HCCP
MINUTE N° :
Notification
Copie certifiée conforme
délivrée le :
à :
Copie exécutoire délivrée
le :
à :
COUR D’APPEL DE [Localité 9] DE [Localité 8]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE SAINT-DENIS
— -------------------
JUGEMENT
DU 04 SEPTEMBRE 2025
—
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
PARTIES
DEMANDEUR(S) :
S.A. SHLMR
[Adresse 3]
[Localité 4]
représenté par Mme [S] [M] (Chargée de contentieux)
DÉFENDEUR(S) :
Madame [W] [B]
[Adresse 1]
[Adresse 7] [Adresse 6]
[Localité 5] ([Localité 8])
comparante en personne
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Alain SOREL,
Assisté de : Marie-Anne BERTILLE, adjointe administrative assermentée, faisant fonction de greffière,
DÉBATS :
À l’audience publique du 05 Juin 2025
DÉCISION :
Contradictoire
EXPOSE DU LITIGE
La SOCIETE D’HABITATIONS A LOYER MODERE DE [Localité 8] (SHLMR) a donné à bail à Madame [B] [W], selon contrat de location du 7 novembre 2017, un logement à usage d’habitation situé au [Adresse 2], moyennant un loyer mensuel de 540,75 euros charges comprises.
Par acte de commissaire de justice en date du 11 juin 2024 la SHLMR a fait délivrer à sa locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire pour la somme en principal de 2.107,76 euros correspondant à des loyers et charges impayés.
Par assignation en date du 17 mars 2025, la SHLMR a fait citer Madame [B] [W] devant le juge des contentieux de la protection près du tribunal judiciaire de Saint-Denis de La Réunion, aux fins de voir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
— constater la résiliation du bail conclu entre les parties du fait de l’acquisition de la clause résolutoire,
— ordonner l’expulsion de Madame [B] [W],
— condamner Madame [B] [W] au paiement des loyers et charges impayés, soit la somme de 3.651,85 euros, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer les loyers,
— condamner Madame [B] [W] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle de 602,96 euros révisable jusqu’à libération effective des lieux,
— condamner Madame [B] [W] au paiement de la somme de 350 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
— condamner Madame [B] [W] aux dépens.
A l’audience du 5 juin 2025, date à laquelle l’affaire a été évoquée, la SHLMR dûment représentée, a maintenu l’intégralité de ses demandes, en actualisant le montant de sa créance à la somme de 5.280,21 euros.
La SHLMR précise par ailleurs que Madame [B] [W] est susceptible de bénéficier d’un rappel de 1.600 euros au titre de son allocation-logement qui a été momentanément suspendue.
Madame [B] [W], comparant en personne, a reconnu la dette locative et sollicité un délai de paiement pour l’apurer.
Elle déclare 895 euros de ressources mensuelles au titre du RSA, 600 euros de charges mensuelles (hors loyer) et propose de verser 102 euros par mois pour apurer l’arriéré locatif.
L’affaire a été mise en délibéré au 4 septembre 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
SUR LA RECEVABILITE
Une copie de l’assignation a été notifiée par voie dématérialisée (logiciel EXPLOC) à la Préfecture de [Localité 8] qui en a accusé réception le 19 mars 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dans sa version en vigueur.
En outre, il résulte de l’article 24 II de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 que les bailleurs personnes morales ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de la résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Le texte prévoit que cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés préalablement signalée dans les conditions règlementaires aux organismes payeurs des aides au logement.
En l’espèce, la SHLMR justifie avoir signalé à la caisse d’allocations familiales (CAF) la situation d’impayés de Madame [B] [W] par courrier du 5 juin 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation, conformément aux dispositions précitées.
L’action de la SHLMR est recevable.
SUR L’ACQUISITION DE LA CLAUSE RESOLUTOIRE
L’article 24 I de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dans sa version en vigueur à la date de conclusion du contrat et applicable au présent litige énonce que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-paiement du dépôt de garantie, ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l’espèce le contrat de location conclu le 7 novembre 2017 contient dans ses conditions générales une clause résolutoire et commandement de payer visant cette clause a été signifié à Madame [B] [W] le 11 juin 2024 pour la somme en principal de 2.107,76 euros.
Ce commandement de payer étant resté infructueux pendant plus de deux mois, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail sont réunies au 11 août 2024.
SUR L’INDEMNITE D’OCCUPATION
La SHLMR est fondée à réclamer à titre de préjudice causé par le maintien de Madame [B] [W] dans les lieux et l’impossibilité de relouer le bien, une indemnité d’occupation équivalente aux loyers et charges courants, à compter du 11 août 2024, jour de la résiliation du bail et jusqu’à la libération effective et définitive des lieux loués.
SUR LE MONTANT DE L’ARRIERE LOCATIF
La SHLMR produit un décompte démontrant, qu’après soustraction des frais d’enquête biennale non justifiés de 76,20 euros qui resteront à la charge du bailleur et des frais de contentieux de 435,51 euros à arbitrer dans le cadre des dépens, Madame [B] [W] est débitrice de la somme de 4.768,50 euros au 1er juin 2025.
Madame [B] [W] n’a produit aucun élément susceptible de contester la dette locative dans son quantum ou son principe.
En conséquence, il convient de la condamner à verser à la SHLMR la somme de 4.768,50 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés arrêtés au 1er juin 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 17 mars 2025, sur la somme de 3.651,85 euros, et à compter du présent jugement pour le surplus de la somme due, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du code civil.
SUR LES DELAIS DE PAIEMENT
L’article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience accorder des délais de paiement dans la limite de trois années (…)
L’article 24 VII de la même loi précise que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause résolutoire de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge (…)
Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet.
En l’espèce, il ressort des déclarations faites à l’audience que Madame [B] [W] est en situation de régler sa dette locative.
Avec des ressources mensuelles de 1.295 euros (RSA : 895 € + AL : 400) et des charges mensuelles de 1.202 euros (charges courantes : 600€ + loyer : 602 €) son reste à vivre est de 93 euros.
Après déduction du rappel de l’allocation logement (1.600 €) le solde de la dette locative serait de 3.168, 50 euros (4.768,50 – 1.600) soit des échéances mensuelles de 88 euros, inférieurs à son reste à vivre, pour une dette échelonnée sur 36 mois.
Par ailleurs, il convient de noter que Madame [B] [W] a repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience.
Au vu de ces éléments, il y a lieu de lui accorder des délais de paiement selon les modalités fixées au dispositif de la présente décision et de suspendre les effets de la clause résolutoire en application des dispositions précitées des paragraphes V et VII de l’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989.
Les effets de la clause résolutoire étant suspendus pendant le cours des délais de paiement accordés, la demande relative à l’expulsion est sans objet.
Tout défaut de paiement des loyers et charges courants ou de l’arriéré locatif échelonné, entrainera la reprise de plein droit des effets de la clause résolutoire et l’exigibilité immédiate du solde de la dette.
Dans cette hypothèse, la SHLMR sera autorisée à faire procéder à l’expulsion de Madame [B] [W] et celle-ci sera condamnée à verser à la SHLMR une indemnité d’occupation mensuelle de 602,96 euros révisable, égale au montant du loyer révisé et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, payable à la date d’exigibilité du loyer, et ce, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux.
SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES
En équité, il n’y a pas lieu de condamner Madame [B] [W] au paiement d’une indemnité au titre de l’article 700 du CPC. La SHLMR sera donc déboutée de ce chef de demande.
Madame [B] [W], partie perdante, supportera la charge de l’intégralité des dépens de l’instance qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
La présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire en application des dispositions des articles 514 et 514-1 du CPC.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant après audience publique par jugement contradictoire et en premier ressort, mis à disposition au greffe,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 7 novembre 2017 entre la SHLMR et Madame [B] [W], concernant le logement à usage d’habitation situé au [Adresse 2], sont réunies au 11 août 2024,
CONDAMNE Madame [B] [W] à verser à la SHLMR la somme de 4.768,50 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayés arrêtés au 1er juin 2025, avec intérêts au taux légal à compter du 17 mars 2025, sur la somme de 3.651,85 euros, et à compter du présent jugement pour le surplus de la somme due,
RAPPELLE que le montant des échéances mensuelles du plan d’apurement de la dette locative devra être révisé à la baisse après reversement de l’allocation-logement momentanément suspendu,
AUTORISE Madame [B] [W] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et charges courants, en 35 mensualités de 132 euros chacune et une 36ème mensualité de régularisation qui soldera la dette en principal et intérêts,
PRECISE que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois, et le premier versement dans le mois suivant la signification du présent jugement,
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais de paiement accordés,
DIT que si les délais de paiement sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée ne jamais avoir été acquise,
DIT que toute mensualité, qu’elle soit due au titre du loyer et charges courants ou de l’arriéré locatif, restée impayée dix jours après l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, entrainera la reprise de plein droit des effets de la clause résolutoire et l’exigibilité immédiate du solde de la dette,
DANS CE CAS et EN CONSEQUENCE :
AUTORISE la SHLMR à faire procéder à l’expulsion de Madame [B] [W], ainsi qu’à celle de tous les occupants introduits de son chef, au besoin avec le concours d’un serrurier et de la force publique, à défaut pour Madame [B] [W] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la signification d’un commandement d’avoir à quitter les lieux,
CONDAMNE Madame [B] [W] à verser à la SHLMR une indemnité d’occupation mensuelle de 602,96 euros révisable, égale au montant du loyer révisé et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, payable à la date d’exigibilité du loyer, et ce, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux,
DEBOUTE la SHLMR de sa demande au titre de l’article 700 du CPC,
CONDAMNE Madame [B] [W] au paiement des entiers dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la préfecture,
CONSTATE l’exécution provisoire de plein droit de la présente décision.
En foi de quoi le présent jugement a été signé par le Juge et la Greffière et mis à disposition au greffe de la juridiction le 4 septembre 2025.
LA GREFFIERE LE JUGE
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